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mardi, 08 mai 2018 14:07

De retour en Colombie !


Dans le cadre de mon premier voyage en Colombie, 35 ans après mon adoption, j’ai pu visiter avec ma femme en 18 jours Bogota, Villa de Leyva, Medellin, Guatape, Carthagène, la partir Est du parc national Tairona (sur la côte Caraïbes) et la fameuse et mythique Cité Perdue (Ciudad Perdida) !

C’est donc cette dernière destination que je vais vous raconter car en tant que colombien d’origine, j’avais à cœur de découvrir cette ancienne civilisation précolombienne, fondée par les indiens Taironas au 2ème siècle. Située dans la Sierra Nevada de Santa Marta au Nord de la Colombie, longtemps protégée par la jungle à 1.300 mètres d’altitude, ce centre urbain précolombien appelé Teyuna par les indiens présente une spectaculaire architecture en terrasses ovales, d’édifices circulaires et d’un réseau de ruelles unique en Amérique du Sud.

Cette cité perdue a été découverte en 1976 par Luisa Fernanda Hererra, archéologue de l’Institut colombien d’anthropologie et d’histoire. Des trésors d’orfèvrerie ont été mis au jour et exposés aujourd’hui au musée de l’or de Bogota. La ville semble avoir été abandonnée à l’arrivée des conquistadors espagnols au XVIème siècle. Peu de temps avant l’arrivée des espagnols, les Tayronas avaient fondé une civilisation extrêmement évoluée, basée sur une organisation sociale et politique complexe, et sur des techniques d’ingénierie avancées. Ils vivaient sur les versants nord de la Sierra Nevada, où ils avaient établi des centaines de villages (de récentes études ont permis de localiser environ 300 villages tayronas). Du fait d’un relief très accidenté, ils durent ériger de nombreuses terrasses en pierre soutenues par de hauts murs pour y construire leurs maisons en bois et chaume. Les ensembles de terrasses étaient reliées entre eux par des escaliers et des sentiers en pierres.

La zone fut à un moment affecté par le conflit armé colombien entre l'armée colombienne, les paramilitaires d'extrême droite et les groupes de guérilla d'extrême gauche (FARC ou ELN). Le 15 septembre 2003, l'ELN kidnappa 8 touristes étrangers qui visitaient Ciudad Perdida, demandant au gouvernement des investigations sur des violations des droits de l'homme en échange des otages. L'ELN relâchera le dernier otage trois mois plus tard. Le groupe paramilitaire AUC s'autoproclamant protecteur de la région. L'Institut Colombien d'Anthropologie abandonna la zone après ces kidnappings et l'accès aux touristes fut restreint… En 2005, les parcours touristiques devinrent à nouveau possibles. L'armée colombienne patrouille activement la zone qui est à présent considérée comme sûre pour les visiteurs et où il n'y a pas eu d'autres enlèvements.

Désormais visitée grâce à quelques agences touristiques officielles depuis 10 ans environ (seulement 4 agences agréées pour entrer dans ce territoire), ce trek de 4 à 6 jours de marche est gardé par les indiens Kogis, descendants des anciens Taironas. Ils sont facilement reconnaissables par leurs tenues blanches traditionnelles, par leurs petites tailles et par leurs traits de visage spécifiques aux tribus indiennes de la région. Notre circuit organisé a été effectué avec le tour opérateur « Expotur » qui est la seule agence à mettre à disposition un interprète anglophone pour chaque groupe, en plus d’un accompagnateur local.
Elle propose des circuits de 4 à 6 jours depuis 10 ans et travaille avec des guides amérindiens qualifiés. Le circuit part de Santa Marta pour arriver au départ du trek dans le petit village d’El Mamey (Machete). Il faut marcher plus de 15km par jour et attendre 3 ou 4 jours de marche avant de gravir le légendaire mais très glissant escalier rocheux et ses 1.260 marches qui mènent au site et au niveau des premières des 170 terrasses que comptent la cité.

Le premier jour de marche est très éprouvant car il fait très chaud avec nos petits sacs à dos de 5 à 10kg. Il est fortement conseillé d’apporter le minimum mais il faut bien un peu de nourriture, d’eau et d’affaires de rechange… Le sac de couchage n’était pas indispensable par exemple. Les produits anti moustiques locaux ont été efficaces mais n’ont pas empêchés les nombreuses piqures de moustiques pendant le trek (surtout en bas des jambes !), de jour comme de nuit…

Nous partons avec un groupe de 10 personnes (dont des français, des danois et des hollandais) + nos 2 guides vers ce sentier boueux et effondré, entouré d’une végétation luxuriante et d’une rivière grondante que nous traverserons plusieurs fois. Au départ, le chemin est large, le panorama dégagé, on peut voir loin et le paysage montagneux est très beau. Toutes les 2 heures, nous faisons une halte pour boire et manger des fruits. Petit à petit le sentier grimpe, les paysages changent et alternent entre une végétation épaisse et fournie et des champs. Des huttes sont disséminées, il s’agit des habitations des Kogis, le peuple indigène de la région. Ceux qui sont à ce niveau- là de la Sierra sont en contact avec la population colombienne et les randonneurs. Ils ont des chevaux et les utilisent pour aller chercher des produits dans les villages.
En fin d’après-midi le chemin devient couleur rouge/orange (on se croirait à Madagascar) et descend abruptement vers une rivière et un campement. Première halte dans notre camp du soir après cette première journée éprouvante pour nos jambes. Ces camps ont été créés par les agences de trek accréditées et elles sont gérées par des familles Kogis, ce qui leur assure un revenu et améliore ainsi bien leurs conditions de vie. Ils sont équipés de cuisines, de douches et de dortoirs où dormir. L’eau potable est fournie dans chaque camp, ainsi qu’un déjeuner et dîner. Nous serons récompensés de nos efforts en étant les premiers à aller se rafraîchir le corps dans une belle piscine naturelle et cascade à proximité du camp. Les autres groupes nous y rejoindront juste après. Le soleil se couche vite et la soirée nous permettra de mieux connaître les français et les guides. Surtout le guide espagnol qui parle anglais et qui va nous raconter son histoire personnelle émouvante fortement liée à l’histoire de cette région. Réveil à 5h du matin après une nuit légèrement agitée par le bruit de la rivière et par les lumières du camp et le bruit des chiens qui m’empêchent de dormir…

2ème jour de marche et les seules personnes que nous pouvons croiser sur notre chemin, mis à part les 4 autres groupes d’Expotur qui sont partis le même jour que nous, sont les paysans locaux, quelques soldats colombiens et les indiens Kogis. Sur le trajet, on trouve des aires de repos qui proposent des produits locaux (jus de fruits, fruits, sodas, nourriture et artisanat local), des petits restaurants de qualité et des hébergements confortables (choix entre lits et hamacs). Petit à petit nous découvrons l’environnement magique. La forêt et les montagnes sont noyées dans le brouillard percé par les rayons de soleil qui donnent des couleurs éclatantes. La marche est longue, le sentier va en zigzag mais la difficulté vient du dénivelé (nous montons et redescendons sans cesse) et surtout de la chaleur humide qui augmente au fur et à mesure de la journée. L’environnement est de plus en plus sauvage et la végétation dense et nous montons toujours. Finalement nous arrivons devant un village isolé d’indiens Kogis constitué de grosses huttes rondes en bois et de toit de feuilles de palmes. La plus haute et grande appartient en général au chef spirituel une sorte de chaman, appelé « mamu ». Ses connaissances en médecine naturelle sont importantes et reconnues, il est aussi le guide de tous pour la tradition et la transmission de la culture.

En milieu de journée, nous arrivons à un campement pour le déjeuner et nous allons nous baigner dans la rivière un long moment. L’après- midi nous continuons notre marche. Les corps souffrent, nous devons faire des haltes très souvent pour boire et pour souffler. Le soir, nouveau campement et nouveaux échanges avec le groupe pour mieux connaître nos compagnons de trek, sauf le petit groupe de danois qui préfèrent rester entre eux. Nous ne leurs en voudrons pas car ils se sont retrouvés ici en Colombie pour profiter de quelques jours ensemble avant de se séparer après le trek.

Le 3ème jour de marche est prévu pour la découverte de la Cité Perdue. Nous débutons difficilement, et devons traverser la rivière à plusieurs reprises parfois à l’aide d’une corde car, bien que le niveau de l’eau soit faible cette année, il est arrivé lors d’un débit de l’eau plus important que des touristes soient emportés et donc les guides prennent toutes leurs précautions.

Enfin commence la montée. Des centaines de marches dans la pierre vont nous amener aux ruines de l’ancienne cité. Après un ultime effort, nous arrivons au sommet et là c’est une succession de terrasses que nous découvrons. C’est vraiment magnifique et émouvant ! Nous oublions les efforts et la nuit difficile. Sous ces terrasses se trouvaient les habitations, les tombeaux et tous les monuments des Tayronas ainsi que leur trésor. Il y a peu de ruines mais c’est l’ambiance qui se dégage et la beauté du site avec les terrasses qui se suivent, qui sont remarquables.

Dans cet environnement naturel un peu mystique, il y a aussi la réalité : quelques militaires sont là en permanence pour veiller au lieu, mais également sur les randonneurs…

Après un bon temps de contemplation, il est l’heure de repartir, à nouveau les marches plus difficiles à descendre qu’à monter du fait de leurs surfaces très glissantes, à nouveau la rivière à traverser plusieurs fois, à nouveau les montées et descentes dans la chaleur de la forêt humide.

La randonnée se poursuit donc jusqu’au soir où nous passons notre dernière nuit en campement.

L’ultime jour du trek, nous démarrons très tôt car de longues heures de marche nous attendent. Nous devons faire le trajet inverse car il n’est pas possible de rentrer de la Cité Perdue par un autre chemin. Ce qui n’est pas dérangeant car sinon, cela voudrait dire qu’il faille aménager un nouveau chemin de retour dans la forêt sauvage… Ce qui n’est donc pas forcément du goût des locaux qui ne veulent sûrement pas que leurs terres et ce site sacré soient envahies de touristes et de complexes hôteliers…  

La Ciudad Perdida n’a pas vocation à ressembler au Machu Picchu en y subissant les mêmes conséquences écologiques désastreuses… Petit à petit nous nous rapprochons de la civilisation, de la maison des guides, et de l’arrivée. Tandis que des gens d’autres groupes font la course pour arriver les premiers, nous marchons sereinement et tranquillement, fiers de terminer ce trek mémorable ! Il y a une quinzaine d’années, il fallait 21 jours pour l’atteindre. Aujourd’hui en moins d’une semaine, les 60 kilomètres sont parcourus. Demain probablement et malheureusement si des mesures de protection ne sont pas prises, si les indiens ne sont pas entendus et défendus, des grands sentiers pourraient être faits dans la jungle, l’idée d’un téléphérique a heureusement été abandonnée. Les colombiens voudraient que le site devienne aussi célèbre que le Machu Picchu au Pérou…

Espérons que cela ne soit pas le cas et que cette cité perdue garde ce mystère et son charme le plus longtemps possible !

Nous récupérons nos gros sacs à El Mamey et nous profitons d’une dernière pause déjeuner bien méritée ! Notre petit groupe reprend la jeep qui repart à Santa Marta et faisons nos adieux à nos 2 super guides et à nos compagnons de trek au moment où le 4 x 4 nous dépose dans notre Finca qui se situe juste à l’extérieur du Parc National Tayrona, sur la Playa Los Naranjos. 2 nuits de repos bien mérité dans ce cadre spectaculaire où le Rio Piedras jaillit de la Sierra Nevada pour se déverser dans la mer des Caraïbes, avant de retourner à Bogota et de s’envoler pour la France avec de nombreux et merveilleux souvenirs pleins la tête de ce pays en pleine reconstruction et en plein essor économique et touristique !

VIVA COLOMBIA !

> Julien Kerisel

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