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Réunion : si les touristes volaient...

Parmi les reportages que propose la télévision, nous pouvons apprécier les superbes vues aériennes de volcans, lacs de montagnes ou lacs de cratères tournées par l'équipe d'Okavango. Même si nous déplorons le côté voyeur, frimeur, envahisseur, nouveau colon.
Que penseriez-vous si des centaines, des milliers d'adeptes de ce genre de reportage, poussés par le désir irrésistible du mimétisme, se métamorphosaient l'espace de quelques instants en petits Nicolas Hulot de pacotille ? Si des dizaines d'hélicoptères tournaient, vrombissaient chaque jour dans le ciel autour de ces sites merveilleux ?
Je reviens d'un voyage à l'île de la Réunion.
Un matin, au réveil, j'ai ouvert la fenêtre de ma chambre d'hôtel pour admirer l'Océan Indien. À mon grand étonnement, j'ai découvert un océan vide. J'ai eu beau scruter l'horizon : rien en vue.
Aucune embarcation digne de ce nom hormis les coques de noix plastifiées des rares plagistes barbotant dans un lagon miniature. Dans une petite crique abrupte au fond couvert de sable volcanique gris, j'aperçus quand même une dizaine de modestes barques de pêche. C'est tout. Aucun cargo au large traçant sa route maritime, aucune silhouette lointaine se dirigeant vers l'Afrique orientale, Madagascar, les Indes ou l'Australie. Nulle voile blanche gonflée par les alizés, rien : un désert liquide je vous dis. Un océan sans bateaux, c'est comme un désert sans vie. Où sont passés les capitaines, les flibustiers, les écumeurs de mer d'antan ? Volatilisés dans les abysses de l'histoire.
Si l'océan Indien autour de la Réunion est bel et bien dépeuplé, le ciel de l'île en revanche est devenu le dernier salon où l'on cause. Chaque jour des ribambelles d'hélicoptères embarquent des flots de touristes réjouis de survoler les trois grands cirques montagneux - Mafate, Cilaos et Salazie - qui forment les plus somptueux paysages du centre de l'île. Les hélicos achèvent généralement leur zap aérien par un virage magistral au-dessus du Piton de la Fournaise, monstre sacré culminant à 2 632 m, puis reviennent à leur point de départ. Cette balade de 45 mn coûte environ 1 300 F par personne.
Voir les cirques et les volcans de la Réunion d'une cabine d'hélico a quelque chose de grandiose. C'est indéniable. Mais personne n'a encore songé aux nuisances sonores qu'entraînent ces survols intempestifs.
Ce jour-là, je buvais un café chez un réunionnais rencontré par hasard au bord de mon chemin. Nous avions sympathisé et il m'avait cordialement invité à faire une pause dans sa case en tôle, en lisière de forêt. Il était 6 heures du matin. En une heure, plus de 20 hélicoptères sont passés au-dessus de nos têtes. Apocalypse now ? Non, un jour ordinaire ici dans les Hauts (nom usuel donné par les réunionnais pour désigner tout ce qui n'est pas littoral).
"Ce n'est rien, déplore mon hôte. En novembre 1995, j'ai compté plus de soixante passages d'hélicos en une seule matinée. Y compris les samedis et dimanches. Le premier vrombissement commence à 5h30 du matin et le vacarme dure jusqu'à midi. L'hélicoptère est une fatalité, on ne peut l'interdire. Mais nous commençons à en avoir marre".
À Mafate, avant le développement du tourisme aérien et l'invasion des hélicos, les cultivateurs cachés dans leurs champs de maïs, à 300 mètres de distance pouvaient se parler. Ils avaient l'impression d'être seuls au monde, inaccessibles, protégés des turpitudes de la "civilisation". C'était naguère le royaume du silence. Aujourd'hui, c'est le salon du Bourget dans un champ de canne à sucre. Les mêmes cultivateurs ne peuvent guère s'entendre à plus de 3 mètres ! Tristes tropiques !
Une pétition a pourtant été signée par les habitants de la région, victimes des nuisances sonores. Mais les autorités locales font la sourde oreille, n'osant pas intervenir dans ce commerce aérien pratiqué par une poignée de petites sociétés. Alors qu'il suffirait de fixer quelques règles très simples de survol, pour mettre un terme à ce tohu-bohu.
Quant à moi, j'ai toujours refusé ce genre de balade pour touriste fortuné, zappeur de grands espaces, pollueur par le bruit mécanique artificiel de leurs bulles à hélices tournoyant à la queue leu-leu dans un même et unique périmètre.
C'est à pied que les cirques de la Réunion doivent être explorés pour mieux apprécier les sons naturels ou le silence profond de ce site en osmose avec l'immensité de l'Océan Indien.
- F. N. -


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