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De El Bolson à Coihaique


Raoul2Me voilà de retour pour la deuxième partie de mon voyage à vélo... Après avoir rejoint le lac Titicaca en Bolivie, je mets cap au sud pour atteindre Ushuaia.

Je suis parti d´El Bolson en Patagonie argentine. La ville était dans un brouillard. Mais rien à voir avec l´humidité : c´est un volcan chilien qui crache des cendres depuis presque une année et qui gêne principalement l´Argentine. Le tourisme est ruiné dans la région des lacs et de Bariloche, certaines villes, comme Villa Angostura sont couvertes d´un mètre de cendre et on ne peut s´y promener qu´avec un masque. Comme pour le volcan islandais bloquant les aéroports européens, les vols sur Buenos Aires, à plusieurs milliers de kilomètres du volcan sont souvent annulés ou déroutés.

Pour bien commencer cette route vers le sud, je me suis perdu dès les premiers coups de pédales. Sans m´en rendre compte, j´ai roulé plein d´entrain pour arriver finalement à un lac, où la route se terminait ! Ne pouvant rouler sur l´eau, j´ai bien dû me rendre à l´évidence, j´avais loupé un croisement ! Ce petit détour de trente kilomètres était le premier depuis le début de mon voyage, et pourtant, la route prêtait bien moins à confusion que sur les pistes boliviennes se démultipliant, sans indications...



Le parc national Los Alerces est magnifique. Sur une soixantaine de kilomètres, la piste longe des lacs et des forêts de feuillus. Ce sont de véritables montagnes russes, et comme je le découvrirai ensuite, ce type de relief ne me quittera plus jusqu´à la fin de la carraterra austral, soit 1200 kilomètres plus loin.

Raoul33Après avoir campé dans un camping désert à l´entrée sud du parc, avec pour seule compagnie un cheval, j´ai roulé vers la frontière chilienne à Futaleufu où j´ai rencontré Mario mon premier camarade cyclotouriste. Roulant vers le nord, il m´a dressé un topo de tous les cyclistes que j´allais croiser ou dépasser dans les prochains jours ! Le troisième soir, j´ai dressé ma tente sous un préau, à côté du stade de foot de tout petit village de Villa Santa Lucia. Peu de temps après est arrivé Heinz, cycliste allemand de 48 ans. Alors que je lui demandais des informations sur les temps de parcours, il m´a clairement expliqué que nous ne jouions pas dans la même catégorie : lui faisait tout cela pour le sport, moi pour le voyage. Il roule en moyenne 120 kilomètres chaque jour. Il parcourt 2700 kilomètres par mois, alors que moi, j´en fait rarement plus de 1800. Puis il m´a demandé, ou presque ordonné, de lui faire à manger. Il ne possédait ni réchaud ni popotte. De toute façon m´a-t-il dit, "je ne sais pas cuisiner". Comme je lui ai demandé comment il faisait chez lui, en Allemagne, il m´a juste répondu : "Maman cuisine".

Cependant, il a tout de même proposé d´acheter les ingrédients. J´ai cuit du riz et des saucisses pendant qu´il s´attaquait à ses premières canettes de bière. Puis il a attaqué une bouteille de vin. Il m´a expliqué qu´il détestait le camping et qu´il dormirait mal. Il n´avait donc rien à faire de mieux´selon lui, que de boire un maximum. La première bouteille terminée, il s´attaqua à du vin en brique. Et je peux vous garantir que ce soir là il dormait plus vite que moi et ronflait toute la nuit dans son sac de couchage, sans même avoir monté sa tente. Le lendemain matin, il partait pour faire sa performance quotidienne.

J´étais heureux de donner mes premiers coups de pédales sur la carraterra australe à Villa Santa Lucia. Elle est mythique chez les cyclistes car cette piste traverse des paysages vierges et peu peuplés. Elle a été construite par Pinochet mais n´a atteint son terminus, Villa O´Higgins, qu´en 1999. Il me reste encore 600 kilomètres aujourd´hui pour arriver au bout de cette route. Lors des migrations des oiseaux, les ornithologues se postent dans des couloirs stratégiques où passent tous les oiseaux migrateurs. Des cols par exemple, qui sont des passages obligés. La carraterra austral représente la même chose pour les cyclistes migrateurs. Certains voyagent depuis des mois voir des années, parcourt des milliers de kilomètres de routes variés, mais ils se retrouvent tous finalement sur cette piste chilienne, la seule alternative à la pampa argentine ennuyeuse.

Raoul33En une seule journée sur cette route australe, j´ai rencontré plus de cyclo-voyageurs qu´en presque trois mois de voyage en Argentine et en Bolivie. Pour commencer, j´ai rencontré Alexandra et Juan. Elle est allemande et lui espagnol, ayant vécu une année à Strasbourg. Très sympathiques, nous roulerons trois jours ensemble. Rouler ensemble ne signifie pas rester collés les uns aux autres. Chacun va à son rythme et on se retrouve pour les pauses, on se croise, on se dépasse, on se redepasse, pour finalement finir l´étape, camper et manger ensemble le soir. Et cela est très sympathique, cela rend les derniers kilomètres moins éprouvants.

Sur la piste, nous avons aussi rattrapé un couple de Strasbourg. Nous étions alors 5 alsaciens sur cette piste perdu du Chili. Un peu plus loin, nous avons fait une pause avec un couple d´allemand. On était en fin de journée et le soleil avait tapé fort. Dans ses sacoches, l´homme transportait deux packs de six bières. Ah, le savoir vivre allemand ! Après une journée de vélo, 90 kilomètres sous le soleil, une petite bière, c´est de l´eau bénite. Nous étions donc là à sept cyclistes partageant un apéritif au pied d´un glacier, dialoguant sur les voyages mais aussi sur la meilleure manière d´exterminer les taons qui nous harcelaient (surtout dans les montées, les lâches).

J´ai revu aussi Ursula et Alain, déjà croisé un mois plus tôt à Villarica. Voilà un jeune couple de retraité qui sont parti pour trois ans de vélo quelques jours seulement après la fin de leur vie "active". Terme complètement faux car leur vie est encore très active. Après ces trois ans de voyage en Europe et en Asie, et un petit retour chez eux, ils sont repartis pour plusieurs mois en Amérique du sud. Leur énergie et leur fraîcheur rayonne : la curiosité et l´envie ne diminue pas fatalement avec le temps. Je vous conseille de faire un tour sur leur blog : http://ursalain.blogspot.com/


Vous devez remarquer que je parle peu des Chiliens que je rencontre en chemin. C´est très simple : j´en croise peu. Je traverse en moyenne un petit village par jour. Les gens n´y sont pas très bavard et les commerçants rarement sympathiques. Pour exemple, avant hier soir, une famille a refusé que je plante ma petite tente sur le pré de plusieurs hectares entourant leur ferme. Je leur ai expliqué que j´avais déjà roulé presque 90 kilomètres, qu´il se faisait tard et qu´il commençait à pleuvoir. Mais rien à faire, ils m´ont dit d´aller voir ailleurs, en acceptant de me donner comme eau, uniquement de l´eau croupie ! J´ai donc poursuivi ma route, route longée de barrières, pour finalement camper à côté d´un restaurant où le propriétaire m´a accueilli.

Ce matin j´ai changé d´hôtel car la femme restait en permanence sur mon dos. Pour utiliser la cuisine commune, il fallait payer 4 euros en plus du prix de la chambre. Pourquoi pas... Mais payer en plus 1 euros pour l´utilisation des couverts, et payer pour remplir une bouteille d´eau froide, non, je ne peux pas accepter ça. Sacré hostel Maria Ester à Coihaique, où l´on dit de payer avant de dire bienvenue.
Peut être est-ce le climat rude ou l´esprit pionnier qui rend les gens un peu fermés. Bien sûr, ce n´est pas une généralité et certains sont chaleureux et accueillants. J´ai pris mon repas de midi sur une place de village au moment de la sortie de l ´école. J´ai été aussitôt entouré de dizaines d´enfants. Une belle occasion pour les faire chanter... Malheureusement, eux n´étaient pas de cet avis. Ils préféraient toucher voir même ouvrir les sacoches que donner de la voix. L´un d´eux a tout de même esquissé une mélodie. Enfin, pour mélodie, une imitation de boîte rythmique, que l´on entend dans le rap américain.

Les vacances d´été débutant aujourd´hui, je crains qu´il ne sera difficile de glaner des chansons. On verra bien quelles surprises me réserve la route. A défaut de comptines, j´écouterai le chant des oiseaux qui s´ébattent dans les prés immenses couverts de fleurs jaune, violettes ou blanches....

Raoul Jehl

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