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Inde - région sud (8)

Région Sud

MYSTÉRIEUSES ILES ANDAMAN ET NICOBAR
 
 L’archipel oublié des îles Andaman et Nicobar égrène ces 250 îles comme un chapelet de perles sur plus de 1000 km de long et se déploie au beau milieu des eaux tumultueuses du Golfe du Bengale à 1200 km des côtes de l’Inde du Sud.
 
Carte_thineyStratégiquement bien situées, ces îles font partie de l’union indienne, aussi, y trouve-t-on un déploiement impressionnant de militaires et de policiers.
 
Elles abritent des tribus vivant encore à l’âge de pierre, sans doute les plus mystérieuses de la planète, répertoriées sous le nom de : Negritos .
 
Sous la pression des autorités indiennes, cette population aborigène se réduit comme une peau de chagrin et est arrivée au seuil de l’extinction.
 
Deux de ces tribus restent farouchement hostiles à tout contact avec l’extérieur et accueillent tout bateau étranger s’approchant de leurs côtes par une volée de flèches.
 
C’est de cette manière, que 350 Jarawa ont pu traverser miraculeusement l’histoire et maintenir leur vie sauvage et libre dans la forêt. 
 
Sur une île minuscule, particulièrement isolée, protégée par un océan déchaîné et des vagues impressionnantes, survivent en autarcie totale, entre 100 et 250 Sentinele ; les informations les concernant sont très fragmentaires. Si pour les Jarawa quelques signes d’apaisement ont été enregistrés, il est tout à fait impossible de mettre le pied sur cette île et d’en ressortir vivant, comme si les Sentinele étaient intuitivement persuadés et conscients que cela signifierait leur fin.
 
Les eaux entourant ces îles sont des eaux interdites, particulièrement surveillées par des garde-côtes et des policiers, le gouvernement indien prétextant que c’est pour les mieux protéger.
 
Pendant ce temps, les tronçonneuses peuvent décapiter à leur guise la forêt des Jarawa.




 Depuis longtemps, j’avais connaissance de l’existence de ces 2 tribus irréductibles. Elles me fascinaient. Aussi, depuis de nombreuses années, secrètement, j’espérais bien qu’un jour je pourrais leur rendre visite. A la mi-Février 2010, je foulais du pied les îles Andaman.
 
Immédiatement, je me heurte à une quantité d’interdictions difficiles à contourner, protégées par un quadrillage policier impressionnant. Même prononcer le nom de ces tribus effraie certains de mes interlocuteurs. Je cherche cependant la faille.
 
Je pars pour Rangat, puis Mayabunder, puis Diglipur, me retrouvant, après 3 semaines de recherches qui pourtant doivent être très discrètes, tout au nord du chapelet d’îles sans avoir avancé d’un pouce.
 
Retour au point de départ, convaincu que mon expédition va se terminer ainsi. Pensant que tout est raté, dans le hall de l’hôtel, je me fais moins discret et me « découvre » un peu.
 
Miracle ! Quelqu’un s’approche discrètement de moi et me murmure « voulez-vous rencontrer les Jarawa et les Sentinele ?  Je peux vous organiser tout cela »

La première chose qui m’est imposée : changer d’hôtel ; ici les noms des tribus ont été prononcés, c’est devenu dangereux. La délation est étrangement encouragée.
 
Deux jours plus tard, je me retrouve en présence d’un certain YASHIM, contrebandier à ses heures, on l’est de père en fils dans la famille, lequel organise mon incursion chez les JARAWA. De part ses activités il en est à la fois l’allié et le partenaire. Ils l’autorisent à venir pêcher ces énormes coquillages protégés appelés TROCUS, remarquables par leur spirale de nacre, qui valent une « fortune » sur le marché du sud-est asiatique : En échange il leur donne la chair et parfois quelques produits du monde « civilisé ».



 
 Afin d’échapper à la vigilance de la police et des garde-côtes, sur une frêle pirogue nous naviguons sans lumière et par une nuit d’encre sur un océan capricieux. Après 4 h de mer, nous sommes depuis longtemps en eaux interdites, avec une extrême précaution nous longeons la côte de l’île sauvage sursautant lors du frottement de la coque sur les rochers. A 40 m du rivage le moteur est stoppé. L’ancre jetée. 
 
Yashim et son fils se mettent à l’écoute de la forêt. Quelques minutes plus tard, ils se décident à lancer les « Hou, Hou, Hou » de reconnaissance. Aucune réponse. Les appels sont renouvelés vers d’autres secteurs. La nuit est toujours sans lune. Nos recherches restent infructueuses. Comme pour la préparation à un départ, nous entamons une reculade. En fait, nous jetons l’ancre dans un lieu plus sûr. Mes deux compagnons s’allongeant dans le bateau, je comprends que nous allons passer la fin de la nuit ici.
 
Je ne dormirai pas.
 
Thiney25 h du matin, le jour se lève. C’est l’heure de la délivrance. Exploration de la bande côtière. Nous apercevons quelques huttes se détachant de la frange forestière, mais les « Hou, Hou, Hou » n’obtiennent toujours pas de réponse.
 
Après 3 h de recherches Yashim m’explique qu’ « ils » doivent être partis à la chasse au cœur de la forêt. Nous n’accosterons pas car même si Yashim est leur ami, il n’a pas le droit de le faire sans leur accord.
 
8 heures, c’est l’heure à laquelle les garde-côtes commencent leur surveillance.
 
Décision de repartir est prise. C’est la mort dans l’âme que je vois se réduire la côte de l’île sauvage, un peu comme un naufragé qui voit s’éloigner le bateau qui ne l’a pas vu.
 
En fin de matinée, l’embarcation s’enfonce sous le couvert de la mangrove où nous débarquons et progressons rapidement à pied afin d’échapper à la vigilance de la police. Une demi-heure plus tard nous sommes en sécurité. Je ressens cette situation comme un terrible échec.
 
Longue discussion. Il est décidé que le soir même, nous tenterons à nouveau notre chance. Même échec.
 
Cette fois-ci, il m’est donné comme explication que tous les ans, à peu près à cette époque, les Jarawa partent au cœur de la forêt à la recherche d’eau car depuis que le Tsunami de 2004 a sévit les sources côtières se tarissent.
Je reste perplexe.
 
Il m’est proposé, sans trop de conviction sachant que j’avais un billet d’avion pour un vol sur Calcutta dans une semaine, de retenter l’expérience plus tard.
 
Décision est rapidement prise, l’avion partira sans nous et la visite prévue du Bangladesh annulée. Mais pour rester aux Andaman, il faut avoir un permis et pour l’obtenir il faut posséder un billet d’avion : « départ », donc achat d’une preuve de sortie des îles pour le 22 Mars direction Chennai, cela sans être certain d’obtenir le précieux document. C’est un peu comme jouer à la roulette russe…
 

 
Le 15 Mars mon sac à dos est transporté chez Yashim à moto, la nuit pour ne pas éveiller les soupçons de qui que ce soit.
 
Nouvelle tentative prévue pour le surlendemain.
 
Avant d’embarquer, à 8 h du soir, il m’est précisé que le programme est changé. Dans le secteur des Jarawa il y a trop d’allées et venues de la part des garde-côtes. Nous nous rendrons chez les Sentinele. L’île qui les abrite est très isolée et beaucoup plus éloignée donc beaucoup moins surveillée. Devant être en accord le plus que possible avec l’état vestimentaire des indiens, je change de vêtements.
 
Navigation sans lumière par une nuit d’encre. Nous avons failli éperonner une autre embarcation se déplaçant dans les mêmes conditions. Rassurant.
 
3 h plus tard, nous jetons l’ancre en pleine mer. Sans être parvenu à trouver le sommeil, à 4 h du matin, sur une mer particulièrement agitée, la navigation reprend. A 7 h et demie apparaît enfin l’île North Sentinele. A 9h , nous sommes à 50 m du rivage, juste hors d’atteinte d’une portée de flèche. Il est désert.
 
Série d’appels, sans réponse. Après 10 mn d’attente, plusieurs silhouettes noires, arc et flèches à la main, courent dans tous les sens sur la plage.
 
Thiney1Les Negritos surgissent de toutes parts. Ils sont magnifiques, totalement nus, parés de minces colliers et fibres végétales. Leurs cheveux sont habillement coupés et leur pilosité pubienne soigneusement rasée à l’aide de coquillages aux arêtes tranchantes. Certains bandent leur arc. Menace réelle ou simple intimidation ? Nous ne le saurons pas.
 
Debout dans le bateau, nous brandissons des régimes de bananes, des noix de coco. Puis, nous les jetons à l’eau. Nous recommençons plusieurs fois cette opération et nous éloignons quelque peu, ceci pour signaler que nous avons compris qu’il ne faut pas aller trop loin, que nous devons rester sur notre domaine : l’océan, et que nous n’avons en aucune manière l’intention de violer leur terre sacrée. « On le sait, dans le cas contraire, une volée de flèches s’abattra sur nous ».

Soudain, un membre de la tribu s’avance vers nous, debout sur une pirogue à balancier on ne peut plus rudimentaire. On s’éloigne à nouveau. Je ne le souhaite pas, mais mes 2 compagnons ne sont pas téméraires, ils craignent que nous ne soyions obligés de le faire sous la contrainte.
 
Il semble que les Sentinele aient renoncé à nous recevoir par les habituelles volées de flèches, cependant, la personne déléguée afin de récupérer les cadeaux s’approche vers nous sous le regard attentif et protecteur des guerriers restés sur la berge.
 
Ils semblent accepter nos offrandes, mais nous interdisent de dépasser les limites de ce qui peut être acceptable pour eux, de pénétrer l’intimité de leur vie au même titre que le territoire et la jungle nourricière qui depuis la nuit des temps les abrite, les fait vivre, les protège.
 
De cette manière, ils tiennent à distance cette civilisation qui rôde autour d’eux, eux les derniers survivants d’un monde à l’agonie.
 
Courbé sur sa pirogue, le petit homme couleur ébène récupère maintenant les bananes et les noix de coco. Soudainement, face à nous, il manifeste son contentement par une forte oscillation partant de la tête, se transmettant tout le long du corps pour se terminer au niveau des pieds. Etonnant langage corporel difficilement traductible par des mots.
 
Bien qu’à une trentaine de mètres de lui, encouragé par cette attitude, je souhaite que l’on se rapproche. A regret, mes compagnons exécutent une timide manœuvre. Notre visiteur s’éloigne immédiatement. Quelques minutes plus tard, il pose pied sur la berge.
 
A ce moment précis, une sorte d’agitation collective s’empare des petits hommes noirs qui, armés d’arc et de flèches, courent dans tous les sens faisant mine de bander leur arc dans notre direction.
 
Mes compagnons me font comprendre qu’il faut maintenant partir. L’entrevue aura duré 1 h 30. Véritable privilège quand on sait que très rares sont les personnes ayant eu la chance d’entrer en contact réel avec la tribu des Sentinele.
 
Maintenant, c’est l’océan courroucé qu’il nous faut affronter et la vigilance des garde-côtes qu’il faut déjouer.
 
Après les précautions d’usage prises à l’arrivée, je suis informé que nous avons eu la bonne intuition de changer de programme la veille, à l’origine il avait été prévu de rester une journée chez les Jarawa, car les grade-côtes ont arrêté les membres de 5 bateaux de pêche dans les eaux interdites des JARAWA et conduits ces mêmes pêcheurs menottés en prison.




Samedi 20 Mars. 3ème et dernière tentative de rencontre avec les Jarawa. Comme à l’accoutumée, on séjournera toute la nuit en mer. Après quelques heures de vague sommeil perturbées par les assauts répétés des moustiques, l’embarcation repart.
 
Thiney3A 5 h du matin la 2ème série de « Hou, Hou » obtient enfin une réponse. Ouf. Bouffée de chaleur. Les Jarawa sont enfin revenus de leur périple au cœur de la forêt. Attente. Et puis ils apparaissent. Un, deux, trois, une dizaine, puis une quinzaine bientôt. De petits êtres tout nu, noir ébène, au visage fin et subtil courent sur la plage en lançant des cris joyeux.
 
Les signes habituels échangés avec mes compagnons servent d’autorisation d’accès au territoire. Nous sommes des privilégiés. En général, ils accueillent les visiteurs par une volée de flèches. Les Jarawa continent de préserver leur isolement en se montrant agressifs envers les visiteurs non « introduits » et considérés comme nuisibles. Mais, ils connaissent Yashim . Il est leur allié et est autorisé à venir pêcher les énormes Trocus vivants dans les eaux interdites.
 
Après avoir débarqué, ils nous palpent, nous caressent, nous tiraillent et tournent autour de nous en riant aux éclats. Notre simple présence les amuse. Ils fouillent aussi dans nos poches dans lesquelles ils ne trouvent que peu de choses, ayant été averti par mes compagnons. 20 mn plus tard, ils nous conduisent dans leurs huttes, ressemblant à d’énormes perruques posées sur le sable, à l’intérieur desquelles il n’y a strictement rien. Très rudimentaires, elles sont recouvertes de feuillages de couleur ocre. A une liane tendue sont suspendus quelques crânes d’animaux. Quelques feuillages desséchés installés entre 2 rangées rapprochées de piquets de bois délimite l’endroit où les Jarawa dorment en se serrant les uns contre les autres afin de conserver leur chaleur. C’est tout.
 
Les Jarawa mènent une vie toute simple de semi-nomades qui n’a guère dû changer depuis des millénaires. Ils chassent, cueillent, façonnent les pointes de flèches et partent à l’assaut des cimes des arbres à la recherche du précieux miel.
 
On ne connaît que peu de choses de leur histoire, de leur langage, de leurs traditions.
 
Au cours de ce contact, je les sens extrêmement intuitifs, les sens à fleur de peau, passant d’un instant à l’autre de la tendresse à l’indifférence la plus déconcertante, voire même à l’agressivité.
 
Vers 8 h, mes compagnons se font de plus en plus inquiets, regardant au loin sur la mer. Ils craignent les garde-côtes. Après un dernier signe de la main nous embarquons et entamons rapidement notre retour.

4 h plus tard, après quelques échanges téléphoniques avec la terre, nous pénétrons au cœur de la Mangrove.



  
 
Cette étrange rencontre n’entrebâille même pas le portail de la connaissance de l’autre.
 
La suite de l’histoire, on la connaît.
 
Dès que les Jarawa et les Sentinele abandonneront leur hostilité, toute la chaîne de la destruction lente de ces petits peuples va se mettre en place.
 
Ils n’auront alors, pas d’autre choix que celui de disparaître, ce qui à terme semble inéluctable, ou de s’adapter au prix de la mort de leur âme et de leur dignité.

Maurice Thiney (Avril 2010)
 

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