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lundi, 15 janvier 2024 09:43

« Banda, une odyssée dans les îles oubliées d’Indonésie

« Banda, une odyssée dans les îles oubliées d’Indonésie ®Emilie Rozand

Banda, une odyssée dans les îles oubliées d’Indonésie, film diffusé le samedi 3 février à Morlaix dans le cadre du 5e festival Globe-Trotters

Lorsque l’on travaille dans l’environnement, dans des projets de conservation de milieux naturels remarquables et très reculés de la planète, on a tendance à se focaliser d’abord sur ces écosystèmes exceptionnels mais menacés ; et à ne voir les populations locales « qu’après ».

Mais lorsque ce travail nous amène à partir vivre là-bas, sur le terrain, on prend enfin mieux conscience de toute la dimension sociale du territoire. Notre approche devient systémique et donc plus efficace, mais surtout notre regard devient plus sensible et plus humain à mesure que les affinités se créent avec les population rencontrées.

C’est ce qui m’est arrivé dans les contrées lointaines de l’Indonésie, au coeur de la mer de Banda, une mer aussi immense que méconnue.

A l’origine je travaillais là-bas avec une ONG française pour tenter de préserver de vastes régions isolées du sud-est de la grande île de Sulawesi. Le territoire ciblé était gigantesque tout comme l’ampleur de la tache : énormes massifs de montagnes inexplorés, grande ville et nombreux villages pollués, champs de palmiers à huile à perte de vue, immenses forêts primaires, rivières et mangroves en danger, et au large, une poignée de petites îles éparpillées dans cette mer de Banda.

Dans mes pérégrinations professionnelles donc, je partais souvent naviguer souvent dans cette mer vers un archipel aussi paradisiaque que perdu mais néanmoins lui aussi menacé. Là-bas des récifs coralliens somptueux encerclent des îles karstiques au relief impressionnant qui sont recouvertes d’une dense végétation équatoriale. Sur une de ces îles désertes - l’île kokoh - vivait une seule petite famille, descendante de l’ethnie Bajau, ces fameux nomades des mers qui aujourd’hui se sédentarisent sur la terre ferme.

Dans cette petite famille installée au bord du lagon dans une modeste maison de bois qui tient à peine en équilibre sur ses pilotis, j’étais chaque fois accueilli les bras ouverts par la grand-mère Nahaming. Une vieille dame sans âge mais si fière et énergique, c’était la véritable gardienne des lieux.

Dans ce territoire je réalisais bien sûr mon travail de sensibilisation et de conservation pour tenter de réduire l’invasion des déchets plastiques, de restaurer des ressources halieutiques épuisées par la surpêche effrénée ou encore de sauvegarder la vie corallienne des boues rouges en provenance des mines de nickel de Sulawesi. Un vaste programme qui contrastait avec la vie simple et douce de cette petite famille où j’avais pris l’habitude de passer de plus en plus de temps à me ressourcer auprès d’eux. Où j’avais pris l’habitude de cuisiner avec la grand-mère, de l’aider à ramasser les noix de coco. Parfois même j’embarquais Meylisa sur nos terrains d’actions, la petite-fille de Nahaming. Enfant curieuse et candide qui découvrait à travers nous, les yeux ébahis, toutes les richesses de son territoire. Elle était très fière de nous présenter à ses amis lorsque l’on atteignait l’unique village de l’archipel où quelques pécheurs accrochent leurs maisons sur pilotis aux rochers d’une île presque verticale.

Ainsi au fil du temps est née une amitié avec cette petite famille, un lien particulier qui nous faisait languir de se revoir à mon expédition suivante. Mais je ressentais aussi une certaine appréhension de voir le jour arriver où je terminerais définitivement ma mission environnementale dans ce pays pour partir ailleurs.

Les années ont passé, j’ai changé de travail ou plutôt je l’ai continué d’une autre manière, à mon compte, sur d’autres projets mais avec au fond de moi, le désir intime de pouvoir retourner les revoir un jour, là-bas dans la mer de Banda. Je rêvais de retrouver cette petite famille qui semblait vivre hors du temps, hors du monde et de réaliser un témoignage vidéo de leur vie douce, simple mais ô combien authentique, aimante et sans artifice.

En 2023 j’ai pu monter un projet d’expédition pour retourner sur l’île Kokoh ! J’ai rassemblé une équipe, préparé la réalisation d’un documentaire et nous nous sommes enfin retrouvés : Nahaming, Meylisa, le reste de la famille et moi. Le temps avait passé, les enfants avaient grandi , la maison s’était patinée mais certaines choses ne changent pas. Nahaming heureusement a toujours cette énergie de se lever aux aurores pour aller lever les filets dans le lagon sur sa pirogue. Meylisa est maintenant devenue une pré-adolescente qui rêve de voir le monde et de partir étudier loin en ville, à une journée de bateau. Sa mère Lys est tombée enceinte, ainsi irrémédiablement la famille va se renouveler.

Mais aujourd’hui j’ai la satisfaction personnelle d’avoir bouclé une boucle, d’avoir pu graver cette tranche de vie avant que le temps ne l’efface. D’avoir un peu sauvegardé l’histoire touchante de cette famille sur un support immatériel qui le préservera du temps et qui permettra de révéler aux autres leur belle existence.

Aujourd’hui donc je vous partage ce film : « Banda, une odyssée dans les îles oubliées d’Indonésie ». Et peut-être qu’à force de le revoir moi-même, je finirai par y retourner, pour y démarrer une nouvelle boucle.

Philippe Mistral (13)

Retrouvez toutes les informations concernant cette expédition et le film sur :

www.philippemistral.com/expedition-mer-de-banda

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