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Tourisme responsable (42)

jeudi, 10 septembre 2009 10:22

Transverses




Transverses
7 rue Hérault, 92100 Boulogne
Tél./fax : 01 49 10 90 84



Entretien avec Dora Valayer



Qu'est-ce que l'association Transverses ?

Transverses est une association "de réflexion, d'information et d'action" sur le tourisme, notamment concernant celui, le plus important, des pays du Nord de la planète vers les pays du Sud. Elle est membre du TEN (Tourism European Network) et membre associé du réseau RITI-MO (Réseau de centres d'information sur les pays du Sud). Elle fonctionne presque uniquement avec les cotisations de ses adhérents.


Quel est son but ?

Concrètement elle informe et fait partager ses préoccupations sur les méfaits dus à un tourisme de masse, et quelquefois peu soucieux des problèmes rencontrés sur place par la population locale. Elle s'efforce de soulever des interrogations et de susciter des débats relatifs aux effets d'un tourisme mal contrôlé. Elle favorise un dialogue permanent entre les pays émetteurs de tourisme et les pays récepteurs. Une de nos préoccupations, conformément à un certain nombre de textes et de documents comme la "Charte du Tourisme durable" publiée entre autres par l'Organisation Mondiale du Tourisme, est de voir les populations locales associées aux politiques touristiques pour qu'elles en deviennent à leur tour actrices plutôt que de les subir.
Les aménagements touristiques entraînent trop souvent des déplacements de populations et une urbanisation de fait à proximité des zones touristiques qui contribuent parfois à accroître les bidon-villes et leur précarité. Ces aménagements de zones touristiques sont souhaités par un certain nombre de gouvernements des pays sous-industrialisés, dans la perspective d'apports financiers, mais les populations locales, non consultées, se voient souvent dépossédées de leur territoire, et leurs coutumes et manière de vivre s'en trouvent bouleversées.


Comment opérez-vous ?

Nous gérons un centre de documentation qui est ouvert à la consultation pour mettre un certain nombre d'informations à la disposition de différentes catégories de personnes (étudiants, membres de réseaux associatifs, journalistes...) et nous sommes en relation avec d'autres lieux de documentation. Nous sommes en contact avec des écoles de tourisme afin de sensibiliser les futurs professionnels en vue d'un tourisme plus responsable. Nous participons également à des colloques comme celui de "Tourisme et Biodiversité" à Berlin et nous suivons l'actualité touristique. Nous avons des correspondants dans tous les continents afin d'instaurer un dialogue avec les pays concernés.


Quels conseils pourriez-vous donner aux voyageurs ?

Le respect de la population locale qu'ils ont en face d'eux, se dire que l'accueil reçu dépend beaucoup du comportement des touristes précédents, s'interroger sur ce qu'il y avait à cet endroit avant qu'un complexe hôtelier soit construit.
Des pays comme le Myanmar (Birmanie) même s'ils sont magnifiques justifient le boycott; à ce sujet d'ailleurs Aung San Suu Kii elle-même (Prix Nobel de la Paix et élue régulièrement par le peuple birman) a demandé aux touristes de ne pas venir dans son pays (pour le moment). * La situation réelle de ce pays échappe en effet à la plupart des visiteurs, parce que les Birmans peuvent courir des risques s'ils parlent librement à des étrangers.
De façon générale, le meilleur conseil que nous puissions donner aux voyageurs est de lire avant de visiter un pays le rapport d'Amnesty International. Nous sommes aussi demandeur d'informations sur les pays que les globe-trotters visitent et serons heureux de recevoir tout type de renseignements qu'ils jugeront utiles.

* Choix discutable et pour lequel on renvoie à la question "Peut-on aller dans un pays qui ne respecte pas les droits de l'Homme ?" traitée dans l'une des rubrique d'abm.fr; NDLR.







jeudi, 10 septembre 2009 10:22

Réseau Jeunes Solidaires




Réseau Jeunes Solidaires
10 quai Richemont, 35000 Rennes
Tél. : 02 99 30 48 11



De 1997 à 1999 la campagne "Tourisme et développement" initiée par le Réseau Jeunes Solidaires dénonçait les méfaits du tourisme de masse, informait et formait à un tourisme plus équitable. Aujourd'hui le RJS favorise des engagements citoyens en Europe pour promouvoir et soutenir le droit des jeunes du Sud à être pleinement acteurs de leur développement (liberté d'expression, droit du travail, droit à l'éducation). Les échanges entre jeunes du Nord et du Sud devraient être un support à l'éducation, au développement.
"Promouvoir l'échange par le partenariat et non l'assistanat". L'association a également conçu une exposition sur 10 aspects du tourisme : Etat des lieux du tourisme; Fonctionnement du tourisme; Impact sur l'économie locale; Les emplois du tourisme; Tourisme et développement; etc, avec un livret d'accompagnement (23 €). Egalement une revue de presse de 244 pages (8,5 €), la Charte du tourisme durable (1 €), 5 dossiers thématiques (1 €/dossier) ou pour l'ensemble des documents un tarif promotionnel de 200 FF.



Entretien avec Roland Soubeyrand,
responsable du RJS de Rennes



Quelles actions entreprend le RJS dans le domaine du tourisme et du développement ?

Nous agissons en trois points :
1) sensibiliser sur l'impact du tourisme en Afrique, en Asie et en Amérique Latine par une campagne d'information auprès des voyageurs et des professionnels (expositions, bulletins, articles dans les magazines) et en travaillant avec d'autres associations.
2) développer le tourisme alternatif et promouvoir un tourisme maîtrisé par les populations locales. Nous attirons l'attention, avec d'autres associations, sur les disparités entre pays pauvres et pays riches.
3) favoriser l'échange avec des villageois et faire réfléchir les voyageurs sur l'impact de leur présence dans un pays en préparant son voyage, en se documentant sur les pays et en se posant parfois des questions telles que "qu'est-ce qu'un don ?", "quels sont les effets positifs et négatifs de ma présence ?". Nous montons des opérations pour aider des jeunes qui partent avec des associations de solidarité internationale à trouver la meilleure documentation sur le pays. Ce dispositif existe depuis 4 ans, en partenariat avec le ministère des Affaires étrangères.


Comment voyez-vous les globe-trotters ?

Je les classe dans le domaine du tourisme alternatif. Il est légitime de voyager pour trouver le soleil, se reposer, découvrir. Les globe-trotters, en mangeant sur les marchés, en dormant chez l'habitant, en utilisant les transports locaux, participent au développement de l'économie locale.


Quelles sont les actions que pourraient entreprendre les voyageurs au cours de leur périple ?

Ils devraient aller à la découverte d'un pays, de ses habitants, de sa culture. Avec la multiplication de l'accueil local, on peut comprendre un peu mieux la vie d'un peuple. Attention aux effets pervers de l'hébergement payant. Il faut être prudent et ne pas tomber dans un système qui deviendrait vite néfaste. Un voyageur individuel a tout intérêt à se renseigner, à savoir ce qui existe sur les initiatives locales.


Pensez-vous que le voyageur est aussi responsable du devenir de l'endroit qu'il visite ?

Bien sûr, le tourisme est durable si le voyageur a la volonté de diminuer les inégalités sur la planète. En quoi mon voyage peut-il avoir un impact positif ? Voilà la question ! Essayer de valoriser des initiatives, entretenir des correspondances, créer des échanges sur le long terme, participer à des débats de fond sur le problème de la santé, du développement, etc.
Il faut aussi promouvoir l'échange culturel, parler de la religion, de la place de la femme; c'est une façon de faire avancer les idées. Prendre conscience de la richesse d'un pays, de sa culture, de ses langues et surtout comprendre la logique des habitants qui explique leur choix de vie. Le voyageur pourrait aussi montrer que partout des gens anonymes se battent pour un monde meilleur et équitable.


Faut-il alors "éduquer" les voyageurs ?

Oui, dans la complémentarité, si le voyageur est prêt à s'informer. Je pense que les compétences d'ABM sont complémentaires avec des associations comme la nôtre. Former un voyageur sur différentes facettes (culturelles, économiques, pratiques, etc.) est un facteur pour un développement du tourisme d'une façon intelligente. Il faut également faire connaître les effets néfastes.
Les voyageurs doivent avoir la volonté de se former, s'intéresser à ce qui existe et être solidaires.



jeudi, 10 septembre 2009 10:22

Planète Urgence




Planète Urgence
7 rue Jean Mermoz
78000 Versailles
Tél. : 01 39 020 600



Trois milliards d'être humains vivent dans des conditions d'extrême précarité, ne pouvant correctement se nourrir, se soigner, se loger et s'instruire. Dans vingt ans, nous serons deux milliards de plus. Si les programmes de coopération et de développement apportent beaucoup aux populations démunies, ils ne peuvent pas couvrir l'ensemble des besoins. Voilà pourquoi, l'association Planète Urgence (anciennement Congé Solidaire), créée par Atlas Logistique, ONG spécialisée dans l'aide humanitaire d'urgence, a vu le jour en 1998.



Entretien avec Sabine Delafosse



Pouvez-vous nous décrire l'objet de votre association ?

Planète Urgence est une association pour l'aide humanitaire et la coopération internationale. Son objectif principal est d'aider tout citoyen du Nord, salarié d'entreprise, à contribuer au développement durable des pays du Sud.
Planète Urgence propose aux salariés des missions humanitaires de courte durée (15 jours à 1 mois maxi) financées pour tout ou partie par leur entreprise. L'entreprise finance l'expatriation de ses collaborateurs alors que le salarié prend son temps de congé personnel (congés payés, RTT, congé sans solde). En fait notre association sert d'intermédiaire entre les missions humanitaires et les volontaires.


Comment-vous faites vous connaître du grand public et des entreprises ?

Nous avons permis à plus d'une centaine de salariés de partir en mission humanitaire, mais nous recherchons toujours de nouvelles personnes. Nous essayons de nous faire connaître par les entreprises, et quelques-unes ont d'ailleurs intégré les congés solidaires à leur politique interne. Mais c'est souvent les salariés eux-mêmes qui en parlent au sein de leur société.


Comment préparez-vous les candidats au départ ?


Ils suivent obligatoirement avant de partir une formation au développement (16 heures) ainsi qu'une préparation au départ où leur mission est plus particulièrement abordée (8 heures). Durant toute la période précédant le départ, l'équipe parisienne est à leur écoute. Sur place, ils sont accueillis et encadrés par l'agent de développement de Planète Urgence et travaillent en collaboration avec les associations et ONG locales. A leur retour, afin d'assurer la continuité des projets sur place et le relais entre volontaires, ils doivent remettre un rapport à l'association.


Dans quels domaines agissez-vous ?

Planète Urgence agit dans trois domaines : la formation des adultes (gestion, comptabilité, informatique et nouvelles technologies), l'animation en faveur des enfants et des jeunes avec deux types de partetenaires que sont les associations locales et le ministère de l'éducation du pays, et enfin l'aide à la création et au développement de micro-entreprises.
Nous avons en permanence des missions au Mali, au Kosovo, au Liban, en Albanie, en Tanzanie et à Djibouti. Nous agissons ponctuellement aussi dans d'autres pays comme au Honduras après le passage de l'ouragan Mitch, ou au Brésil pour réaliser un film vidéo sur les peuples d'Amazonie.


Pensez-vous que les voyageurs peuvent s'impliquer dans de tels projets ?

Bien sûr, l'habitude des rencontres avec d'autres cultures est un atout lorsqu'on part dans le cadre d'une mission humanitaire. Et puis c'est aussi une façon de voyager différemment en participant à une chaîne de solidarité entre le Nord et le Sud.


Concrètement, si je souhaite partir en congé solidaire, par où dois-je commencer ?

Appelez-nous ou connectez-vous à www.congesolidaire.org. Ensuite, Planète Urgence examinera votre profil et contactera votre entreprise en lui proposant de s'investir dans le projet en le finançant. Certains projets n'aboutissent pas. Le congé solidaire n'est pas un droit; seul l'employeur peut décider de la concrétisation d'un projet, l'association essayant de trouver les arguments pour finaliser les demandes.




jeudi, 10 septembre 2009 10:22

Humalaya




Humalaya
1 square du Lyonais
78310 Maurepas



Entretien avec Christian Coulanges,
créateur de l'association Humalaya et amoureux du Népal



Qu'est-ce que l'association Humalaya, son rôle ?

Humalaya a été créée début 1999. C'est une association qui obéit aux règles des associations dites "loi 1901" à but non lucratif. Elle participe au développement de l'éducation dans les villages en Himalaya et au Népal en particulier. Nous apportons du matériel scolaire que nous destinons aux écoles, ainsi que des vêtements chauds aux villageois les plus défavorisés.
Nous payons aussi l'inscription de plusieurs dizaines d'élèves dans l'école de Junbesi, village situé dans le Khumbu. Notre association a aussi pour vocation de développer des échanges avec les populations. Nous avons établi une correspondance entre des élèves népalais et français. C'est comme si on créait un pont entre deux cultures; pont par lequel nous parvenons à nous enrichir mutuellement d'un bout à l'autre de la planète...


Combien d'adhérents participent à la vie de l'association ?

Actuellement une quarantaine d'adhérents participent à la vie de Humalaya. Certains sont déjà venus avec nous sur place au Népal. D'autres nous soutiennent financièrement et moralement.


Quels moyens avez-vous pour vous faire connaître et pour récolter des fonds ?

Nous organisons régulièrement des expositions de photos, des brocantes, vendons des tee-shirts au logo de l'association. Nous éditons deux fois par an une brochure rendant compte de nos activités et présentant le Népal à travers sa culture, ses habitants (vivant en France ou au Népal). Nous avons créé un site Internet où notre action est expliquée et présentée et où nous donnons de nombreux renseignements sur le pays à travers ses festivals, ses randonnées, nos bonnes adresses; tout ceci afin de sensibiliser les gens et leur faire mieux connaître ce pays.


Quels sont les projets déjà réalisés ?

La création de cette correspondance entre élèves népalais et français est un projet que nous avons démarré mais qui reste à développer. Nous comptions sur l'installation d'ordinateurs et l'utilisation d'Internet mais la présence des maoïstes à Junbesi (qui coupent et contrôlent l'électricité dans les villages) nous empêche pour l'instant d'aboutir à un projet à plus grande échelle. Ce n'est que partie remise... Les courriers e-mail ne sont accessibles que lorsque des gens du village descendent sur Katmandou ou pour certains élèves s'y rendant pour étudier.
Depuis 1999, nous emmenons au Népal des adhérents de Humalaya intéressés par notre projet et désireux de partager la culture et la vie quotidienne avec les villageois.


Vos prochaines initiatives...

Nous projetons un nouveau départ au Népal en automne 2002 afin de continuer notre action, parrainer d'autres élèves, aider les plus défavorisés, connaître et faire connaître la culture népalaise à travers la vie quotidienne de ses habitants et de ses fêtes...
Peut-être un départ au mois d'août 2002 dans la région de Patle et une expo photos en décembre à la mairie de Maurepas, dans les Yvelines...


Quelles aides le voyageur peut-il apporter ?

En contactant des associations qui sont sur place et en leur demandant conseil. Si l'on veut distribuer des médicaments, il faut le faire au sein d'une structure médicale déjà sur le terrain. Rencontrer des instituteurs et prendre contact avec des écoles pour donner du matériel, ne pas le faire au hasard, ni directement sur les chemins de randonnée, cela encourage la mendicité. Essayer de baser cette aide sur un principe d'échange et non pas d'assistanat. Enfin, ne pas essayer de changer le pays ni d'imposer sa culture mais établir des contacts durables...
Allez au Népal, rencontrez son peuple qui est très attachant et avide de connaissances. Vous en sortirez enrichi, pas seulement par la beauté des paysages mais aussi par la pureté de l'âme népalaise.




jeudi, 10 septembre 2009 10:21

EchoWay




EchoWay
01 43 65 34 35
(de 10 à 14 h00 du lundi au vendredi)



EchoWay est une association Loi 1901 dont l'objectif est d'informer les voyageurs sur les lieux existants du tourisme solidaire et écologique, et de les sensibiliser au "voyager responsable". Le site www.echoway.org recense les lieux et associations qui proposent un tourisme équitable, solidaire et écologique et qui sont accessibles au voyageur partant seul.



Entretien avec Anne Vigna,
présidente et fondatrice de l'association



Comment est née cette idée de sensibiliser au tourisme solidaire et écologique ?

C'est au cours d'un voyage au Laos, à Yang Yieng, en 2001 que j'ai été sensibilisée par l'initiative d'un restaurant biologique tenu par un dénommé Solangkoun Thanongsi. De fait, au-delà de cette vitrine que peu de touristes, à l'époque, connaissaient, ont été créées une ferme embauchant une dizaine de personnes et formant des paysans aux différentes étapes de la fabrication de la soie, une pépinière et quatre écoles primaires. J'étais alors avec deux autres voyageuses; cette initiative a provoqué chez nous un engagement.
Nous effectuons aujourd'hui un travail de sensibilisation (pourquoi ce restaurant est différent des autres échoppes de la rue principale) et de communication sur le tourisme solidaire. Mais ce n'est pas évident. S'il existe des voyages organisés dans le tourisme solidaire, souvent chers et donc élitistes, il n'y a pas d'information sur ces lieux ou communautés pour les voyageurs individuels. Le travail d'EchoWay est de recenser les lieux du tourisme solidaire et écologique dans le monde sur son site Internet pour que les touristes soutiennent ces initiatives. Depuis 2001, nous sommes parvenues à promouvoir 52 associations communautaires ! Par "promouvoir", il faut comprendre que l'on entend : les dénicher, les tester sur place, les recenser et diffuser l'information sur leur existence et leur fonctionnement. A partir des 3 voyageuses initiales, nous comptons aujourd'hui 40 membres actifs...

"Associations communautaires", c'est-à-dire ?

On nous pose souvent cette question. Dans un pays donné, une communauté crée une activité touristique tout en préservant en même temps un patrimoine écologique. Les touristes sensibles au site protégé - en payant un hébergeant chez l'habitant qui sera en même temps un "droit d'entrée" modique - vont ainsi apporter à cette population, consciente de son environnement, un petit pécule. Celui-ci, plutôt que de revenir exclusivement à la poignée d'individus qui entretient le lieu, lui reviendra pour partie et pour partie reviendra à la communauté, c'est-à-dire, à une école, une clinique ou à des transports profitant à tous.
Ce fonctionnement reste assez peu connu des touristes indépendants alors que, sans même parler de son aspect solidaire, ni de son côté durable, l'intérêt financier est réel - le touriste paye toujours moins cher ce type d'hébergement qu'il ne payerait un hôtel au confort sommaire classé "routard" - et la rencontre est privilégiée.


Comment "émerge" une telle initiative à l'échelle locale ?
Au Mexique, pays sur lequel nous travaillons plus particulièrement en ce moment, il convient de reconnaître le rôle joué par les universitaires et les associations. Ils sensibilisent une population définie à son environnement, la rend soucieuse des aménagements écologiques, la familiarise au développement de l'écotourisme. Par ailleurs, depuis 10 ans, un accord de libre échange entre le Canada, les Etats-Unis et le Mexique contribue à encourager l'immigration du Mexique vers les USA. Les villages du sud se vident et il fallait trouver un moyen de retenir les Mexicains chez eux. Le tourisme en est un.
Le projet touristique se développe souvent très bien grâce à l' implication d'universités, mais sur un périmètre strictement défini. Ainsi tel village qui aura reçu de l'aide sera convaincu de l'action à défendre alors que le village suivant, à 2 kilomètres de là, n'aura ni le même raisonnement, ni par conséquent le même comportement.


Et le touriste dans tout cela, commence-t-il lui aussi à être "impliqué" ?
Trop peu ! De nombreux touristes préfèrent le village où le guide n'hésite pas à retourner une tortue pour la montrer comme "la belle bête à l'écaille superbe" plutôt que celui où le guide refusera qu'on la dérange parce qu'elle est en période de ponte. D'où l'importance du travail de promotion de l'engagement de ces communautés villageoises. Il ne s'agit pas seulement de dresser une liste des points de chutes écotouristiques qui existent mais d'expliquer aussi en amont aux touristes quels intérêts ils ont à y aller...


Sur le plan international, de quelle reconnaissance bénéficie ce nouveau type d'accueil ?

Bien que l'écotourisme reste encore très marginal, il commence à gagner du terrain en termes de reconnaissance. Alors qu'en septembre 2003 il y avait environ 400 communautés dans le monde entier au premier Forum International du Tourisme Solidaire (FITS), on en comptait dans les 600 pour le deuxième qui s'est tenu en mars 2006.
Par exemple sur notre site nous avons aujourd'hui des pays où l'on peut aller de communautés en communautés : après le Mexique et le Guatemala, nous aurons en 2006 de nouvelles communautés en Afrique de l'Ouest (Mali, Mauritanie, Burkina-Faso, Sénégal), puis en Asie, (Inde et Cambodge).


Aux voyageurs qui n'ont pas fait encore cette démarche mais qui demeurent pourtant sensibles à l'environnement, qu'auriez-vous envie de dire ?

Le voyageur individuel rencontre plus facilement les locaux, donc cela lui permet de mieux découvrir un pays mais, même sans le vouloir, il pollue. Prenez un groupe de 10 touristes. Ils profitent moins du pays certes mais ils polluent moins que 10 touristes individuels voyageant chacun de leur côté. Un exemple simple : un groupe va acheter un grand bidon d'eau alors que les individuels achètent une bouteille d'eau. Donc pour une journée, les déchets plastiques seront d'un côté un bidon de 20 litres et de l'autre, 10 bouteilles. Détail ? Peut-être mais le nombre de déchet augmente vite. C'est aussi pour cela que nous tentons de donner des réponses au matériel à choisir accessible sur le site Internet : la lampe de poche sans pile que l'on recharge en remontant une petite manivelle, les filtres à eaux, les produits naturels pour le lavage. On l'a nommé "le sac à dos écolo" : si un touriste part avec ce sac, il ne polluera que très peu.
Ensuite, je lui dirai que choisir de s'arrêter une nuit ou quelques jours dans ces villages écotouristiques ne doit pas être vu comme contraignant. Vous les contactez comme vous contacteriez un hôtel, deux jours avant pour être sûr qu'ils ont de la place et réserver. Donc cela peut se faire en cours de route sans avoir à anticiper son trajet avant son départ...


Et aux voyageurs qui connaissent déjà et sont des adeptes convaincus ?

Toutes les bonnes volontés sont les bienvenues ! Il y a tant à faire entre recenser les sites et les promouvoir. Nous proposons aux voyageurs de nous faire connaître les lieux qu'ils découvrent au cours de leurs voyages et qui répondent à ces critères dans un livre d'or sur le site Internet. Ils peuvent aussi nous contacter avant leur départ pour leur expliquer comment procéder, et pour les former à l'utilisation de notre grille d'analyse pour expertiser un lieu.




jeudi, 10 septembre 2009 10:21

Agir ici




Agir ici
104 rue Oberkampf
75011 Paris
Tél. : 01 56 98 24 40



Agir ici est une association de solidarité internationale qui mène des campagnes d'opinion publique pour des relations plus justes et équitables entre les pays du Nord et des pays du Sud.



Entretien avec Céline Trublin



Le nombre de touristes va doubler dans les 20 prochaihes années, l'association Agir ici a décidé de lancer une campagne de sensibilisation pour un tourisme responsable, pouvez-vous nous décrire vos actions ?

Nous venons en effet de lancer une nouvelle campagne intitulée "Quand le tourisme des uns fait le malheur des hôtes". Avec cette campagne, nous voulons lutter contre l'idée reçue que le tourisme est nécessairement un facteur de développement pour les pays du Sud. Nous ne sommes évidemment pas contre le voyage et le tourisme, mais nous voulons sensibiliser l'opinion publique sur les effets pervers du tourisme notamment en ce qui concerne la dégradation de l'environnement, le non-respect des droits de l'Homme au travail, la destructuration des liens sociaux, etc.


Beaucoup de voyageurs font encore appels à des agences, ne pensez-vous pas que chacun a une responsabilité dans le devenir du tourisme au niveau mondial ?

Bien sûr, les responsabilités sont partagées. C'est pourquoi à travers cette campagne nous voulons sensibiliser les voyageurs mais aussi les agences de voyages qui produisent et distribuent les voyages. Il faut rappeler qu'en moyenne sur un forfait payé environ 760 euros (5 000 FF), seuls 150 euros (1 000 FF) restent dans le pays alors que la différence revient directement dans les poches des multinationales. Demande et offre de voyages sont liées. Pour que l'offre évolue, il faut que les consommateurs et les voyageurs affichent leurs exigences en matière d'éthique. C'est à partir de ce moment-là que les entreprises verront un intérêt à proposer des voyages éthiques.


Vous travaillez avec bon nombre d'associations, quelles en sont les finalités ?

Pour chaque campagne, nous nous entourons d'associations qui peuvent nous apporter leurs différentes comp-tences, Agir ici faisant office de catalyseur d'expériences. Dans le cadre de cette campagne, certaines associations produisent de l'expertise sur le sujet, comme Transverses tandis que d'autres sont spécialisées sur des pays que nous avons souhaité mettre en valeur comme la Tunisie (avec le Comité pour le respect des droits de l'Homme en Tunisie) et la Birmanie (avec Info-Birmanie). Par ailleurs, le lien avec la France se fait à travers deux passerelles, une organisation de consommateurs (Associations familiales laïques) et un collectif d'organisations investi dans le tourisme social (Union nationale des associations de tourisme et de plein air).


Pensez-vous qu'en tant qu'association de voyageurs ABM aurait un rôle à jouer pour motiver les voyageurs à voyager différemment ?

Les informations sur la situation des pays en voie de développement et les impacts négatifs du tourisme ne sont pas aisément disponibles. Le tourisme doit produire du rêve, c'est pour cette raison que rien n'est fait pour générer la prise de conscience. Pourtant le turisme n'est pas un acte de consommation comme les autres. Il peut avoir des répercussions symboliques et politiques. Notre association essaie constamment de rappeler aux individus que nous sommes des citoyens et que nous avons les moyens d'exercer cette citoyenneté, même en tant que consommateur. Tel est également le message de cette campagne.


Comment alors agir pour que chacun puisse apporter une pierre à cet édifice ?


Cette prise de conscience peut s'exercer de plusieurs manières. A titre individuel, on peut s'informer au préalable de la situation en matière de droits de l'Homme du pays dans lequel on va; sur place, il s'agit de respecter les populations, leurs usages et l'espace dans lequel elles vivent, etc. Il est également possible de faire appel à des voyagistes éthiques qui ne sont pas très nombreux pour l'instant mais c'est un secteur appelé à se développer. On peut également apporter une petite pierre à l'édifice en participant à la campagne d'Agir ici !


Comment voyez-vous le devenir du tourisme si nous ne changeons rien à nos mentalités ?

La course aux zones sauvages et/ou préservées va encore s'accentuer jusqu'à ce qu'il n'en y ait plus. Les populations vont continuer à subir les mêmes privations et elles ne verront toujours pas la couleur des devises engendrées par le tourisme. Le 11 septembre a marqué un tournant dans notre histoire. Il est plus que temps de se rappeler que le tourisme peut être un vecteur de paix et d'amitié entre les peuples pour peu que l'on y mette les moyens. C'est cette contribution-Ià que peut apporter un tourisme responsable.




jeudi, 10 septembre 2009 10:21

A 360 degrés




A 360 degrés
7 av. Milleret de Brou
75016 Paris



L'association A 360 degrés a pour but de développer, diffuser et promouvoir des projets de voyages utiles (humanitaire, environnement, culture-patrimoine). Son outil principal est un webzine mensuel (www. a360.org) au sein duquel sont mis en avant des projets individuels ou collectifs, ainsi que des expositions et évènements.



Entretien avec Arnaud Contreras,
membre fondateur de l'association



1999 a vu naître le projet "Sahara", une initiative de votre association. En quoi consiste plus exactement votre domaine d'action et ce qui vous différencie d'autres associations ?

Depuis 1999, nous développons le projet "Sahara" qui a pour but de faire découvrir les patrimoines naturels et culturels du Sahara et de sensibiliser le public à leur fragilité. Nous avons réalisé une fiche de sensibilisation à la fragilité des patrimoines sahariens à destination des voyageurs et des professionnels du tourisme. Quant à ce qui nous différencie d'autres associations travaillant sur cette zone, c'est notre approche. Nous cherchons à sensibiliser les touristes et voyageurs avant leur départ pour le désert.


Vous êtes en train de créer un comité de parrainage pour la diffusion de cette fiche sur le Sahara. Qu'attendez-vous d'une association comme ABM ?

A la lecture de votre magazine et de votre site Internet, on perçoit un réel investissement d'ABM et de ses adhérents dans la promotion du voyage responsable. Nous attendons des membre d'ABM et de tous ceux de notre comité de parrainage qu'ils soient des relais, qu'ils nous aident à diffuser la fiche (mails, contacts avec des voyageurs, agences de voyage) et à organiser des évènements de sensibilisation, des expos, des conférences.


Vous rentrez d'un voyage dans les oueds somptueux du désert libyen qui semblent aussi souffrir d'actes malveillants. Qu'avez-vous constaté ?

Avant tout, nous avons évolué dans un cadre vierge. Chaque jour nous a offert des horizons de sable ou de grès, des sites d'une qualité artistique unique qui n'ont fait que renforcer nos convictions de protéger ces beautés. Mais quel écoeurement que de découvrir des boîtes de conserve européennes, quantité de piles, des bouteilles en plastique dans ces endroits. Ecoeurant aussi de voir des peintures rupestres découvertes en 1998 et aujourd'hui complètement effacées parce qu'une personne non informée les a mouillées pour mieux les prendre en photo.
Nous avons aussi pu constater que nos amis touaregs étaient à l'écoute de notre projet.


Un film sur l'art des oueds est en préparation. Pouvez nous en dire plus sur ce reportage de sensibilisation au tourisme saharien ?

Ce documentaire est un carnet de bord de nos récentes explorations au Sahara. Le but est de faire découvrir au spectateur comment les hommes ont vécu au Sahara lorsqu'il était humide, lorsque les oueds coulaient en continu et que des artistes peignaient ou gravaient sur les rives de grès leur quotidien, leurs croyances. Outre leur aspect graphique, ces peintures et gravures sont les dernières traces de ces sociétés anciennes. Nous tenterons au travers de ce film de sensibiliser le public au respect des patrimoines naturels et culturels sahariens.


Quelle est votre priorité pour 2002 ?

Nous avons deux priorités. D'abord faire passer un message le plus rapidement possible : le tourisme dans le sud algérien reprend à grande échelle, des charters de touristes mal informés commencent à se rendre dans des paysages et des sites archéologiques peu protégés. Puis, par le biais de notre site Internet, mettre en valeur des projets de voyages utiles. L'air de rien, tous ces micro-projets font énormément évoluer les mentalités.




jeudi, 10 septembre 2009 10:20

A Pas de Loup




A pas de loup
12, rue Malautière
26220 Dieulefit
Email : info@apasdeloup.org



A pas de loup ou l'éco-volontariat, un engagement par l'action.
Le programme "Volontariat pour la Nature, pour la Terre et l'Homme" de l'association A pas de loup vise à sensibiliser le public sur la préservation de la nature et la protection des espèces animales et végétales en voie de disparition. Elle souhaite de plus l'impliquer grâce à sa participation active dans l'amélioration de son cadre de vie et de la relation homme/ nature.



Entretien avec Laurence Girard,
membre fondatrice de A pas de loup



Comment l'idée de développer l'éco-volontariat vous est-elle venue ?

Lors de mes études de tourisme je suis partie 3 mois faire l'étude de l'impact du tourisme sur l'environnement en péninsule antarctique. Comme la météo était mauvaise et que les débarquements des croisiéristes étaient souvent impossibles, j'ai eu la chance de participer à différents programmes avec les biologistes. J'ai réalisé qu'il n'y avait pas besoin de compétences scientifiques pour assister des professionnels dans leur travail et agir au niveau de la protection de l'environnement. Aucun organisme français ne permettait de s'impliquer dans des actions "éco-volontaires" comme cela existait dans certains pays anglo-saxons.


En 1994 vous décidez donc de créer l'association A pas de loup. Comment avez-vous procédé pour mettre en place vos programmes de volontariat ?

Nous étions 4 amis au départ avec notre réseau de relations, ce qui nous a permis de proposer nos premiers chantiers nature et missions à l'étranger en répondant à des besoins que nous connaissions. Puis, nous avons recensé à travers la presse tous les appels à bénévoles lancés par des structures locales accréditées à la recherche de volontaires. Enfin, c'est au cours de nos voyages personnels de repérage ou de loisirs que nous avons mis en place des relations permanentes avec ces structures. Aujourd'hui, nous recevons des propositions lors de conférences et salons ainsi que par Internet.
Nous avons élaboré une charte pour sélectionner les programmes répondant à certains critères tels l'implication de la population locale, un volet "conservation" en plus du volet "recherche".


Concrètement, quelles sont les actions de volontariat de votre association ?

La plupart des missions proposées sont permanentes. Elles réunissent trois aspects indissociables pour protéger efficacement une espèce animale et son écosystème : l'étude et la recherche scientifique, les travaux d'entretien et de contrôle des infrastructures d'accueil, les opérations de conservation et de surveillance des espèces protégées.
Nous proposons actuellement une vingtaine de missions en France et à l'étranger, réparties en Europe, Afrique, Amérique du Sud et Océanie. Au niveau international par exemple, nous proposons aux volontaires d'assister les gardes du Parc National des Abruzzes ou de contribuer à l'entretien des milieux naturels en Australie. Autre exemple, le suivi de chimpanzés réintroduits au Congo dans le sanctuaire de Conkouati, programme scientifique original et unique au monde, tant dans sa durée que dans sa réussite.


Qui peut participer et quelles sont les modalités ?


Tout le monde à partir de 16 ans. Notre sélection se fait surtout sur la motivation et la volonté de s'impliquer. Il s'agit également d'être conscient des conditions physiques, climatologiques ou psychologiques parfois difficiles sur certains chantiers. Nous avons alors un rôle de conseil envers les candidats.
Les volontaires doivent avoir du temps, avec un minimum de 5 jours pour la France et 1 mois pour l'étranger, et prévoir un peu d'argent. En effet, ces missions sont du bénévolat non défrayé. En général, il faut payer le transport jusqu'au site. Les frais de participation, comprenant le gîte et le couvert, ne dépassent jamais 100 F par jour.


Quel est le profil des adhérents ?

Nous avons 70 % de femmes, 30 % d'étudiants, avec un fort pourcentage de jeunes de 20 à 35 ans, 30 % d'entre eux proviennent de la région parisienne.


Quelles sont vos ambitions ?

Jusqu'à présent nous soutenions des structures locales de conservation par notre apport en main d'oeuvre. Aujourd'hui, nous souhaitons initier nos propres chantiers et missions de volontariat pour nous engager plus activement dans la protection de la nature. Il s'agit d'une étape importante dans notre développement qui va nécessiter de sérieuses recherches de partenaires et financeurs, ainsi que de personnel.



jeudi, 10 septembre 2009 10:19

Est-il possible de voyager sans "polluer" ?

Est-il possible de voyager sans "polluer" ?

Extrait de Globe-Trotters Magazine Numéro 79 (9-10/01)

J'aimerais donner mon avis au sujet des nombreux articles, à la mode actuellement, qui parlent d'éco-tourisme ou de pollution par le tourisme, voire même, dans le dernier numéro de Croissance, de boycotter ou cautionner par sa présence des pays reniant les droits de l'homme (Birmanie, Cuba, Iran, Irak, etc.). Je me permets d'avouer à "ceux qui savent", que moi je ne sais pas comment faire, chaque pays étant un cas particulier.
Il y a quelques années, un article de la revue d'ABM titrait "Merci Bouana" en parlant d'un couple qui avait offert un jean troué à son guide local. Peut-être devait-il lui donner une chemise Cardin neuve afin de creuser l'écart entre ceux qui côtoient les touristes et les autres ?

Il y a dix ans, au Viêtnam, notre petit groupe a donné 70 dollars à notre guide pour la remercier de son efficacité, alors qu'un professeur d'université gagnait 20 dollars par mois. J'ai eu honte, j'aurais dû lui donner 2 Francs pour m'avoir fait économiser 150 Francs sur une note de téléphone.
En 1983-1984, au Togo, un problème insoluble aux "beaufs" que nous étions : après avoir vidé un cubi de vin acheté à Ouagadougou, que faire de ce déchet encombrant et polluant ? Nous l'avons donné à un enfant. Ce qui nous a surpris, c'est qu'il a perdu son sourire et qu'il est parti en courant, serrant le bidon dans ses bras. Cinq minutes plus tard, un adulte est venu vers nous en tenant d'une main l'enfant qui n'avait pas lâché son "cadeau", et de l'autre une écuelle avec des oeufs de pintade qu'il nous a offerts après avoir eu confirmation que son fils ne nous avait pas volé ce "précieux déchet encombrant" dont nous ne savions que faire. Bien que la disproportion des valeurs de l'échange fût évidente pour nous, il nous a été impossible de refuser sous peine d'insulter cet homme qui, bien qu'ayant très peu de nourriture, considérait qu'un bidon fermé était un bien précieux dans une province où l'eau est à 4 ou 5 kilomètres. Que devions-nous faire ? Garder le bidon ou le détruire et priver ainsi une famille des avantages des déchets de notre civilisation ? Que "ceux qui savent" m'éclairent, car je n'ai toujours pas trouvé la réponse.

Au cours de ce voyage où nous dormions dans les villages, sous la tente en préparant nos repas (achetés sur les marchés locaux), nous en profitions pour nourrir quelques enfants présents autour de nous. Expérience enrichissante qui ne nous a pas mis à l'abri quelques années plus tard de cotoyer l'extrême dénuement à La Paz en Bolivie. Nous étions quatre dans un restaurant avec des steacks qui dépassaient de nos assiettes quand une jeune indienne d'une douzaine d'années, belle comme une reine mais triste, vint nous mendier les restes de repas, jusqu'aux morceaux de gras que nous, "capitalistes repus", avions laissé de côté. On aime donner son assiette à un chien, mais pas à un humain. Ces gens sont fiers, ils ne mendient pas, sauf s'ils n'ont plus que cette solution. Que "ceux qui savent" m'éclairent, peut-être aurions-nous dû ne rien luis donner afin de ne pas la rendre dépendante du tourisme. On ne sort pas indemne d'une telle expérience et, depuis 1985, chaque fois que je repense à cette soirée, j'ai les larmes aux yeux.
Je dirai en conclusion que je ne sais toujours pas comment ne pas polluer une population par ma présence, mais cela m'a rendu plus humble.
(P. et P. Maret)




jeudi, 10 septembre 2009 10:19

Fable du voyageur

Fable du voyageur.

Un homme voulut creuser un puits. Ne trouvant pas trace d'eau après avoir creusé vingt coudées, il s'arrêta et chercha un autre endroit. Il se remit à creuser et alla plus profond encore, mais ne trouva toujours rien. Il choisit alors une troisième place et creusa plus profondément encore, mais sans obtenir de résultat. La profondeur totale des trois trous atteignait à peu près cent coudées. S'il avait eu la patience de faire seulement la moitié de ce travail au même endroit, sans changer d'emplacement, il aurait sûrement trouvé de l'eau.
Ces sages paroles de Ramakrishna ne s'appliquent-elles pas magnifiquement à ceux qui voyagent tous azimuts ?
Que cherchent-ils au juste ? À sortir de leur désert intérieur ? Sont-ils assoiffés d'absolu au point de s'identifier à cette girouette montée sur un ventilateur ?
- T. M.-




jeudi, 10 septembre 2009 10:18

Plaidoyer pour la légèreté

Plaidoyer pour la légèreté.

Nous ne sommes attendus nulle part, par personne.... Pourtant nous sommes des milliers à débarquer pour regarder, sentir, goûter, s'imprégner d'un monde, d'une culture, d'individus auxquels nous imposons tout à trac notre présence.
Car voyager, c'est non seulement déplacer son corps et - dans le meilleur des cas - son esprit, mais également modifier l'environnement dans lequel nous nous parachutons sans crier gare.
Voyager, c'est déranger, déplacer, perturber, changer...
C'est la règle du voyage. Nul ne peut s'y soustraire, même bardé des meilleures intentions, même pétri des meilleures considérations humanitaires. On ne peut à la fois choisir d'être là et dénier les conséquences de sa présence qui, quoi qu'en disent les tenants du touristiquement correct (pas d'aumône, pas de friandises, payer le juste prix...) ne sont pas que négatives.
Pourquoi la rencontre des cultures, le choc des rencontres personnelles, le mélange des modes de pensée ne devraient étonner, surprendre que le voyageur (et augmenter son stock d'anecdotes et de diapos) ? L'Autre devant rester immuable, drapé dans sa culture immémoriale, incrusté à vie dans son environnement, forcément meilleur avant que la peste voyageuse ne survienne...
Autre question : doit-on être un spécialiste des problèmes géopolitiques, des questions ethniques, des dossiers écologiques pour avoir le droit de voyager dans un pays du Tiers-Monde ? Voyages que la plupart d'entre nous envisagent comme des loisirs plutôt que comme une prise de conscience de la mocheté du monde.
Pas de fausse honte ni de culpabilité de circonstance, ni d'angélisme larmoyant. À la "conscience concernée" en bandoulière, autre forme de l'arrogance occidentale, substituons le bon sens toujours en éveil. En clair, un bonbon donné avec du coeur et de l'amour à un gosse fera toujours moins de dégât qu'une attitude distante, adoptée "pour son bien". Car, au fond, qu'est-ce qui est le plus scandaleux : notre passage, dont il ne faut pas nier les répercussions parfois dramatiques, ou notre insensibilité face aux êtres rencontrés, aux situations vécues ?
Notre présence physique n'est-elle pas rendue plus insupportable par notre absence intérieure ?
- P. L. -


jeudi, 10 septembre 2009 10:18

Tourisme en milieu polaire : des voyageurs responsabilisés

Tourisme en milieu polaire : des voyageurs responsabilisés.

L'association "À Pas de Loup" (48 av. Felix Faure, 75015 Paris) a été créée en 1994 par des naturalistes comme centre de réflexion et d'information sur la faune et les zones naturelles d'intérêt écologique, notamment les régions polaires, ainsi que sur les moyens de les connaître et de les protéger. Un de nos sujets de réflexion est le tourisme polaire qui est un phénomène qui doit se développer de façon responsable et durable, sans culpabilisation excessive, afin d'optimiser cette activité pour le bien des visiteurs, ainsi que des visités et de leur environnement.
Voici un extrait des actes du 3e colloque international sur "l'Ecotourisme polaire" organisé par l'association "Étude des touristes en Antarctique" durant la saison 1993/94.

Résultats de l'enquête sociale
Fréquentation de la Péninsule et de Hannah Point (île Livingston, Shetland sud) en bateau et visiteurs. Cette année là, onze bateaux ont été enregistrés par la NSF dans les eaux de la Péninsule contre neuf l'année d'avant.

Motivations des visiteurs
Les premiers visiteurs de l'Antarctique étaient des passionnés, des naturalistes, des fous d'oiseaux. Désormais, plusieurs types de croisiéristes s'y retrouvent avec des motivations parfois inattendues.
Les uns viennent car ils ont atteint la soixantaine et ont parcouru tout le reste du monde. Ils ont regardé des brochures et ont cherché le produit original, la destination qu'ils n'ont pas encore faite. Ce sont les blasés.
D'autres, souvent plus jeunes, sont attirés par les destinations bizarres, anormales, extraordinaires et se sont décidés sur une publicité qui leur promettait de faire autre chose que les autres touristes. Ce sont les non-conformistes.
D'autres encore sont des habitués des croisières et ont choisi l'Antarctique comme ils auraient choisi les Caraïbes, où ils sont déjà allés. Ce sont les croisiéristes. Ils viennent pour le confort du type de voyage "croisière", pour la société, l'assis tance permanente et les loisirs à bord.

Observation d'un même groupe de touristes sur les sites divers
J'ai pu observer les conduites des quelque 400 passagers du "Marco Polo" de façon systématique sur des sites de débarquement divers et variés.
Répartition spatiale :
Pour les six débarquements, les principaux types de déplacement ont été de :
- se diriger vers les fortes concentrations animales;
- suivre les itinéraires recommandés et les chemins artificiels tracés;
- se disperser s'il n'y avait pas d'itinéraire visible ou recommandé. Les visiteurs allaient alors n'importe où sans comprendre et sans avoir de réflexion intelligente par rapport aux réactions animales.
Si l'itinéraire recommandé par les guides ne rapprochait pas assez les visiteurs des animaux ou si l'espace de visite autorisé obligeait à une trop grande densité de visiteurs et ne nécessitait que peu de déplacements, alors ils sortaient de l'espace recommandé et prenaient des initiatives ou s'inclinaient de façon disciplinée mais étaient vite saturés et rentraient sur le bateau. Peu restaient en groupe, mais si le guide donnait des explications, ils étaient très intéressés et avides d'informations et de conseils de conduite s'ils étaient désorientés par l'absence de direction évidente.
Y-a-t-il eu violations des codes de conduites ? :
Le comportement des visiteurs était globalement respectueux du milieu naturel qu'ils rencontraient. Ils étaient impressionnés par l'environnement et semblaient avoir en mémoire les multiples recommandations, lorsqu'ils en avaient eues. La plupart donc, observait les distances recommandées, soit par discipline, soit par sensibilité envers la nature, mais les visiteurs ne se préoccupaient pas du piétinement des lichens et des mousses, et ne réagissaient pas forcément au comportement animal. Ils semblaient parfois indifférents par inattention, souvent par méconnaissance des réactions animales.
Lorsque les distances n'étaient pas respectées, il s'agissait d'une part, des approches conscientes par les preneurs de photos et d'autre part, des transgressions inconscientes par les marcheurs aveugles et sourds à leur impact et au danger qu'ils couraient parfois avec les otaries.
Enfin, certains suivaient bêtement les silhouettes devant eux, se préoccupant plus des cailloux sur lesquels ils posaient les pieds que de l'environnement général.

Conclusion
Malgré tout, les touristes en Antarctique ont un comportement particulièrement responsable comparativement au tourisme organisé dans des régions plus clémentes. Certains comportements inadaptés peuvent être améliorés par les conférences d'information et la disponibilité de guides compétents, ainsi que par une diminution de la taille des groupes et l'augmentation de la durée des visites.
Le tourisme n'a que très peu d'impact actuellement, mais il est à risques et si des réglementations sont difficiles à mettre en place du fait du statut international de l'Antarctique, les codes de conduite des voyagistes, les labels et les chartes sont à encourager pour que la qualité et la durabilité soient les critères de développement du tourisme en Antarctique.
- L. G. (chercheur et consultante en éco-tourisme) -





jeudi, 10 septembre 2009 10:18

Népal : savoir vivre, savoir voyager

Népal : savoir vivre, savoir voyager.



Le Népal, en 1970, recevait 46 000 visiteurs. En 1991, 300 000 touristes se rendaient dans ce pays himalayen (400 000 en 2000 NDLR). La beauté des paysages, l'accueil des habitants expliquent cet engouement justifié; mais le développement du tourisme ne va pas sans susciter des nuisances dommageables aux Népalais et à leur cadre de vie.
Vous allez découvrir un peuple dont les valeurs, les religions, les coutumes, le mode de vie sont profondément différents de notre univers et parfois déroutants pour nous, Français.
Cette rencontre soudaine entre deux cultures nous fait adopter, par ignorance ou distraction, un comportement dont les multiples conséquences n'apparaissent jamais au voyageur de passage.
Nous souhaitons vous faire profiter de notre connaissance du Népal et mettre ici en relief certains aspects de la vie népalaise. Les Népalais sont naturellement accueillants, mais l'usage de quelques règles du savoir-vivre népalais vous permettra de créer des liens privilégiés.
Pour être respecté il faut être respectable.
Il est de bon goût d'adopter des vêtements plus conforme à la "mode népalaise" qu'à un séjour estival sur la Croisette.
Dans la Vallée de Kathmandou et en trekking vous serez au contact de la population, laborieuse et amicale. Le plus grand service que vous pourrez lui rendre c'est de ne jamais rien distribuer, pas de stylos, ni de bonbons, ni de roupies... rien. Encourager la main tendue par des aumônes inopportunes, c'est bien souvent, en fin de compte, se faire plaisir et cela n'a jamais résolu les problèmes. Donner, c'est inciter les enfants à faire la manche, activité plus lucrative et plaisante que la fréquentation de l'école. Les gosses grandissent, le sourire ne fait plus recette, ils rackettent les plus petits : voie ouverte vers la délinquance... Privilégiez plutôt les dons aux écoles ou aux associations qui travaillent sur place, elles connaissent parfaitement les besoins réels de la population.
Il est fréquent d'être sollicité pour des soins médicaux (médicaments pour le mal de tête, mal de ventre...). Seul un médecin pouvant assurer un diagnostic et un suivi médical peut répondre à cette demande. Il est prudent de s'abstenir de toute distribution de médicaments ("Doctor Hoïna": je ne suis pas docteur !).
Être visé et mitraillé à chaque détour de chemin par des bataillons d'étrangers n'encourage pas les relations amicales. Demandez toujours l'autorisation avant de "prendre" un Népalais en photo. Et si on vous demande un bakchich c'est la preuve que des mufles sont passés avant vous, refusez poliment et renoncez à votre cliché. Si vous promettez une photo, envoyez-la ou équipez-vous d'un Polaroïd.
La nature en Himalaya est aussi fragile que celle de nos campagnes françaises, elle n'est pas faite pour digérer les déchets. Beaucoup de Sirdar ont pris conscience des problèmes d'environnement, pas tous, aussi une attitude éducative sera certainement profitable.
Le Népal et les Népalais vous accueillent, vous vous sentirez certainement "chez vous" mais souvenez-vous que vous êtes chez eux. L'enrichissement que vous retirerez de votre voyage sera à la hauteur de votre respect de la population et de son milieu naturel environnant.
Bon voyage. !

- Brochure "Voyager au Népal" de l'association Népal-France (55 Bd de Charonne, 75011 Paris) -
jeudi, 10 septembre 2009 10:17

Voyage ethnologique : le tourisme qui tue

Voyage ethnologique : le tourisme qui tue.

Les questions, parfois inconscientes, de quelques voyageurs peuvent soulever le problème de la destruction au niveau culturel d'ethnies à cause d'un tourisme confronté à des populations dites "primitives" dans certains coins reculés de la planète.
"Tout le monde le fait" m'a répondu mon interlocuteur qui m'interrogeait sur les populations Nilotiques et Omotiques du sud de l'Éthiopie alors que je lui déconseillais un périple dans cette région. Voilà bien une réponse qu'on ne devrait pas entendre d'un vrai voyageur à qui je n'ai pas osé rappeler la légende des moutons de Panurge.
Avant d'entendre cette conclusion contestable, j'avais cherché à savoir si mon interlocuteur voyageait en organisé ou en individuel.
Je commençai par parler des premiers : "Il y a les voyages en groupe que proposent certaines agences françaises ou locales qui disent faire du tourisme ethnologique".
En quoi consiste ce type de tourisme dans cette région du sud-ouest éthiopien ? Comme le précisait une de ces agences parisiennes "c'est un voyage d'aventure et ethnologique de deux semaines. Vous faites 3 000 km en voiture confortable et un tel voyage ne demande pas d'effort". Je n'ai pas de peine, pour les avoir vues, à imaginer les 4 x 4 Toyota Landcruiser, parfois climatisées, transportant les tentes avec moustiquaire, le cuisinier et l'accompagnateur qui vont conduire dans ces "bulles" des gens souvent incapables de voyager autrement que "sans effort".
Peut-on parler de voyage et de contact pour ces Tintins en Afrique qui ne savent ni marcher ni communiquer, qui sont incapables de s'adapter un minimum pour survivre ?
On est à mille lieues dans de tels voyages de penser à la protection de ces populations. On est à mille lieues de personnes qui, comme Jean Malaurie au travers de livres, font parler les ombres et prennent la défense des minorités.
La motivation de ces voyageurs pour aller voir des populations dites primitives est souvent peu claire voire ambigüe. Le sud Soudan est en guerre civile et connaît un génocide dont personne ne parle depuis des années. Le sud ouest éthiopien est devenu depuis le départ de Mengistu un de ces zoos humains que les agences de voyages vendent sans scrupule à des touristes argentés et voyeurs. C'était en fait, derrière sa casquette de globe-trotter, le cas de mon interlocuteur.
On se rend facilement compte de l'aspect néfaste de ces publicités souvent magnifiques qui ne font qu'inciter plus de photographes ou cinéastes - amateurs ou non - et voyageurs à venir à leur tour faire des reportages.
Commentaires de plusieurs voyageurs français passant dans les villages karos du sud de l'Éthiopie visités par le Narcisse de l'aventure et son équipe début 1996 : "plusieurs millions de francs permettent de laisser beaucoup d'argent aux Karos pour qu'ils se prêtent au jeu des caméras. Cela coupe court aux traditionnels et longs palabres indispensables à toute entente et nécessaires à toute rencontre, notamment lorsque des étrangers se présentent à l'entrée d'un village."
Posons-nous la question en essayant d'être objectif : "Qu'en retirent les voyageurs et qu'en retirent les autochtones?".
Les voyageurs en rapportent au mieux des photos, (qui n'ont aucune valeur dans les agences d'illustrations), des films vidéo amateur (qui non montés à 90 % ennuieront par leurs longueurs les proches, sans parler de leur effacement au fil des ans), des expériences personnelles à raconter, le plus souvent pour se moquer ou s'apitoyer ("Les pauvres, la veille de notre passage, dans l'Omo, un crocodile a mangé un enfant" nous a raconté le guide), voire parler de choses qu'on n'a pas vues mais que l'accompagnateur raconte pour faire vibrer ses clients ("Là où on a fait notre camp, ils (?) venaient de castrer un ennemi car il y avait une guerre tribale") (entendu à l'aéroport d'Addis Abeba).
Mais qu'en retirent les autochtones ? Des inconvénients, des miettes, des microbes ou de mauvaises habitudes qui vont provoquer leur acculturation voire leur anéantissement.
Ces voyages dits ethnologiques sont organisés à partir de nos pays riches, relayés sur place par des agences locales, généralement de la capitale du pays. Celles-ci ont décelé un marché et exploitent moyennant finances les instincts voyeurs de nombre de nos contemporains sans que les populations dites primitives aient leur mot à dire.
L'argent de la mendicité devient vite alors pour les autochtones l'unique objectif et consolation du passage des Blancs. Dans le sud éthiopien et dans la vallée de l'Omo, dès que vous mettez l'oeil dans votre viseur vous entendez maintenant "Farandji give me one dollar" .
Ce genre de contact fait non seulement du voyageur un voyeur, mais transforme rapidement l'autochtone en mendiant !
Les peuplades qui à travers le monde ont disparu ces derniers siècles sont nombreuses. Faudra-t'il ajouter le tourisme comme cause de nouvelles disparitions ?
Citons pour mémoire les populations exterminées par les conquistadores espagnols, victimes autant de leur microbes que de leurs armes, les aborigènes de Tasmanie, les Indiens d'Amazonie dénoncés par Lucien Bodard et d'autres dont les massacres continuent. Dans "Nouvelles menaces sur les Indiens" (Courrier International du 14 juin 1995) parmi les menaces soulignées : maladies, déculturation, tourisme, racisme, chômage, construction de routes, manoeuvres militaires, sectes religieuses, chercheur d'or, guérilla, trafic de drogue, invasion des terres, déboisements, industries extractives, génocide, pauvreté, etc.
La liste en est dramatiquement longue.
Pour donner une image forte capable de faire réfléchir nos amis globe-trotters sur ce thème, "l'arrivée de touristes, porteurs potentiels de maladies contre lesquelles les autochtones ne sont pas immunisés est aussi grave que ces cadeaux empoisonnés ou infectés que, il n'y a pas si longtemps - et peut-être encore aujourd'hui - certains grands propriétaires brésiliens larguaient de leurs petits avions aux Indiens amazoniens pour les exterminer".
J'aimerais inciter ces voyageurs à voir et revoir avant de partir le célèbre télé-film "La controverse de Valladolid" avec le remarquable texte de J-C Carrère sur l'attitude de l'église qui s'interrogeait pour savoir si les indiens pouvaient être considérés comme humains. C'est une question toujours d'actualité tant les rapports touristes/autochtones chez des populations dites primitives sont ambigus.
Mais le problème le plus important reste celui de la maladie véhiculée par le touriste et du paludisme en particulier. Cette maladie connaît une très forte recrudescence dans le monde. Deux millions de personnes, principalement en Afrique en meurent chaque année. Dans bien des endroits, le paludisme a évolué et est devenu résistant à nos plus récents médicaments, à cause justement, paradoxe de l'histoire, du passage des touristes prenant un traitement anti-paludéen, lui-même parfois dangereux pour les touristes.
Et comment pourront être soignés et sauvés ceux qui aujourd'hui déjà n'ont pas les moyens de s'acheter les médicaments de nos trusts pharmaceutiques ? Les cyniques parleront de sélection naturelle !
Chaque année, le paludisme fait disparaître plusieurs milliers de personnes en Éthiopie...
On peut même imaginer qu'au moment où les touristes sont douillettement installés à regarder les photos de leur "aventure" des autochtones rencontrés meurent faute de médicaments appropriés.
Le fait d'avoir payé son voyage ne justifie pas tout et une telle inconscience est tout simplement criminelle.
Ma conclusion et mon point de vue : si vous n'êtes pas capable vous-même de vous faire indigène, FICHEZ-LEUR LA PAIX !
- R. -
jeudi, 10 septembre 2009 10:17

Humeur : moins d'humanitaire, plus d'humanité

Humeur : moins d'humanitaire, plus d'humanité.

Voyageurs, méfions-nous d'être à l'égal de Séraphin Lampion qui adore raconter ses voyages à qui ne veut pas les entendre. Même pour la bonne cause, à savoir l'humanitaire où trop de paumés ont trouvé refuge pour tenter de résoudre leurs problèmes avant de pouvoir résoudre ceux des autres. Ils ignorent trop souvent que ce n'est pas en changeant de décor qu'on change de peau.
J'ai longtemps appartenu à des organismes humanitaires chargés de la défense des minorités ethniques, afin sans doute de vouloir - plus ou moins consciemment - préserver leur pureté originelle, les maintenir dans un "milieu proche du zéro de température historique", pour reprendre le langage levi-straussien. Depuis que je verse dans l'anthropologie, je sais que la notion d'ethnie est un concept flou qui permet à des bataillons de thésards de faire leurs gammes, et que les peuples dits primitifs ne sont souvent que des débris de groupes étatiques.
De retour en France après une expatriation de dix ans, je me suis alors demandé pourquoi l'altruisme se complaisait dans la distance. Voyageurs, ne sommes-nous pas plus sensibles à la misère exotique véhiculée par le petit écran qu'à celle plus immédiatement tangible ? Il y a plus de commisération pour l'autre distant que pour notre prochain quotidien.
Alors, si l'aventure porte en elle sa propre justification, force est d'admettre qu'il est difficile de se contenter de cette formule en période de vaches maigres. L'actualité télévisée nous a habitués aux actions humanitaires trop brillamment illuminées sous les salves de spots. Pourquoi alors ne pas se joindre à cet élan spontané et désintéressé ? Donnons-nous, à notre tour, bonne conscience en ajoutant à l'aventure l'épithète "utile". Conjuguons aventure et sens de l'humain. Et puis, ce sera peut-être l'occasion d'effectuer un reportage photographique bouleversant qui se vendra à prix d'or.
Toute histoire a sa morale. Le scepticisme a cette vertu qu'il exige un certain désir de ne pas s'en laisser conter. Le grand abus de l'humanitaire, c'est de prendre des convictions - sincères ou construites - pour des certitudes. C'est au nom de l'humanitaire qui n'utilisait pas encore ce mot que des missionnaires et des impérialistes ont colonisé le monde et acculturé des peuples. Les mots changent mais la vanité de l'homme perdure. Développons l'esprit critique avant d'assurer le service après-vente de la décolonisation.
- T. M. -


jeudi, 10 septembre 2009 10:15

Birmanie, l'éveil au tourisme

Birmanie, l'éveil au tourisme.


La Birmanie (Myanmar) est un cas particulier mais intéressant car on ne peut pas à proprement parler de méfaits du tourisme dans ce pays.
Et pour cause, avec un accès en avion obligatoire, un visa de deux semaines maxi, un circuit restreint et extrêmement balisé, les touristes furent si peu nombreux jusqu'en 1994 que le pays a été relativement épargné.
Pourtant 1996, l'année du tourisme en Birmanie qui débute le 18 novembre nous dévoile une réalité a priori sordide.
En effet, le pouvoir en place prépare le terrain au tourisme international. Cela n'est pas compliqué, il suffit de regarder les autres pays touristiques pour comprendre ce que désire le tourisme de masse. Et le peuple birman subissant déjà une dictature redoutable doit maintenant subir une nouvelle forme d'autorité, de domination : offrir sa force de travail afin que l'état et les gros investisseurs engrangent les alléchantes recettes touristiques.
Les citations suivantes sont extraites des brochures :
- Birmanie : le guide alternatif (Association Transverses : 7 rue Heyrault, 92100 Boulogne)
- Peuples en marche numéro115 (10 rue Lanterne, 69001 Lyon)
- Info Birmanie (14 passage Dubail, 75010 Paris)

"Les investissements massifs consacrés aux infrastructures touristiques entraînent un manque à gagner incalculable pour les autres secteurs de l'économie. À commencer par la population birmane elle-même."
"Par exemple, à Rangoon, les nouveaux hôtels sont dotés d'eau courante chaude et froide et d'électricité 24 heures sur 24, alors que la population doit s'approvisionner dans des puits publics et que l'électricité reste un luxe. À cela, il faut ajouter que jusqu'à 60 % des revenus liés au tourisme quittent le pays pour financer l'importation de produits nécessaires aux besoins et habitudes de consommation des touristes. Et bien entendu, ce sont les grandes chaînes hôtelières et les grandes compagnies aériennes qui tirent les plus grands profits de l'industrie du tourisme, non le pays et encore moins la population".
"Autre conséquence, des atteintes aux sources de revenus des populations. Par exemple, dans l'État Shan, la junte s'apprête à construire un barrage sur le fleuve Biluchaung pour offrir aux touristes un paysage vert et alléchant, même en saison sèche. Dès lors, les minorités résidentes Intha et Pa-Oh craignent de voir leur récolte de riz se réduire comme peau de chagrin".
"Déjà en avril 1990, les 5 200 habitants de Pagan, l'un des plus grands centres d'intérêt de l'Asie du Sud-Est qui vivaient depuis des générations autour des pagodes et stupas historiques, furent obligés d'empaqueter leurs maigres biens et de déménager à une trentaine de kilomètres de la ville, dans une zone de terre aride dépourvue d'abris ou d'équipements élémentaires. Le SLORC* se borna à verser à chaque famille la somme de 250 Kyats (2,50 US $) en guise de dédommagement".
"C'est la même politique qui est appliquée à Rangoon ou dans des villages se trouvant à proximité de sites historiques, comme à Mandalay, Taungyi ou à Maymo. À ces déplacements de population s'ajoute une politique systématique d'assainissement de sites destinés au tourisme. La population est donc appelée à fournir du travail "volontaire" pour réparer les routes, en construire des nouvelles ou pour ravaler les façades des palais..."
"La population est d'ailleurs "invitée" à la mise en place d'infrastructures qui serviront de manière indirecte aux touristes. L'un des projets les plus tristement célèbres est celui de la construction d'une ligne de chemin de fer de 170 km de long reliant Ye à Tavoy, entreprise depuis octobre 1993. Ce projet facilitera l'accès des touristes à la pointe méridionale de la Birmanie, mais il fait aussi partie de la construction d'un gazoduc, sous la responsabilité de Total. Sur ce chantier, 120 000 personnes furent recrutées de force. Un article du Sunday Telegraph du 27 juillet 1994 estime qu'entre 200 et 300 personnes y sont mortes de maladies et d'épuisement".
"Aung Sang Suu Kyi, prix Nobel de la paix 1991, faisait part à des journalistes thaïlandais de sa désapprobation face aux hôtels qu'elle voit se construire où qu'elle aille. Et d'ajouter qu'elle préférerait voir de nouvelles écoles, de nouveaux hôpitaux, de nouvelles crèches, de nouvelles bibliothèques. Selon elle, c'est au développement de l'Homme qu'il faut penser, et non pas uniquement à l'économie dans son sens restreint qui ne s'exprime qu'en termes d'investissements, d'hôtels et de nombre de touristes".
"En mai 1995, le National Coalition of the Union of Burma (NCGUB), le "gouvernement en exil" installé à Washington, a clairement exprimé sa position à l'égard de l'année du tourisme. Il estime que lorsque la démocratie sera à nouveau instaurée et que les gens seront libres, les forces démocratiques de Birmanie accueilleront les visiteurs étrangers à bras ouverts. Pour l'instant, il est trop tôt pour se précipiter en Birmanie".
Entre une junte militaire qui s'accroche au pouvoir toutes griffes dehors, une opposition valablement élue bafouée par les militaires et des lobbies industriels et commerciaux étrangers se servant de l'une ou de l'autre comme levier en vue de conquérir ce nouveau marché, le peuple birman est sévèrement tourmenté.
Cela dit, d'un point de vue strictement touristique, si les Birmans voulaient ouvrir leur pays au tourisme international, avec ou sans gants, avec une carotte ou un bâton, il fallait en arriver là, hélas !
Car ce sont nos exigences de touristes qui imposent cette réalité. La Birmanie sera victime de la mode occidentale qui nous pousse ouvertement ou implicitement à nous y précipiter.
D'une certaine manière nous, touristes, en sommes également victimes par notre disponibilité à la manipulation, notre manque de discernement, notre versatilité. Et maintenant on nous explique que nous tenons la clé de la réussite ou de la catastrophe ! Quelle responsabilité d'un seul coup !
Et bien prenons-là : évitons les phénomènes de masse, de mode, de précipitation hystérique, apprenons à comprendre les différences culturelles et à nous satisfaire des structures ordinaires du pays visité. L'échange humain en sera d'autant plus grand et les souvenirs aussi.
- D. W. -

* Le SLORC : organe dirigeant de la junte militaire au pouvoir, malgré la victoire de la ligue démocratique de Aung San Suu Kyi qui remporta 82 % des sièges lors des élections générales en 1990.





jeudi, 10 septembre 2009 10:15

France-Inde : l'effet miroir

France-Inde : l'effet miroir.

France-Inde : l'effet miroir

L'Inde : multi-culturelle, pluri-religieuse, étonnamment bien ancrée dans la démocratie, admirée pour ses contrastes de traditions et de modernité, ouverte au tourisme, attire le voyageur. L'Inde, comme la France, fait partie des grandes destinations touristiques enrichissantes.
Bénares (Varanasi) est située sur la rive gauche du Gange. Chaque hindou désire, au moins une fois dans sa vie, pouvoir se laver de ses péchés dans ce fleuve sacré ou mieux encore : terminer son existence et être incinéré sur les bords du fleuve.
Les Ghats : sorte de grands quais en escaliers bordant le fleuve. Il s'en dégage une atmosphère étonnante, une étrange fascination qui vous conduit à observer toutes ces pratiques de purification par l'eau et par le feu. Nombre de voyageurs, bardés d'appareils photos et camescopes s'approchent au plus près pour immortaliser ces instants.
Des bateaux chargés de touristes mitraillent les ablutions rituelles. Des groupes ou touristes isolés déambulent sur les ghats et font des gros plans sur le bûcher, le défunt ou les familles dans le recueillement.
Portraits typiques de femmes et d'hommes aux visages sereins malgré la douleur.
Parfois un rictus saisi au hasard ou l'expression d'un visage plus sensible, plus émotif et l'on sait à l'avance que cela fera une bonne photo.
La France : multi-culturelle, pluri-religieuse, étonnamment bien ancrée dans la démocratie, admirée pour ses contrastes de traditions et de modernité, ouverte au tourisme, attire le voyageur.
Notre pays fait partie des grandes destinations touristiques enrichissantes.
Notre ville, notre quartier fait partie d'un circuit touristique. Des bus de touristes viennent d'Asie, d'Afrique même pour flâner quelques instants avant d'assister à l'attraction principale : une cérémonie particulière qui se déroule lors d'un enterrement. Bardés d'appareils photos et de camescopes, ils font de gros plans sur les visages des familles endeuillées. Le cercueil est mitraillé par les flashes qui crépitent. L'activité économique tourne bien grâce à cet apport de devises. Les touristes sont généreux et donnent même de l'argent aux enfants qui font la manche (depuis qu'ils ont cessé d'aller à l'école pour préférer l'argent facile). De nombreux artisans se sont reconvertis dans cette nouvelle économie touristique en organisant (en relation avec les tours-opérateurs) des simulacres de funérailles, des spectacles aussi réalistes que possible malgré tout.
Tout se passerait bien s'il n'y avait quelques incidents avec des adolescents qui rackettent les plus jeunes en les obligeant à voler certains touristes, un peu trop crédules et tête en l'air, il est vrai. On espère que ce n'est pas le prélude à de futures luttes mafieuses dans la région.
Certains experts prédisent que dans dix ans, vingt ans, trente ans peut-être, le tourisme, lassé de cette attraction devenue folklorique, se détournera de notre ville et laissera une économie en ruine car il n'y aura plus d'artisans ni d'industrie... à moins que les étrangers n'investissent de gros capitaux et dirigent l'économie locale.
Rassurez-vous, relaxez-vous. Aucun bus asiatique ou africain ne vient dans notre ville. Ce n'était qu'une fiction stupide, une plaisanterie de mauvais goût. Nos funérailles n'ont rien de particulier, notre économie locale se porte bien et tous nos enfants sont scolarisés.
Au fait, vous pouvez me rappeler où vous partez en vacances cette année ?
- D. W. -



jeudi, 10 septembre 2009 10:14

Pérou : la vie tranquille des Taquiles

Pérou : la vie tranquille des Taquiles.

Lors d'un voyage au Pérou, j'ai visité l'île de Taquiles sur le lac Titicaca. Son organisation touristique me semble intéressante au regard d'autres exemples d'îles touristiques dans le monde.
Depuis 1970, les Indiens Taquiles gèrent les activités économiques et touristiques de leur île afin de sauvegarder leurs traditions face à l'afflux des visiteurs.
Le tourisme a été introduit à Taquiles par les habitants de Puno qui, dotés d'un sens du commerce développé, ont commencé à amener des visiteurs sur l'île. Les insulaires ont alors mis en place un système exclusif de navettes de manière à contrôler le nombre de touristes qui débarquaient chaque jour dans l'île ainsi que leurs activités.
Une fois arrivés, les touristes sont pris en charge par la coopérative qui leur octroie une chambre chez l'habitant. Le nombre de touristes est donc limité au nombre de chambres disponibles.
Les habitants de l'île ont refusé avec beaucoup de bon sens la construction d'un hôtel de luxe sur l'île sachant que cela signifierait très vite la mort de leur esprit communautaire.
Ils ont pu conserver leur mode de vie, bénéficier de l'apport touristique malgré ou grâce aux conditions de confort rudimentaire : pas d'eau courante, pas d'électricité, pas d'auto, même pas de vélo : le rêve !
- D. W. -
jeudi, 10 septembre 2009 10:14

Bretagne : Iles contre "Ils"

Bretagne : Iles contre "Ils".

Ou quand les touristes perturbent gravement la vie des îles bretonnes.
En tant que professionnel du développement économique du tourisme en Bretagne, j'en mesure aussi les retombées néfastes. Bien qu'il m'ait été plus souvent demandé d'exprimer les aspects positifs du tourisme que ses effets pervers, je ne me dérobe pas à la réflexion en prenant l'exemple des îles bretonnes autour desquelles je navigue régulièrement.
Sauvées du dépérissement par l'essor du tourisme estival, les îles du Ponant (d'Aix à l'archipel de Chausey) risquent aujourd'hui de sombrer corps et biens sous la pression des spéculateurs et des excursionnistes de tous bords !
Nécessairement concentrée sur un espace limité et stupidement restreinte dans le temps, la fréquentation touristique de nos îles engendre à peu près toutes les nuisances qu'on trouve ailleurs sur le monde.
Faudra-t'il instaurer un numerus clausus comme à l'université ? Va-t'on sélectionner (par l'argent ?) l'invité sur l'île ? Faudra-t'il aussi un visa de débarquement ? Que sais-je encore... Les îles bretonnes ont perdu presque complètement leur activité agricole et de pêche. L'explosion du tourisme a tellement dopé le marché foncier et immobilier que les îliens ne peuvent plus construire ni se loger à un prix raisonnable. Le coût de la vie, au large, se trouve majoré de 10 à 20 % selon les produits.
Voilà des conséquences néfastes du tourisme qui accélèrent encore l'exode insulaire. Le travail saisonnier perturbe l'économie et l'équilibre social des îles et l'on spécule sur tout : le climat, la main-d'oeuvre, les stocks de marchandises
L'élimination des déchets ménagers, comme l'alimentation en eau potable posent des problèmes graves. Il faut surdimensionner les équipements publics : poste, transformateurs électriques, etc. Certes les îliens s'accommodent assez facilement de la fréquentation des baigneuses en culotte ficelle portée même au marché le dimanche matin... Les rues étroites de Palais à Belle-île, laissent tout juste passer les grosses berlines allemandes... Nos crêperies ouessantines garnissent les galettes de sarrasin avec une "jelly" made in England... Si tel est le goût de l'estivant....
Justement, parlons-en des relations entre l'autochtone et le visiteur : certains se comportent en fieffés colonialistes qui appliquent sans vergogne le précepte des navigateurs arabes qui bourlinguaient entre la Négritie et la Chine : voyager, c'est vaincre !
Or, c'est oublier un peu vite que si la civilisation des îles bretonnes remonte au moins à l'âge de pierre, leur population engendre aussi des ingénieurs et des agrégés, comme ailleurs. Aussi se fatigue-t'elle vite de la désinvolture ostentatoire des excursionnistes d'un jour, vêtus d'un tricot marin pour faire couleur locale.
La pollution morale, directe ou réactive, me semble plus grave encore que l'inflation qui pèse sur la bouteille d'eau minérale.
Les îliens que je connais et que j'aime finissent par demander de conduire chez eux des voyageurs éveillés et donc respectueux. Pas des masses de tou-tou-ristes profanateurs.
Bien que le tourisme ait été désiré par les îliens et ait sauvé l'économie locale chancelante, aujourd'hui la réalité fait basculer cet essor économique en crise culturelle et morale dont personne ne voit l'issue.
Pour nous, tourisme de masse et tourisme de qualité sont antinomiques. Une fois de plus c'est l'excès qui est nuisible tant du côté de l'offre que de la demande.
- F. M. -





jeudi, 10 septembre 2009 10:14

Réunion : si les touristes volaient...

Réunion : si les touristes volaient...

Parmi les reportages que propose la télévision, nous pouvons apprécier les superbes vues aériennes de volcans, lacs de montagnes ou lacs de cratères tournées par l'équipe d'Okavango. Même si nous déplorons le côté voyeur, frimeur, envahisseur, nouveau colon.
Que penseriez-vous si des centaines, des milliers d'adeptes de ce genre de reportage, poussés par le désir irrésistible du mimétisme, se métamorphosaient l'espace de quelques instants en petits Nicolas Hulot de pacotille ? Si des dizaines d'hélicoptères tournaient, vrombissaient chaque jour dans le ciel autour de ces sites merveilleux ?
Je reviens d'un voyage à l'île de la Réunion.
Un matin, au réveil, j'ai ouvert la fenêtre de ma chambre d'hôtel pour admirer l'Océan Indien. À mon grand étonnement, j'ai découvert un océan vide. J'ai eu beau scruter l'horizon : rien en vue.
Aucune embarcation digne de ce nom hormis les coques de noix plastifiées des rares plagistes barbotant dans un lagon miniature. Dans une petite crique abrupte au fond couvert de sable volcanique gris, j'aperçus quand même une dizaine de modestes barques de pêche. C'est tout. Aucun cargo au large traçant sa route maritime, aucune silhouette lointaine se dirigeant vers l'Afrique orientale, Madagascar, les Indes ou l'Australie. Nulle voile blanche gonflée par les alizés, rien : un désert liquide je vous dis. Un océan sans bateaux, c'est comme un désert sans vie. Où sont passés les capitaines, les flibustiers, les écumeurs de mer d'antan ? Volatilisés dans les abysses de l'histoire.
Si l'océan Indien autour de la Réunion est bel et bien dépeuplé, le ciel de l'île en revanche est devenu le dernier salon où l'on cause. Chaque jour des ribambelles d'hélicoptères embarquent des flots de touristes réjouis de survoler les trois grands cirques montagneux - Mafate, Cilaos et Salazie - qui forment les plus somptueux paysages du centre de l'île. Les hélicos achèvent généralement leur zap aérien par un virage magistral au-dessus du Piton de la Fournaise, monstre sacré culminant à 2 632 m, puis reviennent à leur point de départ. Cette balade de 45 mn coûte environ 1 300 F par personne.
Voir les cirques et les volcans de la Réunion d'une cabine d'hélico a quelque chose de grandiose. C'est indéniable. Mais personne n'a encore songé aux nuisances sonores qu'entraînent ces survols intempestifs.
Ce jour-là, je buvais un café chez un réunionnais rencontré par hasard au bord de mon chemin. Nous avions sympathisé et il m'avait cordialement invité à faire une pause dans sa case en tôle, en lisière de forêt. Il était 6 heures du matin. En une heure, plus de 20 hélicoptères sont passés au-dessus de nos têtes. Apocalypse now ? Non, un jour ordinaire ici dans les Hauts (nom usuel donné par les réunionnais pour désigner tout ce qui n'est pas littoral).
"Ce n'est rien, déplore mon hôte. En novembre 1995, j'ai compté plus de soixante passages d'hélicos en une seule matinée. Y compris les samedis et dimanches. Le premier vrombissement commence à 5h30 du matin et le vacarme dure jusqu'à midi. L'hélicoptère est une fatalité, on ne peut l'interdire. Mais nous commençons à en avoir marre".
À Mafate, avant le développement du tourisme aérien et l'invasion des hélicos, les cultivateurs cachés dans leurs champs de maïs, à 300 mètres de distance pouvaient se parler. Ils avaient l'impression d'être seuls au monde, inaccessibles, protégés des turpitudes de la "civilisation". C'était naguère le royaume du silence. Aujourd'hui, c'est le salon du Bourget dans un champ de canne à sucre. Les mêmes cultivateurs ne peuvent guère s'entendre à plus de 3 mètres ! Tristes tropiques !
Une pétition a pourtant été signée par les habitants de la région, victimes des nuisances sonores. Mais les autorités locales font la sourde oreille, n'osant pas intervenir dans ce commerce aérien pratiqué par une poignée de petites sociétés. Alors qu'il suffirait de fixer quelques règles très simples de survol, pour mettre un terme à ce tohu-bohu.
Quant à moi, j'ai toujours refusé ce genre de balade pour touriste fortuné, zappeur de grands espaces, pollueur par le bruit mécanique artificiel de leurs bulles à hélices tournoyant à la queue leu-leu dans un même et unique périmètre.
C'est à pied que les cirques de la Réunion doivent être explorés pour mieux apprécier les sons naturels ou le silence profond de ce site en osmose avec l'immensité de l'Océan Indien.
- F. N. -


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