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Bolivie2Cordillère des Andes Enfer et paradis

Bolivie, pays de dualité. À Potosi se côtoient mineurs, précarité, culture quechua et couleur. À Uyuni, le salar majestueux, son immensité et les lagunas époustouflantes sont contrebalancées par la pollution et la véritable dépendance à l'économie apportée par les touristes.

Montagne désertique balayée par la force du vent, le Cerro Rico s'élève vers le ciel. Ce mont aux teintes orangées est comme un protecteur pour l'une des plus hautes villes du monde, Potosi (4 070 m). En quechua, langue indienne toujours pratiquée, Potosi signifie "tonnerre".

Dans la petite ville à l'architecture coloniale, le tonnerre ne vient pas du ciel mais de la terre.

La Pachamama, déesse de la terre, a caché ses trésors dans le Cerro Rico. Depuis des centaines d'années les hommes se relaient comme des fourmis pour extraire les richesses du sous-sol. Les sombres tunnels sont le royaume d'El Tio, un diable vénéré par les mineurs. Seuls les hommes ont le droit de descendre dans les profondeurs de la terre.
El Tio est l'amant de la Pachamama, et la déesse jalouse les femmes qui s'approchent de son amant.
Dans un recoin des boyaux qui descendent dans la montagne, une statue de terre d'El Tio.
Les mineurs viennent demander la protection du diable. Ils offrent au dieu de l'enfer des feuilles de coca, des cigarettes et de l'alcool à 96 degrés. Ils offrent aussi de l'alcool à la Pachamama avant de consommer eux-mêmes ce qui les aidera à tenir pendant parfois 24 heures de travail d'affilée.
La ville de Potosi rayonne à la lumière du jour. Ses maisons de couleurs et ses innombrables églises tranchent avec la vie de la mine.
Les hommes sont à la mine ce que les femmes sont au marché. Sur le sol ou au milieu des étals, elles vendent ce qu'elles ont.
Des hauts plateaux et des montagnes qui entourent Potosi, on se laisse vite tenter par les merveilles promises. Dans le bus qui mène à Uyuni, le clair de lune ne laisse apparaître que les silhouettes diffuses de la montagne. Rêve éveillé, des courbes délicates forment un paysage onirique.

On se réveille à Uyuni dans la réalité à l'état brut.

Un champ de sacs plastiques de plusieurs kilomètres cerne la ville. Une cité aux avenues de poussière, animée par la venue de nombreux touristes prêts à découvrir le salar d'Uyuni. Les petites agences de tourisme proposent le rêve à portée de main, photo à l'appui. Entre les merveilles promises à quelques kilomètres de là et la vie des gens d'ici, il y a le grand écart. Uyuni tente de survivre tout en répondant à la demande des touristes. Jamais, je n'ai vu une ville de Bolivie avec autant de pizzerias ni de files d'attente composées uniquement d'étrangers. J'embarque comme tout le monde dans un 4x4 avec quatre autres touristes. Nous partons en sens contraire des autres groupes, direction le Sud et la frontière du Chili, avant de terminer au Nord dans le grand salar d'Uyuni. La route s'étire dans des paysages presque désertiques. Seules de petites herbes pour nourrir les lamas, et le quinoa pour sustenter les hommes, arrivent à pousser. Soumise aux températures extrêmes et aux vents, c'est un miracle de voir de la végétation à une telle altitude.

Bolivie1Le sud-est bolivien regorge de beaucoup de petits miracles, telle la lagune Colorée, rouge et blanche, oasis improbable au coeur d'un monde qui ne l'est pas moins.
La profusion de flamants roses est d'autant plus étrange. Sur les terres inhospitalières de la cordillère des Andes, la vie donne une leçon et abonde là où tout semblerait impossible.
À l'aube du second jour, on se demande si la magie sera encore là aujourd'hui. L'odeur repoussante du soufre envahit l'espace. Dans une épaisse fumée grise, des geysers. Brûlant et imprévisible, l'enfer a trouvé le chemin pour venir sur terre. Mais là encore, on est irrésistiblement attiré. Le sol s'est paré des couleurs les plus improbables. Délicat mélange, d'une peinture surréaliste. Encore plus au sud, la lagune Verte, au pied du volcan Licancabur, à la frontière du Chili. Cette fois-ci, c'est une aquarelle que la Pachamama a peinte. Un subtil camaïeu de vert rehaussé par les couleurs vives des flamants roses. Pas le temps de rester en admiration, le vent nous fouette et le chauffeur nous presse. Direction le nord.
Des foisonnantes lagunes, nous passons au désert de sable et de pierre. Des rochers sculptés par l'érosion qui ont inspiré les tableaux de Dali. Il suffit d'escalader ces petits blocs de roche pour s'imaginer être les rois du monde.

Les rois que nous sommes paradent avec leur 4x4 tout confort dans les petits villages.

Nous passons là où les habitants n'ont même pas les moyens de se payer des vacances. Subvenir à ses besoins quotidiens est déjà difficile. Le tourisme est une manne financière pour la région mais tous n'en profitent pas et les villages pauvres voient défiler les richesses de pays lointains. Se mettent-ils à rêver ou voient-ils l'injustice de leur situation?
À l'aube du troisième jour de visite, le lac de sel nous apparaît enfin dans la lumière chaude du soleil levant. Une caravane de 4x4 défile dans l'immensité du désert d'Uyuni. Le ciel a fait la paix avec la terre. Ils se sont unis. La frontière de l'horizon a disparu, laissant place à l'infini. Imaginer qu'ici il y avait un immense lac. Imaginer qu'ici il y avait de la vie. Aussi sublime que terrible, le temps et la nature ont fait leur oeuvre.

Au milieu du salar, dans l'immaculée blancheur et sous un soleil torride, on réfléchit à sa place dans le monde. J'observe mes compagnons de voyage faire des photos humoristiques où ils baignent dans un verre de bière alors que, dans le village voisin, des petits enfants travaillent à 10 ans à peine. Nous n'avons pas le temps de nous demander ce qu'on pourrait apporter aux villageois. La caravane touristique ne s'arrête que pour montrer les merveilles du pays. Dans le Sud-Lipez, l'enfer et le paradis sont si proches qu'on ne peut les distinguer. Les splendides paysages nous feraient presque oublier que tout n'est pas rose dans le pays des flamants.

Texte et photos Sabrina Budon
http://cendrillons.over-blog.com/


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