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jeudi, 10 septembre 2009 10:13

Voyager à l'Est : des échanges pas d'assistance




Le verrouillage géographique qui a duré 70 ans pour l'ex-URSS et 50 ans pour les ex-démocraties populaires, a profondément marqué plusieurs générations, qui ont tendance aujourd'hui encore, à avoir une vision complètement déformée et idyllique de "l'Ouest" : les USA sont le paradis, où chaque famille possède une maison ultramoderne, une piscine, plusieurs voitures. L'Europe de l'Ouest est une terre d'asile toute proche, où l'on peut sans problème trouver un travail bien rémunéré et des conditions de vie idéales.
Le résultat de tout ceci est que beaucoup d'habitants des Pays de l'Est cherchent :
- soit à émigrer pour toujours dans l'une de ces régions riches dont ils refusent de voir les défauts (crise économique, chômage, exclus du système, services sociaux débordés, difficultés administratives insurmontables, etc.).
- soit à "grappiller" le plus possible tout et n'importe quoi, auprès des étrangers qui viennent chez eux : dollars, médicaments, parfums, vêtements, produits alimentaires...

Les voyageurs sont donc assaillis de demandes en tous genres et y répondent souvent de la plus mauvaise façon qui soit, en aggravant la situation. Certes, le tourisme n'est pas responsable de toutes les absurdités du monde, mais il peut facilement contribuer à les entretenir par de mauvais réflexes.
Quelques exemples :
Au fil de vos rencontres, vous serez sollicités dans un premier temps pour laisser votre adresse, puis pour envoyer une invitation en France (certificat d'hébergement de complaisance). Mais sous couvert de grands élans de générosité, faut-il donner de faux espoirs à des gens qui risquent fort de venir grossir les rangs des SDF ?
Faut-il priver les Pays de l'Est de leurs "cerveaux" dont ils ont tant besoin ? Lesquels seront d'ailleurs souvent employés à l'Ouest au-dessous de leur niveau de qualification : je connais plusieurs cas de médecins de l'Est, employés comme simples infirmiers ou ambulanciers dans les hôpitaux français.
On arrive ainsi à des situations absurdes; en 1991, dans un grand hôpital de la région du delta du Danube, il n'y avait plus un seul médecin roumain, ils étaient tous partis en Europe de l'Ouest ou aux USA. C'étaient des médecins belges et français venus avec des associations humanitaires qui soignaient les malades ! Cependant, si vous voulez aider quelqu'un, vous pouvez par exemple faciliter l'obtention d'une bourse d'études ou d'un stage de formation en faisant les démarches administratives pour lui, s'il souhaite acquérir des connaissances nouvelles, en vue de les utiliser dans son pays.

Faut-il donner des médicaments ?
C'est l'un des pires "services" que l'on peut rendre à quelqu'un en Europe de l'Est. Remplir son sac à dos avec le contenu de son armoire à pharmacie en se disant : "ça pourra toujours servir là-bas" est un acte d'inconscience, d'autant plus que vos médicaments ont toutes les chances de passer en marché noir et d'être utilisés n'importe comment. J'ai vu encore récemment sur un marché polonais, une femme qui vendait des médicaments présentés en vrac dans une caisse : antibiotiques, antidépresseurs, calmants .... sans notice, sans date de validité...
Que faire si l'on vous demande la charité ?
C'est le grand dilemme que nous retrouvons un peu partout dans le monde, y compris dans les Pays de l'Est, là où règne une misère noire. Il faut comprendre qu'il est des cas où on peut laisser parler son coeur sans porter atteinte à la dignité de l'autre. Mais si vous traitez les gens en "sous-développés", vous en ferez des assistés, qui n'auront plus avec les étrangers qu'une attitude de "main tendue" lorsqu'ils les verront arriver.

Ces différentes considérations amènent à poser le problème, beaucoup plus vaste, de ce qu'on appelle généralement "l'aide humanitaire". Il est vrai que lorsque l'on aime un pays, lorsqu'il vous apporte de multiples bonheurs en voyage, on a envie de faire quelque chose d'efficace pour l'aider, tout en le respectant.
Mais à qui donner pour espérer une bonne redistribution et comment insérer un voyage à travers l'humanitaire ?
Ma préférence va aux associations :
- qui affichent la plus grande transparence. Celles qui ont obtenu le "Prix Cristal de la Transparence" par exemple décerné chaque année à une grande association humanitaire par la Compagnie des Commissaires aux comptes. Ce prix donne des garanties bien plus importantes que le label "d'utilité publique".
- qui invitent les donateurs-voyageurs à passer voir comment l'action est menée sur le terrain. Il est parfois possible d'y rester quelques jours et de partager la vie du groupe, ce qui est mille fois mieux qu'une visite rapide.
- qui, de taille modeste en général, ont tissé des liens avec une collectivité dans le pays étranger, liens basés sur l'aide, bien sûr, mais dans une optique d'échange, de partage, de respect de l'autre et d'amitié mutuelle en donnant toujours une place importante à l'aspect culturel.

En guise de conclusion, et quitte à m'éloigner un peu de l'Europe de l'Est, je voudrais aborder un point qui me tient à coeur : la conception du voyage.
Nous sommes regroupés à ABM parce que nous refusons la logique des voyages organisés qui mettent des oeillères aux touristes pour qu'ils ne voient que ce qui enchante et jamais ce qui dérange.
Pourtant, j'ai parfois l'impression qu'il existe encore (chez le voyageur individuel NDLR) une conception "boulimique" du voyage, imprégnée de l'idée qu'il faut en faire le plus possible dans un minimum de temps et surtout, "ne rien rater".
Je crois que l'objectif du voyage n'est pas de courir pour tout voir, mais de prendre le temps de regarder, d'écouter, de comprendre. Pourquoi tant d'idées toutes faites circulent-elles sur tel ou tel pays ? Justement parce que ceux qui en sont à l'origine sont passés trop vite, n'ont retenu que des choses aperçues de façon fugitive, qu'ils ont "théorisées" ensuite, y compris dans des articles, des conférences...
Un voyage n'est pas une course contre la montre, ça ne se consomme pas, ça se construit. Voyager, c'est le contraire du Paris-Dakar, c'est savoir s'arrêter, parler avec les gens, leur dire qui nous sommes et pourquoi nous sommes venus. Bref, il faut créer l'échange et non pas venir en voleurs (d'images, de sensations...) ou en "bienfaiteurs" (en distribuant de l'argent et des cadeaux à tort et à travers).
Le voyage n'est pas une performance. C'est une aventure, que chacun peut vivre à sa façon (y compris en restant un an comme instituteur dans un village isolé en Haïti ou en passant Noël avec les enfants d'un orphelinat roumain). Aventure qui, pour avoir le droit de s'appeler VOYAGE, doit rester humaine.

- E. O. -


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