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Ouzbékistan (11)

Ouzbékistan

" Comment suis-je arrivé là ?

Boukhara1Devant ce monument de 700 ans. Beauté d'architecture Timouride commandé par Tamerlan lui-même qui n'en verra pas l'achèvement. Personne d'ailleurs car les travaux ont cessé lorsque la peste l'emporta en 1404.

Ce mausolée à la mémoire du grand mystique Soufi Ahmed Yasawi à survécu jusqu'à ce jour traversant les affres du temps avec l'appui de quelques millions en restauration. Il s'offre dans la lumière déclinante du soleil ce soir de juillet. Sa couleur qui ce confond avec le sable des steppes évolue avec la luminosité.

Voilà 16 mois que je pérégrine et je me retrouve ici à crapahuter sur le rempart construit autour du mausolée pour prendre en photo se coucher de soleil qui fait se détacher la silhouette sombre et bientôt sans couleur du monument.

Après la désintégration de la Horde d'Or des descendants de Gengis Khan au XVe siècle, le territoire du Kazakhstan était occupé par des Mongols islamisés, les Uzbeks. Ça a merdé à un moment donné, les Uzbeks du sud étaient dans ce qui deviendra l'Ouzbékistan, quant à ceux du nord restés nomades... eh bien ce sont les Kazakhs ! C'est un mot qui vient du turc qui signifie cavalier libre ou aventurier ou hors-la-loi, ça en jette non ?

Je mets le pied sur le sol Kazakh à Almaty. J'aperçois une ravissante « hors-la-loi »... heu non, ça marche pas, elle est d'origine russe.
Jusqu'en 1980, les Russes constituaient l'ethnie majoritaire, ceci étant dû aux migrations massives du temps de la Russie tsariste ainsi qu'aux déportations des indignes de confiances sous le communisme, qui se retrouvaient au milieu des steppes.

Elle attend ses bagages avec sa mère, je lui demande si elle peut m'indiquer un endroit où dormir ou alors le bus pour le centre-ville. Elena est affolée de savoir que je suis arrivé sans connaître personne ni un seul mot de russe :

- Tu as au moins un dictionnaire russe avec toi ?
- Heu... non.
- Alors ça va être très dur pour toi, il y a très peu de gens qui parlent anglais ici, tu sais !
- Heu...non.
- Et tu veux traverser le Kazakhstan en stop ? Je n'ai jamais entendu ça !
- Heu...oui.

Son visage grave et son ton n'invitent pas aux réjouissances pourtant je suis plié de rire. Je ne sais pas pourquoi, mais je ne vois rien d'exceptionnel à faire une balade le pouce tendu !

Elena sera d'une grande aide pour le choix de mon futur parcours, elle m'emmène à l'ambassade de Russie où, prenant très à cœur mes affaires, elle se met à pleurer car je n'obtiens pas mon visa. Je lui en suis très reconnaissant.

Étude des diverses possibilités de sorties dont la traversée en bateau de la mer Caspienne jusqu'en Azerbaïdjan qui me plaisait beaucoup.
Mais cela impliquait de faire un détour pour le visa à Astana qui est à plus de 1000 kilomètres au nord. Je choisis donc l'option « stop à travers les steppes », visa de transit russe à Ouralsk (situé au nord-ouest du Kazakhstan) et train jusqu'en Ukraine. Des voyageurs anglais que je croise dans l'hôtel de la gare me donnent leur carte du Kazakhstan. Ca me sera très utile.

Boukhara4Me voilà sur la route qui va me mener je ne sais où. Avec un panneau indiquant « Auto-stop dans la direction d'Ouralsk » en cyrillique que m'a traduit Elena. Au dos, elle m'a également traduit une rapide présentation de ce que je fais et qui je suis pour mes chauffeurs temporaires, avec son numéro de téléphone en cas de problème. Car je suis au Kazakhstan comme un anglais serait en France, perdu au milieu d'une foule qui capte que dalle à toutes langues autres que la sienne.

Je souhaite qu'Elena ne m'ait pas fait une blague en traduisant un truc du genre : « Bonjour je suis un dangereux psychopathe, veuillez m'emmener de toute urgence dans l'hôpital psychiatrique le plus proche, merci ». Quoique, si l'hôpital est à Ouralsk cela me convient ! La traduction semble correcte bien que parfois, à la vue de la tête de certains, j'ai pu me poser la question.


Un couple d'étudiants me fera mon premier trajet :

- Touriste ? S'interrogent-ils, mais qu'est-ce qu'il y a à voir au Kazakhstan ? Et faire du stop au Kazakhstan, j'ai jamais vu ça. Tu sais en dehors de Almaty, il n'y a rien, c'est que de la campagne et de la steppe ! Me dira l'un d'eux.

Sa vision, quoiqu'extrême, n'est pas si loin de la vérité. Almaty, l'ancienne capitale est la plus peuplée et toujours un centre au style de vie occidentalisé. En 1997, la capitale change de localisation pour Astana un bled paumé au milieu des steppes dont le président Nazarbayev a fait coïncider la date anniversaire de la capitale avec son propre anniversaire. Dans quelques jours, se fêtent les dix ans d'Astana comme capitale.
- Si tu veux tu viens avec nous, on peut te déposer à cinq cents kilomètres d'Astana ? me proposent les deux étudiants.
La proposition est sincère mais je préfère ne pas faire de bon en arrière pour traverser le Kazakhstan d'une traite. Je décline l'offre.
La seconde voiture est celle d'un hors-la-loi, un vrai celui-là, il est kazakh d'origine et agent de police ! Le hors-la-loi me convie à un repas dans un village où il est invité.

Repas traditionnel. Assis sur des tapis, kazakhs bien entendu. Les hommes d'un côté, les femmes de l'autre. Un homme en bout de table, le doyen, prend alors la parole. Il est question de religion dans son soliloque car je saisis plusieurs fois le terme « islam », le seul mot que je comprenne avec les pays qu'il énumère : Turquie, Kazakhstan, Ouzbek. Vient ensuite un chant, puis un discours de ce que je suppose être le fils. L'ancien reprend la parole, tout le monde a les mains en supination devant soi. J'en fais de même, et la prière prend fin, on se passe alors les mains sur le visage comme pour intégrer au corps ce qui a été dit.

Je refuse très cordialement la côte de mouton qui m'est présentée et me dirige vers les spaghettis qui en font l'accompagnement. À la fin du repas, nouvelle prière les mains devant soi.
En partant, on passe voir d'autres cavaliers libres dans une yourte et ils me déposent ensuite à un poste de police en laissant à des collègues l'instruction d'arrêter une voiture pour ma destination. Je ne pouvais espérer mieux. La corruption est très répandue au Kazakhstan donc quand un flic, à la démarche de cowboy pour montrer sa toute puissance, demande à un automobiliste de prendre quelqu'un, la réponse est quasi assurée. Je trouve cela inacceptable et honteux, la corruption ! Mais quand elle me sert, je suis déjà moins ferme sur cette position. Ce gentil couple me déposera à un autre poste de police où les « cowboys » arrêteront un bus de touristes. Dans le bus, je m'assoie à côté d'un Kazakh qui m'invitera chez lui.

Malgré l'absence de langue commune, on arrive à communiquer. Avec des gestes et de la bonne volonté, c'est tout à fait possible. Cela devient plus difficile quand cette bonne volonté est absente. Il arrive assez régulièrement, quand je demande ma direction dans la rue, que l'on me lance un « Niet, niet ! » et un non de la tête sans même prendre le temps d'essayer de comprendre quoi que ce soit. C'est quelque peu irritant et j'arrive au point où j'essaie de faire en demandant le moins possible.
Depuis la Chine, je suis avec un chariot, type grand-mère, pour me soulager de mon sac à dos. Le fait d'avoir un ordinateur depuis le Kosovo et un appareil photo depuis Hong-Kong m'a alourdi considérablement. Je n'ai pas vraiment une gueule d'aventurier avec ça, mais je trouve que le style grand-mère me sied à merveille.

« Regarde c'qui arrive, là-bas», ce genre de réflexion, je ne l'entends pas mais je le lis régulièrement sur les visages des personnes qui croisent mon chemin. Et là, ce qu'ils voient arriver c'est un mec avec un chapeau de cowboy Marlboro (Elena m'a offert ce chapeau en remplacement du foulard khmer rouge qui à glissé dans l'eau sur la plage à Qapshagay), deux sacs sur le dos traînant derrière lui un chariot de grand-mère avec un t-shirt à l'effigie des J.O. de Pékin. Je me doute que cela ne doit pas être fréquent.

Un automobiliste me dépose dans la ville de Turkestan, me voici devant le mausolée Ahmet Yasawi. Ce poète mystique Soufi fût un acteur important de la propagation de l'islam dans le monde des steppes. Il est à l'origine d'une secte portant son nom qui à influencée nombre de ces successeurs.

Boukhara3Son écrit principal, le Divan-i Hikmet ou Recueil de la Sagesses est l'origine d'un nouveau mode d'expression en Turc dans l'Asie centrale.
« ... j'ai renoncé au moi, puis j'ai cherché et trouvé la Bien-aimée [Dieu] » Sa doctrine « d'abandon du monde » a été sujette à de multiples interprétations au fil de l'histoire. « N'accorde aucun intérêt au monde, n'invoque pas un autre que Dieu ». Vivre seul à l'écart de la société et de sa famille, vivre comme un vagabond. Voilà de quoi me lier à cet homme, à ce bâtiment. Est-ce donc cela qui me fascine tant dans ces briques ? dans ces agencements géométriques de tuiles vernissés azurs dont la simplicité apparente n'est en fait que le reflet d'une philosophie profonde qui apparait qu'après une étude minutieuse de ses formes. Je reste de longs instants à fixer cette beauté. Méditation.

Massif, ce mausolée fait sur un plan rectangulaire impressionne par son homogénéité. Préservé des affres du temps et de l'histoire il nous relie aujourd'hui à l'époque de Tamerlan qui en a demandé la construction sur le précédent en 1389. Des innovations architecturales furent expérimentées par les architectes perses, ce prototype servi de base à la construction de Samarkand la capitale de l'empire Timuride.

Le bâtiment est flanqué de deux tours, qui avec des découpes au sommet de type créneaux le font apparaitre comme une forteresse. Gardienne des reliques sacrées les protégeant de la chaleur lourde et sèche des steppes d'Asie centrale autant que du temps. Citadelle de briques qui nous contemple du haut de ces 700 ans et nous plonge dans l'histoire ambivalente de ce souverain, guerrier sanguinaire qui à fait construire le plus grand dôme d'Asie centrale pour un homme de paix un mystique épris de dieu. Bon d'accord, c'était un choix politique aussi, les tribus nomades étaient soufis et en construisant ce mausolée à la mémoire de celui qui à eu une grande influence dans le monde Turcophone de l'époque, Tamerlan s'octroyait le soutien de ces communautés.
L'Iwan, ce portique monumental reste inachevé. De multiples barres de bois en sortent des parties latérales éventrant les murs de gantch, ces briques de mortier et d'argile.

Boukhara2L'Intérieur est tout aussi impressionnant, la modestie des parois blanches, nues qui s'élèvent au ciel s'accorde avec la simplicité que prône le soufisme tout en s'opposant à la majesté de leur taille image de l'influence du souffisme.
Le soleil n'est plus qu'un souvenir, c'est alors qu'un éclairage artificiel illumine le bâtiment sacré. Détachant ce radeau de terre qui navigue en une mer végétal quasi stérile mais brassant un flot de dévotion. Durant la nuit je suis le témoin d'une brume qui survole le sépulcre comme un drap sous lequel il se serait glissé pour la nuit.
Un terrain vague au sud me sert de chambre.

Au matin le levé du soleil est un instant magique. Combien de fois cette sépulture à –t'elle vue ce balais incessant de cet astre ? C'est la première fois pour mes yeux. Emotion.

J'ai demandé la force
Et Dieu m'a donné des épreuves pour me rendre plus fort J'ai demandé la sagesse Et Dieu m'a donné des problèmes à résoudre J'ai demandé la prospérité Et Dieu m'a donné un cerveau et des muscles pour travailler J'ai demandé du courage Et Dieu m'a donné des gens à vaincre J'ai demandé de l'amour Et Dieu m'a donné des gens à aider J'ai demandé des faveurs Et Dieu m'a donné des occasions Je n'ai rien reçu de ce que je désirais... J'ai reçu tout ce dont j'avais besoin.

Poême Soufi, Auteur Inconnu. "

Julien Bory
http://globaldenture.free.fr

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