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Au cœur du Désert de Thar


Rencontre et partage avec le couple fondateur de l’association Malenbaï, qui vise à faire revivre l’artisanat local de la caste des Bilhs du désert du Thar. Leur intention est de préserver les savoir-faire mais aussi de faire en sorte que les artisans retrouvent la fierté de leur art, et la considération de leurs pairs.

GT134_Page_374Nous partons au coeur du désert duThar (Rajasthan, nord ouest de l’Inde), à la découverte de l’association Malenbaï. À une vingtaine de kilomètres de Jaisalmer, la voiture quitte la route pour rejoindre une piste qui serpente à travers des étendues de sable et de cailloux noirs où quelques arbustes défient le vent et le soleil.

Cet immense plateau s’achève brusquement pour plonger sur une vaste étendue de sable clair, semblable à un morceau de lune égaré sur la terre… Un lac asséché. Nous nous arrêtons au seuil d’une grande bâtisse solitaire, qui semble contempler l’horizon. Les fondateurs de Malenbaï, Capucine et Pabu, nous accueillent autour d’un thé de bienvenue et nous racontent leur histoire…

Lors d’un voyage en Inde, cette jeune Française part avec sa famille pour un safari en chameaux sous la conduite de Pabu. Ils décident d’unir leurs destins dans ce désert où tous deux se sentent chez eux plus que partout ailleurs.

Ils s’y installent en dépit de toutes les difficultés, d’ordre matériel bien sûr, mais surtout d’ordre culturel et social. La mixité de leur couple n’est pas acceptée au sein de la société indienne, d’autant que Pabu est issu d’une des plus basses castes, les Bilhs, chasseurs. Après trois années de persévérance, la maison qu’ils ont construite est devenue un lieu d’accueil, à l’image de la tradition des habitants du désert. Les agriculteurs des terrains environnants, les bergers de passage et tous ceux qui le souhaitent y font étape.

GT134_Page_375Ils viennent seuls ou en famille, partagent leurs repas et la grande terrasse où chacun s’endort à la belle étoile après la veillée. Tandis que Pabu est fier d’être Bilh d’autres, nombreux, ont perdu cette fierté d’appartenance.. Originaires du Gujarat, beaucoup ont en effet été déplacés près de Jaisalmer pour mettre leurs talents de chasseurs au service des Maharajas. Lors de cette migration, ils ont perdu beaucoup de leurs coutumes et de leur artisanat. Aujourd’hui, la plupart survivent en cassant des pierres pour les chantiers de construction. Un travail de forçat, dévalorisant.

Capucine et Pabu veulent faire de leur différence une force pour aider les Bilhs à se relever. Ils se tournent d’abord vers l’agriculture en investissant dans un tracteur qu’ils prêtent aux familles pour les inciter à cultiver leurs terrains et en formant des jeunes à la conduite. L’année suivante, ils profitent de l’eau du lac et du prêt d’un générateur électrique pour promouvoir une culture de moutarde irriguée. De nombreuses familles participent aux semences puis à la récolte. Autour de cette nouvelle activité et au rythme des chants se développent des échanges et des partages. Cependant, l’opération est déficitaire. Devant le caractère aléatoire des récoltes, il faut trouver d’autres idées.

Suivant les conseils enthousiastes d’une amie, ils créent en août 2007 l’association Malenbaï, du nom de la déesse du désert vénérée par les Bilhs. Objectif : faire revivre l’artisanat local. Une véritable chasse aux trésors commence pour retrouver les personnes qui détiennent ces savoir-faire.


Ils découvrent un tisserand.

GT134_Page_36Cette occasion inespérée donne à cet homme d’un certain âge, qui n’a plus la force de casser des pierres et peine à faire vivre sa famille, la possibilité de reprendre son métier. Ce qui le réjouit. Avec l’aide de l’association, il rénove le vieux métier à tisser de son père et se remet au travail.

Après tant d’années sans pratique, il lui faut plusieurs essais avant de maîtriser à nouveau la technique. Ses tapis sont tissés à partir de poils de chèvre liés en corde que seules quelques vieilles personnes savent encore faire. La vente des tapis à Malenbaï assure au tisserand une source de revenus. Et, surtout, il a retrouvé et sa fierté et la considération de ses pairs. Lorsque nous lui rendons visite, toute la famille et les enfants nous accueillent avec joie et curiosité. Outre Capucine, nous sommes les premiers étrangers à venir chez eux.

Cette année, Malenbaï renouvelle
l’expérience avec une famille de potiers d’un village proche.

Pour gagner leur vie, ces derniers délaissaient peu à peu leur tour et partaient vers les carrières casser des pierres. La poterie devenait une GT134_Page_37activité d’appoint et risquait, à terme, d’être abandonnée. Motivé, le potier nous montre les nombreux modèles qu’il sait faire. Capucine et Pabu lui donnent des idées d’objets s’inspirant des traditions rajasthanaises et susceptibles de plaire à des touristes. Nous sommes surpris lorsque son fils de 15 ans le remplace au tour, faisant preuve d’un grand savoir-faire. La transmission est assurée. En visitant les familles, Capucine rencontre des femmes qui confectionnent de magnifiques broderies pour leur usage personnel. Avec quelques idées nouvelles puisées sur les marchés ou dans leurs traditions, elles pourraient utiliser leurs talents et rejoindre les artisans de Malenbaï…


Parallèlement aux activités de l’association, Capucine et Pabu forment le projet d’accueillir des touristes désireux de découvrir et vivre le désert. Lors de notre venue, Pabu vient d’achever la construction de cinq belles huttes traditionnelles qui sont harmonieusement disposées face à l’immensité du lac asséché.

GT134_Page_372Il souhaite également mettre à profit son expérience de guide pour proposer des safaris en dromadaires aux visiteurs. Capucine et Pabu ont à coeur d’intégrer dans leur projet les artisans qu’ils soutiennent en organisant des visites dans les villages afin que les touristes découvrent le travail de ces mêmes artisans.

Cette nouvelle activité constitue une opportunité pour faire partager leur passion et leur connaissance de cet environnement mystérieux, dur et généreux.

Ce sera pour les visiteurs l’occasion de s’immerger dans la vie du désert : partager les repas avec les bergers de passage, à la nuit tombée écouter leurs chants en admirant la Voie Lactée, dormir dans des huttes bercées par le souffle du vent…



Texte et photos Gabrielle Hampikian,

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