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vendredi, 23 août 2013 02:47

Philippe Gloaguen

Philippe Gloaguen Copyright Hachette
Dans les pas du Routard

Avec plus de 40 millions d'exemplaires vendus de 1973 à 2013, le Guide du routard reste le leader incontesté sur le marché des guides touristiques. Philippe Gloaguen, son charismatique fondateur, a révolutionné notre façon de voyager : sa grande force, sentir les tendances avant les autres.
Invité de marque du festival des Globe-trotters le 27 septembre prochain.
Portrait d'un homme authentique, généreux et créatif.



Avant même la première rencontre, Philippe Gloaguen est un homme qui en impose. A la tête d'un empire depuis quarante ans dont le succès ne s'est jamais démenti, contre toute attente, il émane de sa personnalité, dès le premier échange, une étonnante simplicité, empreinte de bienveillance et de générosité. Sa façon d'être relève avant tout d'un état d'esprit et de valeurs, inculqués dès l'enfance par des parents « aimants ». Il évoque sa mère, assistante sociale, et son père, instituteur dans le même collège, avec infiniment de tendresse pour avoir su « placer le bonheur de leurs enfants au dessus de leur propre bien-être. » Il hérite de ce père, « doté d'une impressionnante culture », une insatiable soif de connaissance.
A dix-sept ans, le jeune homme a déjà deux baccalauréats en poche et suit en parallèle une prépa HEC. Dans la foulée, il intègre l'École supérieure de commerce de Paris (ESCP). Issu d'un milieu modeste, il se confronte très tôt au monde du travail : « c'est l'éducation instit, faute d'argent, il faut travailler ! » C'est dans l'optique d'assurer son avenir que son père l'encourage notamment à entreprendre une activité manuelle, ce qui le conduit, dès ses dix-huit ans, à passer son permis « transports en commun » (autocar et poids-lourds).

> Naissance d'un globe-trotter

Animé d'une inépuisable curiosité, Philippe Gloaguen ambitionne dès l'âge de dix-sept ans de devenir journaliste : « Ce métier me permettait de me cultiver mais surtout de combiner mes deux passions pour le voyage et l'écriture. » Étudiant, il démarche les grands journaux de l'époque sans succès. Il ne se départit pas pour autant de son éternel optimisme, indéniablement sa marque de fabrique, et tient bon la route. Serveur dans une pizzeria le week-end, il vend ses premières piges à de petits magazines : « Avec moi, pas de notes de frais ! J'étais un journaliste bon marché parce que privilégiant l'auto-stop, le camping et les auberges de jeunesse. »
En 1972, il propose à Actuel, le fleuron de la presse underground, un sujet d'article sur l'épopée de la route des Indes. Sur place, il constate qu'il n'existe pas de guide de voyage destiné à ses compatriotes, « et pour cause, il s'agit d'un pays de colonisation anglaise. » Germe alors dans son esprit l'idée d'en constituer un. Fort du succès public rencontré par son reportage, l'hebdomadaire Pilote le recrute comme critique gastronomique d'une rubrique destinée aux classes moyennes, ce qui lui vaut le surnom de « Gault et Millau du pauvre ». C'est l'occasion pour lui de joindre l'utile à l'agréable. Il relate cette période de sa vie avec l'humour qui le caractérise : « A dix-huit ans, à raison de trois ou quatre critiques par semaine, j'étais l'étudiant qui invitait le plus de jeunes filles au restaurant ! » Cette expérience lui permet surtout de se forger une solide culture dans ce domaine : « j'ai notamment appris la différence entre le Bourgogne et le Bordeaux. En Bourgogne, il existe un cépage unique, le pinot-noir, alors qu'il y en a plusieurs dans le Bordelais. Tandis que le premier est un vin de paysans, le second, est fait par des châtelains. »

> Un homme de défi

D'une rencontre découle souvent la réalisation d'un projet personnel. Un jour, Jean-François Bizot, rédacteur en chef d'Actuel, l'interpelle dans les couloirs du journal : « Eh, le routard, avec toutes tes notes de voyage, tu devrais pondre un guide ! » Philippe Gloaguen est de taille à relever le challenge.
S'engagent alors d'âpres démarches pour lui donner vie. Refusé successivement par dix-neuf maisons d'édition, le Guide du routard, destiné aux voyageurs à petits budgets, est finalement publié en avril 1973 grâce aux Éditions Gedalge : « le secret, persévérer ! » L'homme en sait quelque chose. Après quelques milliers d'exemplaires écoulés durant l'été, le patron de cette minuscule structure décède brutalement, écrasé par un bus. Le Routard n'a plus d'éditeur. Peu importe, le concept a fait ses preuves et attire désormais l'attention des quatre plus grands éditeurs dont Hachette qui reprend le flambeau : « Elle a pris conscience que ce guide s'inscrivait dans l'air du temps. Dans les années 60, un aller-retour Paris-New York par exemple, correspondait au prix d'une voiture neuve. De fait, le voyage était réservé à une élite. En 1967, l'apparition en France des charters a marqué les prémices du tourisme économique. Une conception nouvelle du voyage émergeait. »
Le Guide du routard ne fait pas office de précurseur. Nombre de guides prestigieux inondent alors le marché du voyage, tels les Guides Bleus, la plus ancienne collection de guides touristiques français, également édités par Hachette Livre, ou encore le Guide Fodor, à l'origine du concept de guide de voyage moderne. Le ton du Guide du routard, en revanche, tranche radicalement avec le style compassé de ses concurrents : « Il répondait aux attentes d'une clientèle jeune, jouissant de peu de moyens mais animée par une grande soif de découverte et de rencontres tandis que les autres guides, quoique très intéressants, constituaient des guides culturels pour fils de rentier. En outre, ce qui intéressait nos lecteurs, c'était de se frotter aux populations locales. Ce mouvement, à l'origine du succès du Guide, s'est amplifié avec la crise économique. » De la même façon, le « contrôle des changes » qui a sévi en France dans les années 80 - « il était interdit de se déplacer à l'étranger avec plus de 5000 francs » (environ 800 euros) - lui a permis d'étendre son lectorat : « Cette mesure a contribué à changer les mentalités en matière de voyage au sein des classes plus aisées et à s'intéresser au Guide du routard. »

> Une déontologie du voyage

Depuis l'adolescence, Philippe Gloaguen est porté par un « fort désir d'indépendance » dont il ne s'est jamais départi : « Quand on écrit un guide de voyage, soit on se met du côté des officiels, offices de tourisme, restaurants ou hôtels, soit on se place du côté des lecteurs. » Ainsi qu'il se plaît à le souligner : « je n'ai pas un patron mais deux millions et demi de patrons, à savoir mes lecteurs. C'est à eux-seuls que je dois rendre des comptes ! » Cette volonté lui confère une liberté très appréciable. La marque déposée du Guide du routard, c'est précisément cette indépendance revendiquée. Son entreprise n'a pas pour vocation de faire la promotion de tel ou tel endroit : « Mes collaborateurs et moi pourvoyons absolument à toutes nos dépenses lors de nos déplacements, ce qui nous permet de rester libres et indépendants. Cette ligne de conduite constitue notre éthique. » Ouvert d'esprit, il reconnaît aisément que dans chaque avis formulé réside une part de subjectivité, c'est pourquoi il privilégie au sein de son équipe de travail la concertation et l'échange de point de vue : « Ce qui caractérise le Guide du routard, c'est la sincérité. »

La notion de respect compte au nombre des préceptes qu'il s'est fixés : « Lorsque nous voyageons, la règle, c'est de se dire qu'à chaque escale dans un pays, l'étranger, c'est nous. Ceci nous impose de faire profil bas, d'être à l'écoute, d'observer, de se soucier de l'environnement et de sourire beaucoup. » Confronté, comme tout un chacun, à une recrudescence de l'intolérance, Philippe Gloaguen a trouvé sa réponse dans le voyage, « source de paix » : « Plus vous allez à la rencontre de populations nouvelles, plus vous vous intéressez aux différentes cultures, et plus vous vous enrichissez. Le racisme découle essentiellement de la méconnaissance. Pour ma part, je retrouve dans la culture africaine ou musulmane des valeurs que je partage : le respect des anciens, un esprit de famille et une solidarité. A travers le Guide du routard, je ne dis pas à l'image de Jésus, "aimez-vous les uns les autres", mais côtoyez-vous et découvrez-vous les uns les autres ; de la sorte, vous apprendrez à vous aimer. »
Cette propension à la diversité se retrouve au cœur même de son entreprise où se côtoient hommes et femmes, jeunes et personnes âgées, célibataires ou mariés et issus de toutes les cultures.

> Un homme engagé

Pour Philippe Gloaguen, l'engagement prend différentes formes mais converge vers un même point : l'humain. Emissaire de la culture à travers le monde, il se fait fort de nous livrer des lieux exceptionnels et insolites, à l'image du village de Montereggioni, en Toscane, l'une de ses dernières découvertes. L'homme est érudit et ces centres d'intérêts éclectiques. Il se passionne pour l'art moderne, « à ne pas confondre avec l'art contemporain ». Ce mouvement pictural (1890 à 1973) qui se définit par sa volonté d'autonomie et dans la naissance de la critique d'art, nous renvoie indéniablement au fondateur du Guide du routard. L'histoire des cathédrales le fascine tout autant. Bien qu'ayant reçu une éducation catholique, Philippe Gloaguen s'est détourné de la religion à l'âge de 38 ans.
En 1989, il est atteint par la maladie orpheline de POEMS, une forme de cancer paralysant dont il garde aujourd'hui encore des séquelles. Si ce mal n'a en rien altéré son dynamisme et son enthousiasme, il a considérablement modifié son rapport à Dieu : « Au pavillon des cancers infantiles de l'hôpital Salpêtrière à Paris, j'ai été confronté à tant d'horreur et de souffrances que j'ai perdu la foi. J'avais moi-même deux enfants à l'époque. Il n'est pas concevable que Dieu, s'il existe, consente à cela ! » L'intérêt qu'il porte aux religions ne l'a jamais quitté pour autant : « Je perçois les œuvres religieuses, comme les cathédrales, sous un angle culturel. Tout ce qui relève du background religieux, je ne l'ai plus. »
Il préfère placer sa foi dans l'Homme. Rien ne l'exalte plus que les rencontres et l'amour de son prochain : « L'amour c'est contagieux ! Mon truc pour me sortir d'une situation complexe, une petite note d'humour, accompagnée d'un sourire. Cela, je l'ai appris grâce au voyage ! » Engagé pour les droits de l'Homme, il met un point d'honneur à dénoncer les injustices sociales, telle la prostitution dans les salons de massages thaïlandais : « Le Guide du routard, ce sont aussi des choix éditoriaux difficiles à soutenir, en raison des menaces et des procès. »
Avec sa femme et une vingtaine de copains, il a par ailleurs créé un orphelinat et une école hôtelière au Cambodge, au profit des enfants des rues et des prostituées. Il n'y a pas de témoignages de gratitude plus précieux à ses yeux que les innombrables courriers de ses lecteurs : « Nous recevons régulièrement des faire-part de mariage de couples qui se sont rencontrés grâce au Guide du routard. Mon job, c'est de vendre du bonheur ! »

→ Par Krystel Le Naour
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