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jeudi, 11 juillet 2013 08:46

Simon Allix

Simon Allix sera invité au 25e festival des Globe-Trotters du 27 au 29 septembre 

Embarquement immédiat ! Graphiste et voyageur dans l'âme, Simon Allix parcourt le globe depuis plus de vingt cinq ans. Cet artiste vagabond collabore à de nombreux ouvrages et documentaires dédiés à l'exploration, mêlant les styles et les univers. En janvier 2012, il embarque pour un tour du monde de quatre mois sur le paquebot Queen Elizabeth.

Rencontre avec un aventurier et épicurien d'exception.



ABM : Pour ceux qui ne vous connaissent pas encore, pourriez-vous vous présenter ? Quel est votre parcours ? Qu'est-ce qui a façonné votre passion pour les voyages et votre envie de le partager avec les autres ?

Je suis issu d'une famille de voyageurs et d'explorateurs. Mon grand-père était ami avec Joseph Hackin, archéologue et conservateur du Musée Guimet à Paris, qui a fait la Croisière jaune, connue également sous le nom de « Mission Centre-Asie » de 1931 à 1932. Mon père a également commencé à voyager très jeune, notamment en Afghanistan dans les années 50 ; il était explorateur et géographe. C'était un copain de Joseph Kessel, grand reporter et romancier français. Mes deux frères et moi avons ainsi très vite pris le virus du voyage. Mon grand-frère, Stéphane, est devenu reporter de guerre à l'âge de 18 ans. Mon autre frère ainé, Thomas, est parti seul en Inde dès ses 16 ans. De la même façon, j'ai voyagé assez jeune. De l'âge de 17 ans jusqu'à mes 30 ans, je travaillais une moitié de l'année, et l'autre partie, je partais à la conquête du monde, muni de mon appareil photo et de mon carnet à dessein. Dès lors, j'en ai fait mon métier, en devenant reporter-dessinateur et écrivain.

ABM :  Quelle est votre conception du voyage ? Qu'est-ce que cela vous apporte ?

Le voyage c'est une lecture du monde, un apprentissage de la vie. Quand vous débarquez dans un pays sans en parler la langue et sans en connaître les usages, cela vous apprend à vous débrouiller, à puiser des ressources en soi pour communiquer et découvrir de nouveaux horizons.

ABM :  Comment est né ce projet de tour du monde sur un bateau de croisière ?

Ce voyage sortait un peu du registre dans lequel j'évoluais jusque-là. Je suis connu pour mes voyages au Tibet, en Afghanistan ou en Inde, dans des endroits très terriens comme les déserts et les montagnes. J'ai été contacté par le réalisateur et producteur Alain Dayan pour réaliser cinq films à l'occasion d'un tour du monde de quatre mois sur un bateau de croisière. J'ai pris le temps de la réflexion puis j'ai signé. Être rémunéré pour faire un tour du monde grand luxe sur un paquebot 5 étoiles et réaliser des films, l'idée était finalement trop séduisante ! Je suis parti aux côtés de Laurent Chalet et Jérôme Maison, lesquels sont restés treize mois en Antarctique pour réaliser La Marche de L'Empereur. Deux gars géniaux !

ABM :  Comment de prépare un tel voyage ?

Pour ce voyage, pas de préparation physique mais un gros travail de documentation pour mieux appréhender les espaces que j'allais traverser. Il y avait six grands segments : l'Atlantique Nord, la côte Ouest des États-Unis, le Pacifique, les mers du Sud et les dragons de la mer de Chine, l'océan Indien, longtemps appelé océan Oriental ou mer des Indes, et la Méditerranée, berceau des civilisations. Il me fallait connaître les routes maritimes que je devais emprunter, leur histoire et celle de l'exploration du monde à travers la mer. Dès lors que j'ai embarqué sur le bateau, je devais remplir trois missions : découvrir les coulisses de cet hôtel flottant de 90 000 tonnes, avec 4000 personnes à bord, 12 000 repas servis quotidiennement et enquêter sur les mécanismes de fonctionnement de ce vaisseau. Dans un second temps, il me fallait aller à la rencontre d'autres voyageurs lors des escales. Enfin, je devais fournir une documentation sur toutes ces routes maritimes qui ont fait l'histoire de l'Humanité. A travers l'Atlantique Nord, parler des grandes immigrations depuis l'Europe du début du siècle et à travers la côte Ouest des États-Unis, celles depuis la Chine au siècle dernier. Dans le Pacifique, évoquer le monde polynésien, ce gigantesque territoire peuplé d'îles, où l'on pratique une seule religion et une langue unique, composée de quelques variantes. Pour l'océan Indien encore, évoquer la route des épices et les navigateurs arabes.

ABM :  Est-ce compliqué de financer un tel projet ?

Ce type précisément de projet, un tour du monde sur un bateau, c'est très compliqué à monter parce qu'il faut obtenir l'autorisation de l'armateur pour installer des équipes de tournage, filmer des gens qui ont payé des fortunes pour entreprendre ce voyage et qui n'ont pas forcément envie de l'être.
En règle générale, pour concrétiser un projet de film, on écrit un synopsis que l'on soumet à une boîte de production, laquelle le soumet ensuite à une société de distribution, à savoir une chaîne, et de là, on obtient un financement ou pas. Pour un livre, il faut trouver un éditeur. En France, c'est très compliqué car il faut déjà s'être fait connaître pour obtenir les financements nécessaires ; idem pour un film. Il faut avoir sauté la barrière avant de sauter la barrière, c'est très pénible ! Les Anglo-saxons, eux, fonctionnent différemment. Ils vous jugent sur la base de votre talent, de votre créativité et de votre énergie. Jusqu'à l'âge de 30 ans, j'ai voyagé à mes frais. Puis, mon premier livre est paru chez un éditeur anglais, Thames and Hudson, le plus gros éditeur mondial de livres d'art, et coédité chez Glénat. A partir de là, les éditeurs se sont montrés beaucoup moins frileux pour investir dans mes projets. Depuis, je suis édité chez Flammarion, Télémaque...En France, le plus difficile, c'est de se faire un nom sur lesquels les professionnels peuvent se reposer. On n'est pas un pays qui entreprend, mais un pays qui suit !

ABM :  Pouvez-vous nous décrire une journée type de votre tour du monde ?

Il y a deux journées types, celle où on est en mer pour commencer. A bord, c'est principalement un travail de contemplation. Dans l'Atlantique Nord, il y a de grosses vagues, avec des creux de dix mètres. La mer, c'est quelque chose de très vivant. Il faut aussi organiser les rencontres sur le paquebot. Le rythme est assez lent. On est à 20 noeuds maximum soit 30 km/heure. Pour traverser l'Atlantique par exemple, il faut compter six jours.
La seconde journée type se déroule lors des escales. Là, le rythme est beaucoup plus effréné ; c'est une course contre la montre. Il est nécessaire de bien connaître le lieu. Lorsque je débarque à Carthagène, en Colombie, il faut que je connaisse son histoire, travail que j'opère aussi à bord. Sur place, je me consacre aux personnes que je dois rencontrer et aux séquences que je dois filmer. Les escales étant très courtes, je devais
remplir mon cahier des charges, enregistrer des plans de coupe, des plans de la ville et des interviews qui tiennent la route en une journée. On est débarqué à 5 heures du matin pour un retour sur le bateau à 17 heures. Sauf New-York, Sydney et Hong-Kong où nous sommes restés deux jours.
L'objectif était de réaliser cinq films de 52 minutes pour France 5. C'est un travail quotidien pour filmer des séquences, réaliser des interviews de passagers, de membres d'équipage. En parallèle, je travaillais sur le livre « Les aventures d'un gentleman-voyageur » qui relate mon aventure.

ABM :  Quarante et une escales ont rythmé votre voyage. Quels sont vos meilleurs souvenirs ?

Il y en a plein pour différentes raisons. Globalement, J'ai adoré traverser les « Seven seas », ces sept océans sur lesquels nous avons vogué. Surtout l'Atlantique Nord parce que l'on est dans la tourmente, on ne maîtrise rien ; c'est aussi très graphique. Je garde un excellent souvenir de la Nouvelle-Zélande parce que là-bas, il y a vraiment un métissage entre les Maoris, maltraités jusque dans les années 70 et les colons anglais qui ont colonisé le pays voilà 150 ans ; Depuis, on a un seul et même peuple qui est vraiment très harmonieux. J'ai aussi beaucoup apprécié sa végétation, un mélange d'espèces endémiques et d'espèces rapportées par les occidentaux. J'ai aimé découvrir l'île de Bornéo en Indonésie, que je ne connaissais jusque-là qu'à travers l'ouvrage de Schoendoerffer, « L'Adieu au Roi », un de mes livres de chevet. J'ai adoré Mascate, juste à côté de Dubaï, vers le Golfe d'Aden. C'est le pays des Mille et une nuits, de Shéhérazade à Sinbad le Marin, en passant par les boutres omanais, les bateaux traditionnels de là-bas. En Australie, j'ai rencontré un vignoble, issu du même village dont étaient issus mes ancêtres 150 ans en arrière. Il s'agit d'un village improbable, d'une trentaine d'habitants, paumé au milieu du Piémont. Cela reste un moment marquant ! Ce voyage était comme un menu gastronomique qui m'a permis de savourer quelques aspects de chaque pays et de m'imprégner de chaque culture.

ABM :  Votre intégration au sein de l'équipage du Queen Elizabeth a pris un bon mois. Comment avez-vous vécu cette cohabitation ?

Nous avions un accord signé avec La Cunard, l'armateur. Mais une fois que l'on est sur bateau, les chefs à bord, ce sont le capitaine et l'hôtel manager. La production n'avait pas suffisamment expliqué notre rôle à bord, nos motivations. Ils pensaient que nous étions des journalistes. De ce fait, ils se méfiaient énormément de nous. Avec Laurent Chalet, il a fallu que l'on fasse un gros travail pour leur faire comprendre que nous étions des cinéastes. A force de faire du lobbying, ils ont fini par nous faire confiance. Cela nous a permis, petit à petit, d'accéder à la salle des machines, à la passerelle de commandement, ou encore au bar des officiers.

ABM :  Est-ce que vous recommanderiez à nos lecteurs ce type de voyage ?

Je ne le recommanderais pas à tous les voyageurs, mais plutôt aux personnes âgées. Pour cette population, le Queen Elizabeth, le Queen Mary et le Queen Victoria, les trois bateaux emblématiques de La Cunard, sont attractifs parce qu'ils évoquent l'âge d'or des Transatlantiques. Il faut savoir que l'aviation civile ne s'est développée qu'au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Jusque-là, pour voyager, on empruntait des paquebots comme le Titanic ou le Mayflower. Ils sont très Art déco, un peu kitchs, un peu baroques, très british aussi ; ce sont des ambassadeurs de la couronne britannique à travers le monde. C'est bien d'ailleurs, mieux que ces supermarchés flottants comme le Costa Concordia. Simplement, ces croisières ne sont pas adaptées pour les jeunes voyageurs. Un tel tour du monde, c'est tout sauf l'aventure ; c'est une découverte très passive du monde, un grand livre d'image. Pour moi, l'aventure, c'est l'inconnu et remettre son destin en question finalement. Pour parcourir le monde, rien ne vaut la marche à pied, partir à la Sylvain Tesson, avec son sac à dos. Vous visez un horizon et vous tracez !

ABM :  Selon vous, est-il plus facile de voyager de nos jours qu'il y a une vingtaine d'années ?

En matière de voyage, il y a eu certes des évolutions mais que je qualifierais d'invisibles. Aujourd'hui, on a l'impression que l'on ne peut pas voyager en Iran ou au Pakistan, par exemple, alors que c'est possible. Il y a peut-être des pays un petit peu plus compliqués que d'autres, quoiqu'il en soit l'envie de découvrir le monde est restée intacte. A nous de connaître les codes vestimentaires et de comportements propres à chaque pays pour ne pas s'imposer en tant qu'impérialistes occidentaux. Voyager, c'est un état d'esprit ! On adapte ses envies à l'échelle de ce que l'on peut se permettre. Je pense notamment à un ami qui est parti faire un tour du monde dans un 4X4 customisé, avec femme et enfant. Ils en ont eu deux autres en chemin. Ils ont fini par échouer en Inde, où ils vivent très heureux !

ABM :  Quels sont vos prochains projets de voyage ?

Je suis en train de préparer une série de documentaires et de livres sur les forêts en France ; c'est un sujet que l'on a assez peu exploré jusque-là. Il y a toute une population qui y vit, des « hommes des bois », du bucheron au spéléologue, que j'ai envie de mettre en lumière. L'idée est de filmer une forêt par épisode. J'en ai choisi cinq en France, très différentes les une des autres, en termes de biotop (lutte biologique et moyens alternatifs de protection des plantes), de légendes, d'histoire et de population.

> Propos recueillis par Krystel Le Naour
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