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mardi, 09 juillet 2013 18:33

Crossing the line

Road Trip entre amis

« Crossing the line » retrace le voyage initiatique et engagé de trois jeunes réalisateurs français à travers l'Europe. Marie-Claire Neveu, Clément Ona et Guillaume Tahon ont sillonné le continent en voiture sur 8000 km de la Bretagne aux portes de l'Orient, avec un objectif : « Franchir la frontière » pour ouvrir son esprit, dépasser les apparences et aller de l'avant. Devant leur caméra, anonymes et personnalités livrent leur vision du monde, de leur pays et de leur culture.


ABM :  Pour ceux qui ne vous connaissent pas, pouvez-vous vous présenter ? Quel est votre parcours ? Qu'est-ce qui a façonné votre engouement pour le voyage et votre envie de le partager avec les autres ?

Marie-Claire Neveu : Guillaume, Clément et moi nous sommes rencontrés lors de nos études d'audiovisuel, de production, de réalisation et d'écriture de scénarios. Je suis d'origine rouennaise mais j'ai étudié aux Gobelins, à Paris, à Brest, aux Etats-Unis aussi. Mon goût pour le voyage découle d'un besoin profond et personnel d'aller au contact des gens et de découvrir d'autres cultures que la mienne. Ce n'est pas quelque chose que j'associe nécessairement aux études. A travers les autres, on se découvre un peu soi-même. Le voyage, c'est l'école de la vie !

Guillaume Tahon : J'ai été tôt attiré par une vie alternative. Mes études sont un peu parties de cette idée. J'ai fait un peu de musique au lycée puis j'ai étudié l'audiovisuel pendant trois ans à Brest. Pour ma part, le voyage permet de se découvrir soi-même, notamment grâce aux rencontres qu'il favorise. Elles nous permettent d'en apprendre beaucoup sur soi-même et d'évoluer. Le voyage, c'est aussi un état d'esprit. Quand tu rentres de voyage, tu vois les choses sous un autre angle.

Clément Ona : Je suis originaire de Tours. A défaut de pouvoir vivre de ma passion pour la musique, j'ai entrepris un BTS audiovisuel à Angoulême, puis une Licence à Saint Brieuc. J'ai ensuite poursuivi mes études à Brest où j'ai rencontré Guillaume. Je voulais associer mes passions à mon métier. Le voyage est devenu un besoin qui s'est développé au fil du temps. Aujourd'hui, c'est un peu comme une drogue. J'associe le voyage à l'aventure, à un « road trip » ; c'est partir à la rencontre du monde !

ABM :  Quelle est votre conception du voyage ?

MCN : En règle générale, je voyage souvent seule. Ma traversée de L'Europe aux côtés de Guillaume et Clément, fait partie des exceptions. Cela dit, on ne reste jamais seul bien longtemps car le voyage est fait de rencontres. Je privilégie le concept du « couchsurfing » qui consiste à résider directement chez l'habitant. « Crossing the line » s'est construit autour de ce principe. Les auberges de jeunesse, c'est très bien, mais rien ne vaut selon moi d'être accueilli par des hôtes du pays dans lequel on se trouve. C'est un moyen simple et économique qui favorise la rencontre et l'échange. C'est beaucoup plus enrichissant ! Contrairement aux à-priori, voyager ne nécessite pas un gros budget. Pour ma part, lorsque je voyage, je réalise même des économies. Je sous-loue mon appartement et se nourrir sur place ne coûte pas très cher.

GT : J'adhère complètement à cette idée du voyage. Lorsque l'on pose ses sacs chez l'habitant, cela permet de découvrir leur pays à travers leurs yeux. J'aime bien les voyages itinérants aussi, les transports en bus notamment. Rester en mouvement perpétuel, c'est plutôt sympa. De cette façon là, tout le monde peut voyager. Le voyage est une expérience purement sensible, à tel point qu'il est difficile de la retranscrire avec des mots.
CO : Je ne vois l'intérêt d'aller dans un autre pays si c'est pour rester entre français. L'objectif, c'est de s'ouvrir aux autres et de partager des choses avec eux. Toutes les cultures ont tellement à nous apporter qu'il n'est pas concevable pour moi de voyager autrement qu'en mode baroudeur.

ABM :  Comment vous est venue l'idée d'entreprendre cette traversée de l'Europe ? Et pourquoi une traversée de l'Europe précisément?

CO : A l'époque, je ne connaissais pas encore Marie-Claire. A l'occasion d'un apéro avec Guillaume, on a eu envie d'entreprendre un voyage, façon « road trip ». Moi, je voulais parcourir les pays de L'Est et ce qui attirait Guillaume, c'était la découverte d'Istanbul. C'est de là qu'est partie l'idée d'une traversée de l'Europe. Entre-temps, Guillaume m'a présenté Marie-Claire. Six mois plus tard, on a rediscuté du projet tous les trois et nous nous sommes lancés. A cette époque, on était sous le gouvernement Sarkozy. On avait le sentiment d'être confronté à un « racisme d'état », ce qui nous a vraiment donné envie de nous exprimer. On voulait notamment se confronter à des pays de culture musulmane, et demander à nos interlocuteurs comment ils concevaient leur religion.

GT : A cette époque, il était beaucoup question des Roms et des Roumains. En partant à la rencontre de ces populations, nous avions la volonté de casser les clichés et les préjugés. A l'image d'un théorème, il suffit d'en montrer un exemple pour justifier qu'il est faux. C'est un peu une démonstration mathématique. A travers « Crossing the line », on s'est aperçu au contact de jeunes issus du notre milieu social que nous partagions les mêmes préoccupations et les mêmes analyses.

MCN : Le mouvement des Indignés faisant grand bruit à cette période aussi. Il secouait beaucoup l'Espagne, Londres puis la Grèce, Brest également. Mais en France, la coordination n'était pas évidente. A cette époque, je me souviens que j'étais animée par la colère. Entreprendre cette traversée était pour moi le moyen de dépasser cette colère, en me confrontant à ce qui se passait chez nos voisins européens. Dans les faits, il y a une peur d'agir parce qu'agir, d'une certaine façon, c'est renoncer à un confort matériel, de pensée aussi. Dans ces conditions, on en vient malheureusement à se couper des gens.

ABM :  Comment se prépare un tel voyage ? Quels sont les soutiens et financements dont vous avez bénéficié ?

CO : A Brest où Guillaume et moi étudions, n'importe quel étudiant peut solliciter des subventions auprès de la Mairie de Rennes, du CROUS ou encore auprès du Fonds de solidarité et de développement des initiatives étudiantes (FSDIE) pour monter son projet. Nous sommes considérés un peu comme des intervenants extérieurs de la culture, et à ce titre, il est possible d'obtenir des financements.

GT : Lors de son inscription à l'Université, chaque étudiant verse une dizaine d'euros qui vont dans les caisses du FSDIE. C'est ce fonds qui a financé plus de la moitié de notre voyage soit 1700 euros sur les 3000 euros qu'il nous a coûté. Le reste a été financé par la Mairie et le CROUS de Rennes. Trois mille euros, c'est la somme qu'il nous a fallu pour entreprendre ce voyage d'un mois à trois, transports, essence, logement, matériel et nourriture inclus. Nous avons traversé Vienne (Autriche), Budapest (Hongrie), Belgrade (Serbie), Bucarest (Roumanie), pour terminer notre expédition à Istanbul (Turquie) où nous sommes restés dix jours. A l'aller, nous sommes passés par les terres et au retour, nous avons longé la côte adriatique.

MCN : La preuve s'il fallait le démontrer que l'on peut voyager sans dépenser beaucoup d'argent ! Intermittente du spectacle à cette époque, j'ai essayé de trouver des fonds à Paris sans succès car les deadlines de dépôt des dossiers d'aide au financement étaient dépassées. Guillaume et Clément, étudiants à Brest, on s'est alors centré sur les aides de Bretagne. De là, le projet s'est concrétisé très rapidement. En contrepartie, il nous incombait de le définir : établir un itinéraire, contacter les gens que nous souhaitions rencontrer, préciser le contenu de notre documentaire, de quoi on allait parler, et commencer à programmer les diffusions avant même sa réalisation. Tout cela s'est construit dans un esprit de partage et de confiance.

ABM :  Quels sont vos meilleurs souvenirs individuellement ?

GT : Les dauphins au Monténégro (Europe du Sud). C'était sur la route du retour aussi on ne les montre pas dans le film. Le Monténégro, c'est comme la Croatie mais sans les touristes, c'est absolument merveilleux ! On est arrivé de nuit dans une sorte de fjord entouré de montagnes. A notre réveil, il y avait des dauphins. Sinon, je garde un super souvenir d'Istanbul pour la beauté de la ville. Il faut distinguer trois parties en centre-ville : le quartier des mosquées, le quartier des jeunes dont on a beaucoup parlé dans l'actualité lors des manifestations notamment, et la région asiatique, très familiale. Elles sont très différentes les unes des autres et cohabitent néanmoins parfaitement bien. Il y règne une tolérance religieuse que j'ai trouvée épatante !
En Hongrie, on s'est retrouvé pendant trois jours dans une yourt de tziganes. C'est une population rejetée là-bas, et sans grand moyen. Communiquer n'était pas facile car nous ne partagions aucune langue en commun. Malgré tout, ils nous ont offert l'hospitalité.

MCN : Au-delà des pays que nous avons traversés, ce sont surtout les rencontres que je retiens. J'ai du mal à m'attacher à un pays, je m'attache d'avantage aux gens. On a interviewé Izel Rozental, un dessinateur turc qui collabore avec Plantu. Ils font tous les deux partie de l'association Cartooning for Peace et se battent pour la liberté d'expression. Il parlait particulièrement bien de la situation et du climat politique dans son pays. On a gardé des liens très forts avec certaines personnes qui interviennent dans le film. Je pense notamment à Georges, en Roumanie, un type extraordinaire qui nous a rendu visite à Paris par la suite. Il habitait une très vieille maison qui avait été le haut lieu des intellectuels roumains d'après-guerre. Un soir, il nous cuisiné un goulash dans son jardin autour d'un feu. Murat, un turque que j'ai revu depuis en Allemagne, est devenu aussi un très bon ami. A Vienne, nous avons séjourné chez des jeunes en colocation qui nous ont énormément touchés. Nous avons trouvé dans ces pays, et notamment ceux du Moyen-Orient que j'affectionne particulièrement, un accueil de l'étranger et une générosité incroyables !

CO : L'arrivée à Istanbul a été un moment intense. Nous avions traversé la Bulgarie. Il était 22-23 heures et nous étions épuisés. Nous avons emprunté par mégarde un sens interdit, or les sens-interdits là-bas sont équipés d'un système de crevaison. Résultat, on s'est retrouvé avec deux pneus crevés. On ne connaissait pas le pays, ni la ville, de surcroît, il était tard et on ne savait pas où on allait dormir. C'était sans compter sur la solidarité exceptionnelle des stambouliotes (habitants d'Istanbul). Des jeunes ont fermé la route, le temps du dépannage ; ils nous ont aidés à changer les pneus et à trouver un logement pour la nuit. Le dépanneur nous a orienté vers un premier hôtel, trop cher pour nous. De là, l'hôtelier a pris la relève pour nous fournir un hébergement moins cher. Il nous a personnellement escorté et n'a pris congé qu'une fois sa mission accomplie. C'était épatant !

ABM :  Quels sont vos prochains projets ?

CO : J'aimerais parcourir l'Amérique du Sud dans une sorte de pèlerinage à la recherche de mes origines et en faire un film. Mon père est à moitié espagnol. Sa famille a fui le régime de Franco lorsqu'il était enfant pour se réfugier en Argentine et en France. Résistant, mon grand-père a ardemment combattu les franquistes. Il est mort en détention dans un camp de concentration dans le sud de la France. L'objectif serait de mettre en scène mes aïeuls résistants tout en transmettant un message à la « Crossing the line » : inciter les gens à regarder ce qu'il se passe au-delà de leur frontière et à sortir de leur passivité.
Plusieurs personnes collaborent à ce projet. Mon père a commencé à faire des recherches. Je m'appuie également sur l'arbre généalogique établit par une de mes cousines. J'ai par ailleurs deux amis qui ont des attaches au Pérou et en Colombie, prêts à m'assister dans la réalisation de ce projet.

GT : Avec un ami, nous souhaiterions réaliser un film mettant en scène une tournée avec notre groupe de musique improvisée. Le principe consisterait à rencontrer un musicien à chaque étape de notre voyage vers le Nord et de jouer avec lui lors d'un concert à l'arrache, sans rien avoir orchestré, dans des lieux insolites, salle, squat, musée...et partir à la rencontre d'un public.

MCN : J'ai un projet très concret de film en Palestine. C'est une région qui me touche énormément. Je me sens intimement liée à sa population et à sa culture. Cela fait un an et demi que je travaille dessus. J'ai vécu deux mois là-bas l'année dernière. J'ai déjà commencé à travailler sur le scénario et j'ai d'ores et déjà réalisé un film de recherche. Actuellement, je recherche des financements. Je repars sur place à la fin du mois de juillet 2013 pour continuer à développer ce projet qui me tient tant à coeur. Le tournage se déroulera dans un lieu précis que je préfère garder secret pour l'instant. Le film mettra à l'honneur des gens qui ont réussi à dépasser leur frustration pour créer quelque chose de beau. Ce sont des personnes pacifistes et profondément humaines. Mon objectif sera de donner envie aux spectateurs d'aller voir par eux-mêmes ce qu'il se passe là-bas.

> Propos recueillis par Krystel Le Naour
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