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Carnet de route



INIMAGINABLE BANGLADESCH !

Le Bangladesh, un des pays des plus pauvres de la planète, d’une superficie équivalente au quart de la France, compte environ 164 millions d’âmes dont 85 % de confession musulmane. C’est un des pays des plus densément peuplés de la planète, plus peuplé que la gigantesque Russie!

Enserré par l’Union Indienne, il voit actuellement s’ériger un mur de séparation le long de ses 4000 m. de frontières où des gardes côtes indiens abattent régulièrement ceux qui tentent de pénétrer clandestinement sur le territoire.



DHAKA
 
Bangladesh_4Dhaka, capitale du pays, ville surpeuplée de 15 millions d’habitants, cité hurlante, grouillante, puante, continuellement engluée dans des embouteillages monstres, est sillonnée chaque jour par plus de 400 000 rickshaws, beaucoup plus que dans n’importe quelle autre ville sur la planète ! Mais nous côtoyons un monde surprenant, inattendu, irréel.

Dans certains quartiers de la ville, comme à Chittagong la 2ème ville du pays, le vendredi la circulation s’immobilise, les tapis s’étalent sur la chaussée et la prière peut commencer. 20 mn plus tard, la circulation reprend. L’immense embouteillage provoqué mettra des heures à se résorber…Une route rectiligne, construite en hauteur permettant ainsi d’enjamber la circulation, conduit vers le port.

Dessous, pêle-mêle, tout une population y a élu domicile. Ces habitants ont beaucoup de chance et ils le savent. Ils ont au moins un toit !

Le va et vient incessant des coolies, véritable activité de ruche, annonce les abords immédiats du port. Un spectacle affligent nous attend. Une barque délabrée, échouée au beau milieu des immondices, baignant dans une eau nauséabonde, est manipulée dans tous les sens par plusieurs personnes dont seules la tête et les épaules dépassent du marigot, dans le but d’être récupérée et re-conditionnée pour la navigation.

Autre destination réservant son lot de surprises : le quartier Hindou Street.

S’y rendre c’est pénétrer dans les entrailles de la ville, dans son intimité la plus profonde, dans le secret de la vie des bangladais. On s’introduit au cœur d’un vaste enchevêtrement de ruelles humides, de bazars, de commerces, de marchands à la sauvette. C’est l’endroit le plus frénétique de Dhaka.

Les rues sont des fleuves de chaos où les rickshaws sont les seigneurs du macadam défoncé. Les voitures sont rejetées hors du quartier. Il n’y a pas de place pour elles ici. Il n’y a pas de place pour le superflu non plus.

Certes, la situation est impossible mais les gens se sont adaptés. C’est une question de mentalité nationale, un fort instinct de survie conjugué avec une capacité de supporter des conditions insoutenables pour nous.

Laissons derrière nous le quartier surpeuplé d’Hindou Street pour nous rendre à quelques 30 km. de la ville. On pénètre déjà dans un milieu rizicole, activité génératrice d’emploi, élément vital pour le pays. Arrivés au village hindou Gurardhia, on nous exhibe vipères, cobras royaux et autres reptiles. Le village est réputé pour ses dresseurs de serpents. Les habitants sont embauchés dans les environs afin de débarrasser les maisons et les jardins de ces encombrants reptiles.

EN ROUTE POUR CHITTAGONG
 
En quête d’insolite depuis plusieurs jours, côtoyant d’innombrables usines à briques dans lesquelles travaillent hommes, femmes, enfants dans des conditions épouvantables, nous pénétrons dans la 2ème ville du pays : Chittagong, située au sud-est du Bangladesh.

Bangladesh_2La ruralité y est plus visible que dans la capitale. Tous les moyens de locomotion s’y affrontent dans des embouteillages monstres. Le gagnant est le plus gros bien sûr, mais parfois aussi le plus audacieux.

Le pire dans tout cela, pour le voyageur, réside dans la cacophonie assourdissante des klaxons. Un enfer !

La population y est habituée. Il n’est d’ailleurs pas rare de voir un enfant profondément endormi sur un terre-plein central.

Une insécurité chronique règne dans la ville. Avec ses 33 incidents liés à la piraterie recensés en 2006, le port de Chittagong a été qualifié de port le plus dangereux du monde. Il a d’ailleurs longtemps été une base de la piraterie portugaise. Il demeure cependant le plus important du pays et joue un rôle de tout premier ordre dans l’économie de la Nation.

 Ici, tout repose sur la vase. Tout est noir : la boue, l’eau, les bateaux, l’environnement. Bon nombre d’embarcations ressemblent à celles qu’employaient les flibustiers d’antan. Nous souhaitons embarquer, découvrir, connaître. La communication reste difficile, voire impossible.

Nous finissons par partir mais, sans le savoir, pour une île différente que celle que nous souhaitions aborder. Qu’importe, cela fait partie du mode de voyage choisi. A l’arrivée, on a l’impression d’évoluer dans un chaos inextricable. Il n’en n’est rien ! Tout y est ordonné, à la manière des bangladais… Tout se passera bien. Le retour s’effectuera dans les mêmes conditions.

LES COLLINES DE CHITTAGONG HILL TRACK

La ville constitue le point de départ permettant de se rendre sur les seules collines du pays, jouxtant l’Inde et le Myanmar. Avant d’y parvenir il reste indispensable de franchir quelques « checkpoints » aux occupants particulièrement pointilleux.

Comme partout ailleurs dans le pays, il nous faut affronter les problèmes de logement. Certains hôtels ne prennent pas d’étrangers, d’autres pas les femmes si le couple n’est pas marié, d’autres pas de femme du tout. Il faudra sans cesse  jongler  avec cela pendant tout le séjour.

Arrivés à Rangamati, nous assistons à une manifestation tout à fait incompréhensible pour nous. Une organisation féminine a enfin obtenu une loi ayant pour conséquence de punir les hommes qui continueraient à jeter de l’acide sur le visage des femmes quelque peu rebelles. Elles défilent dans la rue pour fêter leur victoire. Comment peut-on imaginer qu’il puisse y avoir derrière ce cortège une contre-manifestation de la part des hommes demandant l’annulation de cette loi ?

 Nous décidons de nous livrer à une situation plus rationnelle et compréhensible pour nous en nous rendant au cœur de « Chittagong hill track » là où vivent plusieurs ethnies nettement à l’écart de la population bangladaise, où, pour la plupart il est obligatoire d’être accompagnés de policiers ou de militaires !

Les minorités n’ont pas eu d’autre choix que de se replier sur les bords de l’immense lac artificiel Kaptai au moment de sa création, réduisant ainsi leur espace vital à la dimension d’une peau de chagrin. Une grande partie des terres restantes ont été accaparées par les bangladais. Pour contenir la révolte, les forces de loi ont densément été transférées dans la région. Il est aisé de comprendre que ces pauvres ethnies ne pèsent pas lourd face aux 164 millions de bangladais manquant cruellement d’espace !

Ainsi va la marche du monde.

KHULNA, PORTE D’ENTREE DES SUNDARBANS
 
Pour continuer notre périple cap tout à l’ouest, pour le gigantesque delta formé par le fleuve Brahmapoutre, prenant sa source au Tibet, dans lequel se mélangent les eaux du Gange avant de se jeter dans le Golfe du Bengale.

 A Khulna, porte d’entrée des Sundarbans constituées par les bouches du Gange, une halte s’impose. Dans cette ville, encore plus qu’ailleurs, nombreuses sont les personnes atteintes de multiples malformations. Ce serait, nous dit-on, la conséquence de l’importante quantité d’arsenic contenue dans l’eau. A proximité du port, nous sommes accostés par un garçonnet d’une dizaine d’années, très souriant, soulevant le haillon qu’il a sur le corps pour nous faire découvrir son abdomen. Une blessure purulente située juste en dessous du nombril laissant échapper un liquide jaunâtre mêlé à ce qui ressemble à des excréments, dégouline jusqu’à l’entrejambe. Complètement désemparés, nous lui achetons de la nourriture qu’il partagera par la suite avec ses compagnons d’infortune.

Continuant notre route, nous pénétrons à nouveau dans l’irrationnel.

A la nuit tombante, certaines rues sont interdites à la circulation laissant place à une horde de travailleuses qui, à la main, pierre par pierre, sous l’œil acerbe d’un contre-maître, refont la chaussée. L’épandage du goudron s’effectue à l’aide de récipients métalliques après avoir puisé le liquide brûlant dans un bidon. Dans ce chaos de vie ce sont les hommes qui tractent naturellement les charrettes dans lesquelles sont transportés les bidons.

Khulna reste le point de départ permettant de pénétrer au cœur de la plus grande forêt de mangrove de la planète nommée : les Sundarbans.

Au début du périple, après bien des péripéties nous finirons par enfin trouver le village de Narail. Les habitants ont la particularité de pratiquer la pêche à la loutre. C’est une technique qu’ils utilisent depuis des siècles.


Bangladesh_3Les animaux sont enfermés dans des cages en osier installées sur un bateau. Pour elles, l’embarcation en mouvement signifie qu’elles vont bientôt entrer en action. Des sifflements aigus, des glapissements, une sorte d’aboiements sont émis sortant de la cage. Le déplacement s’effectue sous la seule force de l’unique rame actionnée par un pêcheur. 1 heure plus tard s’achève notre progression. Par un geste libérateur le couvercle de la cage est ouverte. Les loutres sont des animaux féroces. Pour ne pas se faire dévorer les mains, les maîtres les maintiennent astucieusement à distance au bout d’une corde. Certains auraient été attaqués par leurs propres animaux. Ces bêtes furieuses possèdent des mâchoires larges, courtes, puissantes.

Suspendues par la corde reliée à un petit harnais, elles sont plongées dans l’eau. Immédiatement, elles se meuvent à l’aide de pattes puissantes. Tout témoigne de la parfaite adaptation de l’animal à l’eau : museau fin, tête plate, petites oreilles dissimulées dans la fourrure, cou épais bien dans la continuité des épaules, corps souple, long, allure ondulante font d’elles de véritables acrobates effectuant plongeons et cabrioles avec une aisance surprenante. Elles s’avèrent être de redoutables chasseresses.

Elles ondulent silencieusement dessus ou dans la rivière. Leur démarche est joyeuse, vive et d’une redoutable efficacité. Dressées, elles sont utilisées comme rabatteuses. Elles sont capables de débusquer tout ce qui vit hors ou dans l’eau. Inévitablement, les poissons ou les animaux sont dirigés vers un large filet tendu contre le bateau.

Le piège est parfait, imparable.

Quel que soit l’animal, s’il a le malheur de se situer à proximité de la chasseresse, il en sera quitte pour sa vie. Les loutres capturent tout ce qui bouge et dévorent tout ce qui vit. Le travail terminé le filet est remonté, à la suite de quoi, les loutres sont à nouveau suspendues au bout de la corde et déposées sur le bateau. Sans hésitation, elles pénètrent à l’intérieur de la cage d’osier où elles retrouvent leurs petits .

Nous venons d’assister à l’un des spectacles des plus hallucinants auxquels on puisse assister au Bangladesh. Le lendemain, la navigation reprend en direction du sud. Nous atteignons la bourgade de Mongla, dernière localité à l’entrée des Sundarbans. Elle a la réputation d’être malfamée et imprévisible.
Il se confirme que nous devons nous tenir sur nos gardes et ne pas nous laisser aller au relâchement. Nous sommes agressés par des habitants voulant nous imposer à leur céder de l’argent. Poliment nous refusons et rejoignons immédiatement l’endroit où nous devons passer la nuit.

AU CŒUR DES SUNDARBANS
 
Dès l’apparition des 1ers rayons du soleil, cap à nouveau en direction du sud. Nous naviguons maintenant au cœur d’un véritable labyrinthe de 100 km. de profondeur sur 300 km. de large ; seules, les personnes possédant une solide expérience des lieux peuvent y pénétrer sans se perdre. Nous faisons confiance à notre capitaine.

Mis à part sur la frange nord les Sundarbans sont inhabitées. L’immersion fréquente des terres, la salinité empêchant toute culture, les cyclones dévastateurs rendent toute vie sédentaire plus au sud tout à fait impossible.

Les Sundarbans abritent les très réputés tigres du Bengale. On les surnomme les « mangeurs d’hommes ». Non sans raison. Chaque année, ils dévorent une centaine d’hommes dans la partie nord du delta.

Tout le monde le sait ; mais on fait avec … Simple esprit de fatalité.

Même si nous en avons rencontré quelques traces fraîches et entendu quelques rugissements la nuit, nous n’avons pas été importunés par ces félins.

Bangladesh_001Les innombrables méandres du delta enserrent de petites îles et bandes de terre sur lesquelles se prélassent d’importantes colonies de crocodiles dans une immobilité trompeuse. Dérangés dans leur sieste, soudainement ils se redressent et, dans un mouvement d’une étonnante vivacité, plongent dans les eaux tranquilles du delta.

Après quelques jours de navigation, nous faisons escale sur une île où a été construit un village temporaire de pêcheurs. Ils y séjourneront de Novembre à la fin Mars. Ce sont de pauvres types qui ont été recrutés bien souvent dans les bas-fonds de Chittagong et de Khulna.

Nous y sommes accueillis avec empressement. Quelle joie pour ces hommes que de voir arriver sur leur île leurs semblables ! Ils sont installés dans des conditions misérables.

Derrière un rideau de cabanes, des millions de poissons sèchent au soleil.

Après 2 heures de visite, nous regagnons notre bateau raccompagnés avec beaucoup de gentillesse par ces pêcheurs nous faisant cadeaux de poissons séchés, la seule richesse possédée.

Fin Mars, ils seront rapatriés dans leur ville d’origine, faisant place aux cyclones dévastateurs. Quand ils reviendront la saison suivante le village aura disparu.

La navigation sur les eaux du delta peut s’avérer dangereuse. Les pirates sévissent aussi dans la région. Si le propriétaire du bateau accosté ne s’est pas auparavant acquitté de ses « obligations » lors de « rencontres programmées » le kidnapping est assuré. C’est la loi du milieu.
Nous étions en « règle ». Les pirates rencontrés sont restés à distance. Après avoir atteint le Golfe du Bengale, nous entamons le processus du retour. Le voyage s’effectue sans encombre.

CONCLUSION

Les Sundarbans remplissent une fonction cruciale au Bangladesh. Elles servent de remparts à Khulna ou ailleurs contre les cyclones qui, malgré cela, s’avèrent encore particulièrement dévastateurs. Portés par un formidable esprit fataliste né des épreuves du passé, les Bangladais ce sont adaptés. Quand la situation deviendra impossible, ils s’adapteront encore.

C’est cela le Bangladesh.

Du 16 Décembre 2010 au 26 Janvier 2011

MAURICE THINEY

 

- MEMBRE DE LA SOCIETE DES EXPLORATEURS FRANÇAIS ET DE LA GUILDE EUROPEENNE DU RAID.

- AFFILIE A L’ORGANISATION MONDIALE DE LA PRESSE PERIODIQUE

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