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Australie (14)

Australie

Rencontre et nomadisme

Veillée dans le grand désert de sable australien : une plongée dans les croyances et la spiritualité aborigènes.

Nous sommes réunis autour du feu avec Clarrie et sa famille pour le dîner. Avec une autre femme, Lizzie fait cuire des petits dampers — le pain aborigène traditionnel — sur un vieux grillage converti en grille de cuisson.

En plein coeur du Great Sandy Desert


Eddie3Au mois de juin, l’hiver austral, l’amplitude de températures est élevée au coeur du désert. Une dizaine de paires de mains en éventail s’alignent autour de la lumière orangée et dansante, pour capter la chaleur et tenter de réchauffer les corps engourdis. La nuit est fraîche et pendant que les yeux regardent fixement les flammes envoutantes, tout le monde est affamé et fatigué de sa journée. Les enfants se regardent avec des sourires en coin, chuchotent et rient silencieusement, mais aucun n’ose perturber ce moment familial important. Les plus anciens ont revêtu leurs épaules de plaids poussiéreux, tandis que mon unique t-shirt pour la semaine me fait regretter mon insouciance.

Je me lance alors dans un tournoiement lent sur moi-même, destiné à me chauffer comme un gibier en broche. Depuis que j’ai démontré ma capacité à allumer un feu très rapidement, je suis officiellement en charge de l’alimenter lorsqu’il faiblit. Je m’éloigne vers le désert pour collecter de petites branches mortes, guidé par la clarté lunaire. Après avoir trouvé le combustible, dont des épines sèches et jaunies, j’entends des bruits non loin de moi mais décide de ne pas y prêter attention, sachant qu’une vie nocturne étonnamment riche s’épanouit tout autour de moi. Je reviens calmement sur mes pas, vers la promesse d’une chaleur humaine confortable. Paradoxalement, l’isolement imposé par ce lieu nourrit mes fantasmes et des envies de solitude, me replonge dans mes lectures passées de contes et fables aborigènes où rêve et réalité sont intimement mêlés pour raconter avec poésie le Dreamtime.

Nous sommes à 600 kilomètres au sud-est de Port Hedland, la ville la plus proche. Ici, à Punmu, nous nous trouvons en plein coeur du Great Sandy Desert, lové sur les bords du Lac Dora, aride ou humide suivant les précipitations, et perdu le long d’une piste rouge interminable qui rejoint Alice Springs au coeur de l’Australie. À peine revenu près des miens et mes frissons apaisés, une complainte presque humaine retentit dans l’immensité sombre ; je reconnais immédiatement un dingo, le chien sauvage qui peuple les alentours. Un silence glaçant s’installe, je regarde les visages apeurés, adultes et enfants retiennent leurs souffles. L’instant d’après, l’autre femme se lève rapidement malgré son embonpoint, de sa main gauche saisit les pains à peine cuits, et de l’autre attrape sa petite Shakarnie qu’elle cale sous son bras.

Tout le monde se met à courir vers l’autre feu qui se trouve à quelques mètres en direction de la communauté.

Featherfoot et la spiritualité aborigène C’est Featherfoot” s’écrit Clarrie, “il pleure car il est seul ! Il vient pour prendre les enfants et les emmener très loin dans un endroit secret”. Une femme poursuit en disant qu’il revêt n’importe quelle forme, humaine ou animale, parfois celui de l’émeu, et qu’il porte un couvre-chef de forme ronde. Je les écoute avec respect, je connais ces légendes qui font partie intégrante de leur quotidien. Featherfoot signifie littéralement Pied Plumé.

Suivant les groupes et les différents endroits du pays, la définition de Featherfoot diffère légèrement.

Il est par exemple dit que cet esprit ne marche pas sur le sol, mais dans les airs à la vitesse du vent, peut traverser les murs ou les objets. Il peut toutefois être bon, mais la plupart du temps il apparaît pour effectuer une tache punitive. Il ne laisse pas de traces mais peut retrouver instinctivement une personne qui a enfreint une loi, et la tuer.

Eddie2Durant une chasse que j’ai effectuée auparavant avec Clarrie et sa famille, Featherfoot était déjà au centre des discussions lorsque la pénombre tombait et que le feu crépitait. Ce soir-là il prenait la forme d’un homme mûr, habillé normalement et coiffé d’un morceau de tissu rouge noué autour du chef, se déplaçant sur l’une des étoiles filantes qui perçaient le ciel. À ce moment précis je pensais que ces fables servaient à alimenter une crainte pour obtenir l’ordre et la discipline de leurs enfants, mais ce nouvel épisode me démontre que c’est la structure et l’ordre même de la communauté entière qui sont régis par cette croyance. À la communauté de Karntimarta, où nous vivons tous, c’est une vieille maison abandonnée qui est habitée la nuit par Featherfoot. Les enfants ne s’y aventurent pas au coucher du soleil, ni moi d’ailleurs, partagé entre le respect de leur foi et ce doute qui s’est installé en moi, convaincu par tant de ferveur.

Il est primordial de dépasser nos schémas de pensée occidentaux pour appréhender correctement la spiritualité aborigène. J’ai très vite compris en passant du temps auprès de mes amis aborigènes que m’obstiner à appliquer ma propre logique me fermerait les portes de la compréhension. Featherfoot est l’illustration exemplaire de cette spiritualité singulière peu étudiée, notamment en France.


Texte et photos Eddie Mittelette



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