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Récits de voyage (45)

mercredi, 15 janvier 2014 10:35

Quebec, viv(r)e l'hiver


A cette époque de l'année où chacun rêve de plage de sable blanc et de mer turquoise à 28°, on peut aussi choisir une destination hivernale et vivre un vrai hiver.

Le Québec, destination prisée pendant sa période estivale et son célèbre été indien, a pourtant de nombreux atouts pour séduire les touristes d'hiver. Fini les stations de ski surpeuplées, la neige capricieuse, les galères de location d'appartement et les bouchons sur la route des montagnes ! Un voyage hivernal où l'exotisme est au rendez-vous, un grand bol d'air pur et de grands espaces, une nature préservée et une population accueillante et souriante. Et surtout le Québec ne manque pas d'imagination pour valoriser sa nature, ses traditions, son art de vivre. Une destination idéale pour profiter des joies de la neige et de ses multiples activités. Et si la traditionnelle raclette vous manque, vous pourrez toujours vous rabattre sur la poutine, plat typique constitué de frites et de fromage cheddar copieusement nappé d'une sauce « barbecue ». Repas à déconseiller en cas de température positive ! Pour digérer plus sereinement, on peut l'arroser d'un caribou, mélange fortement alcoolisé composé de vin chaud et de cherry.

Une capitale patrimoine
Inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco depuis 1985, la ville de Québec est également la seule ville fortifiée d'Amérique du Nord. Sur la rive nord du Saint-Laurent, la capitale tire son nom de l'expression algonquine « là où le fleuve se rétrécit ».
La Traverse, bateau qui relie Québec à Lévis sur la rive opposée, se fraye un passage à travers les plaques de glace du fleuve. La traversée dure une quinzaine de minutes, l'occasion de se prendre de bonnes bourrasques de neige gelée, quand le climat le permet ! Mais la vue sur la Citadelle qui domine la ville et sur la façade rouge du Château de Frontenac à l'architecture inspirée de la Renaissance vaut le courage de braver les intempéries.
La visite de la ville se poursuit sous la tempête de neige, les rues du vieux Québec sont envahies par la neige fraîche et les habitants et commerçants s'arment de pelles pour rendre les rues plus praticables. Ironie de l'Histoire : le buste du Roi Soleil érigé sur la Place Royale disparait sous la neige.

quebec2Moto-neige et traineau à chiens
Machine imposante ou frêle traineau de bois, moteur à essence ou attelage à poils, vrombissements ou aboiements : deux moyens de locomotion pour se balader en forêt. Il a neigé la veille et les sapins prennent une allure de conte de Noël, la neige poudreuse est idéale.
Un concert de jappements nous accueille aux abords du chenil, il faut partir vite, l'inactivité fait monter la tension dans la meute et déclenche très vite des bagarres. Le traineau s'ébranle tiré par les six chiens. Huskies et malamutes courent en mangeant de la neige pour se rafraichir. A la première côte gravie en courant derrière le traineau, j'en ferai bien autant, malgré la température négative ! Mon leader de meute s'appelle Inouk, je constate que mon autorité canine est un peu faible car malgré les ordres que je lui crie, il m'ignore. « C'est parce que tu n'as pas l'accent québécois ! » me taquine ma coéquipière de traineau.

Un long fleuve pas si tranquille !
Soumis aux marées, au mélange d'eau douce et salée, le Saint-Laurent gelé semble emprisonné, contrit, mais les plaques de glace en surface viennent composer un grand puzzle graphique qui se décompose et se recompose en permanence et laisse deviner l'activité et le débit du fleuve. Le Saint-Laurent offre une multitude de paysages différents en fonction du climat : longue langue glacée qui s'étend à perte de vue, éclats de miroirs scintillants au soleil, glaces noyées par le brouillard ou alors la neige qui vient opacifier le décor transformant le panorama en photographie surexposée en noir et blanc. Parfois on distingue à peine l'autre rive, et quand le temps est au beau fixe on aurait envie de le traverser à pied comme sur une banquise.
De La Malbaie à Québec, les grandes baies vitrées du train de Charlevoix permettent d'admirer le coucher de soleil sur le Saint-Laurent. Décor et éclairage design, ambiance jazzy, succession de petits plats gastronomiques, le train glisse entre la montagne et le fleuve et les couleurs du soleil déclinant colorent de reflets pastels la surface gelée de l'eau. Cratères, bosses, trous, plaques forment la surface du fleuve, un décor presque lunaire.

La star du Carnaval de Québec
Depuis près de soixante ans, le Carnaval de Québec démarre ses activités fin janvier pour une quinzaine de jours. Rafting sur neige, promenades en traineau à chiens, concours de sculptures de neige, défilés, bains de neige –pour les plus courageux !-, marshmallows grillés et surtout la fameuse course de canots sur le fleuve gelé sont au programme. Le plus grand carnaval d'hiver a bien évidemment sa mascotte : Bonhomme Carnaval, un grand et gros bonhomme de neige à la voix caverneuse portant sur la tête une tuque rouge et autour de la taille la traditionnelle ceinture fléchée illustrant le métissage québécois et la traite des fourrures. Son identité est farouchement gardée secrète par les organisateurs du carnaval, secret relayé par le public qui préserve ainsi la part de rêve liée à ce personnage. Malgré mes tentatives d'investigation, je n'ai pas réussi à percer le mystère. Plus qu'une mascotte, c'est un véritable phénomène, ses apparitions génèrent une euphorie digne d'une rock star, petits et grands font la queue pour se faire tirer le portrait en sa compagnie et selon la tradition le maire lui remet symboliquement les clés de la ville pendant toute la durée du carnaval.

Quebec3Braver la glace
Départ de la finale un dimanche en début d'après midi. Le temps est au beau fixe, la température doit frôler les moins vingt degrés. Au milieu de la foule, dans un vent glacial, entre la musique et les commentaires déversés par les haut-parleurs, un des organisateurs tente en hurlant et en gesticulant de m'expliquer les règles de la compétition dans un discours passionné. Règles qui au final resteront obscures pour moi, mais j'ai encouragé mentalement toutes les équipes, au vu de l'endurance, de la résistance au froid et aux eaux glacées du Saint Laurent, et des efforts déployés pour se classer honorablement. A force de coups de rames et s'aidant des jambes pour avancer entre les plaques de glace, ce sport extrême ne peut qu'éveiller une certaine forme de compassion envers tous les participants. Même les spectateurs ont du mérite, mais la course de canots est un des points d'orgue du Carnaval de Québec.

< Tyn Braun (75)




 :

Quebc4Office de tourisme Québec : www.bonjourquebec.com 

< Y aller :
Air Transat propose des vols réguliers entre Paris et Québec ou Montréal à partir de 500 € AR
http://www.transatfrance.fr  0 825 120 248

< Où dormir :
- A Québec : hôtel Le Priori (dans le Vieux Québec)
15 rue du Sault au Matelot
T. 418 692 3992 http://www.hotellepriori.com 
à partir de 100 € environ la chambre pour deux

- A Wendake (15mn de Québec) :
Hôtel des Premières Nations
15 place de la Rencontre - Wendake (Québec)
T. 418 847 2222 http://www.hotelpremieresnations.ca 
Un éco-hôtel soucieux de promouvoir la culture Huron-Wendat, il abrite un musée consacré à la conservation et à la valorisation du patrimoine wendat.
Dans son restaurant la Traite, on peut y déguster du caribou ou des produits issus de la pêche autochtone.
Chambres pour deux autour de 100 €, restaurant : environ 35 € par personne.
L'accès au musée est gratuit pour les résidents de l'hôtel sinon l'entrée s'élève à 11 $CAD.

Activités :

- Traineau à chiens
Une petite entreprise familiale , des français installés au Québec depuis une vingtaine d'années située à 30 mn en voiture du centre de Québec, direction Saguenay. Possibilité de prendre un taxi (environ 30 €/personne).
Plusieurs forfaits, entre autres la ballade de 2h avec visite du chenil et collation : environ 100 €/personne
Aventures Nord-Bec
4 chemin des anémones – Stoneham
T. 418 848 3732 www.traineaux-chiens.com 

- Moto neige
Pour deux heures et deux personnes, compter environ 130 €
Fairmont Le Manoir Richelieu
T. 418 665 3703 www.fairmont.com/richelieu 

- Le train de Charlevoix
De La Malbaie à Québec. 136 km
T. 418-632-5876 www.lemassif.com/train 
Train + souper : environ 90 €/personne
mardi, 14 janvier 2014 18:56

Tête de Yak (Mongolie)

Le silence émane de l’horizon aux douces rondeurs. Il imprègne l’air à peine parcouru d’un friselis sur la steppe et enveloppe les trois yourtes inoccupées en mi-matinée. Depuis un long moment, je suis juste debout à quelques pas de la belle porte décorée d’arabesques bleues sur fond orange. Harmonie entre les couleurs vives peintes par les propriétaires, l’intensité bleue du ciel mongol et les jaunes dorés de l’herbe sèche. Écho entre mon immobilité parfaite et le si vaste silence…

Seule Pas besoin de pivoter pour embrasser tout l’horizon ouvert dans toutes les directions. L’espace est inanimé à mes yeux d’occidentale : les troupeaux de pattes courtes, de pattes longues, de museaux chauds, de museaux froids sont partis, tôt et loin, vers les pâturages de début d’automne. Tout à l’heure, il restait un cheval entravé et la maîtresse des lieux en sur - vêtement — le beau del brun ceinturé d’orange, c’est pour le soir, peut-être à cause de l’invitée que je suis. Le temps que je m’éloigne de cent mètres, tout à l’heure, elle avait dû sauter en selle sans aucun bruit car les sabots non ferrés volent sur le velours de la paillasse. Les voisins ne sont pas loin, au revers abrité d’autres collines deux ou trois ondulations de steppe plus loin. Depuis une semaine, je suis une hôte, toute petite, attentive par tous mes sens à la vie de cette famille nomade. Pas de paroles échangées, juste deux mots en deux langues “merci” et “on y va” et d’immenses sourires réciproques accompagnant des gestes d’aide, de prévenance ou d’invitation. J’aime me perdre ainsi dans un ailleurs lointain et si possible hospitalier.

Humble Debout toujours — mais sans fatigue — je déguste l’air que j’inspire. Humilité d’avoir vu s’envoler les angoisses de ma vie passée qui collaient encore à mes bagages à Oulan Bator. Humilité aussi de ne pas savoir monter à cheval. Je ne sais pas non plus comment participer au travail du soir, la longue traite ; immobile à côté, je m’amuse des facéties des veaux et des poulains et m’enchante des mélopées des femmes. Je sais juste alimenter le feu en bouses sèches et en écorces, je peux seulement aider à convoyer les bidons d’eau, laquelle est la grande absente, mais l’adaptation à cette économie est astucieuse. Conscience simple des “choses” de la nature dont je ne peux connaître ni les noms ni les usages. J’imite humblement.

Adoptée Personne. Et moi, béate au soleil. Je ne sens même plus ma propre existence comme si cette expérience de “bonheur” ou d’“heure bonne” pouvait être universelle, commune à l’homme, aux animaux et à toute la nature. Silence toujours. Un peu de vent. Puis un doux pépiement… deux ou trois moineaux (ou leurs frères)… puis dix moineaux s’abattent sur l’arène savoureuse des crottins ! Mais d’où arrivent-ils ? De chez les voisins ?

La toile des pentes de yourte n’est pas un bon lieu d’atterrissage. Il n’y a pas de buisson, juste les piquets des parcs où les oiseaux se posent fugitivement. Ce soir, ils auront le choix de se poser sur les crinières et les croupes des troupeaux rassemblés. À cet instant la sarabande des moineaux autour de moi est effrénée… Je suis figée et hypnotisée.

Deux petites griffes dans mes boucles de cheveux gris s’emmêlent et tirent. Envol presque instantané. Confusion et surprise réciproque. Tête de yak ! Je suis à ma place ici.

< Texte France Vulliet (74)
lundi, 30 décembre 2013 11:31

Traverser l’Amazone à bord de bateaux locaux


L’Amazone : perdu au milieu de la plus grande forêt du monde ; une faune magique et dangereuse, qui nous fascine et nous effraie ; des peuples indigènes vivant au bord de l’eau, coupés du monde et de la civilisation. L’Amazone, c’est la magie d’un fleuve sauvage, qui abrite de nombreux mythes et secrets.

Traverser le fleuve, à bord de bateaux locaux, en s’arrêtant dans différentes villes et villages de l’Amazonie, c’est possible !

Pour les amateurs d’aventures, de nature et de grands espaces, c’est par ici que ça se passe !


Je décide de traverser une bonne moitié du fleuve. Je pars du Pérou, à Yurimagua, pour rejoindre Manaus, au Brésil. C’est parti pour plus de 2000 kilomètres sur l’eau, soit 9 jours de bateau. J’embarque à bord de « lanchas », gros bateaux de marchandises. Je voyage avec les cochons, bananes, billets de banque, sacs de riz, singes… et autres étrangetés à découvrir le long du trajet...  

Amazonie2
A 25 euros (Pérou) ou 50 euros (Brésil) la « croisière » de 3 jours sur l’Amazone, en pension complète, il ne va pas falloir s’attendre au luxe ! C’est pas « la croisière s’amuse » ici, mais bien l’aventure ! Selon le bateau, les conditions d’hygiène peuvent parfois être négligeables (surtout au Pérou).
Pour dormir, j’installe mon hamac. Je dors avec une centaine de personnes, entassées, une sorte de dortoir géant. Certes, o
n ne dort pas dans un hôtel 5 étoiles, mais la nuit, au-dessus de nos têtes, ce sont des milliers d’étoiles que nous offre la nature. Et si c’était ça le vrai luxe.

Ce voyage m’offre bien plus que le confort : des surprises et quelques aventures inoubliables. Petite mise en bouche : j’ouvre les yeux, un petit matin, et devant l’immensité du fleuve Amazonien, j’admire un dauphin, rose. Non, je vous assure on ne prend pas de drogue sur ce bateau, on peut vraiment observer des dauphins roses et gris sur l’Amazone. Le soir, j’admire un coucher du soleil reflétant sur le fleuve, accompagné d’une petite bière et d’un fond de Samba brésilienne.

Parfois, le bateau s’arrête dans les communautés indigènes et j’observe une autre vie, hors du temps. Les maisons sont en bois, les gens vivent pied nus, sans électricité. Ici, il n’existe pas de port, dès que le bateau arrive, ils prennent une pelle, et piochent la terre pour construire un escalier, afin de mener au bateau.

Amazonie3

Parfois, il faut laisser place à l’aventure : la tempête tropicale est là, le vent est si fort, les sacs volent. Il nous faut remettre les bâches pour nous protéger. On est complètement trempés, à essayer d’attacher tant bien que mal, en luttant contre le vent et la pluie, ces petits bouts de plastiques qui nous protègent. Ce voyage est également une excellente occasion de rencontrer des locaux, car après plusieurs jours entassés dans un bateau, les voyageurs apprennent à se connaitre. On a le temps et la proximité, alors on discute, on joue, on créé des liens… Une excellente opportunité d’échanger et de découvrir les habitants de l’Amazone ! 

Conseils pratiques :

< Pour une telle aventure, il est nécessaire de parler un minimum espagnol. Il est recommandé de voyager à au moins 2 personnes, ne serait-ce que pour surveiller mutuellement vos bagages, en vrac sur la tôle. On peut aussi trouver un compagnon de route au port ou sur le bateau. Amenez un jeu de carte, pour passer les moments d’ennui, c’est également un bon moyen pour créer du lien avec les locaux.

Si tout cela est bien trop dur, il existe d’autres solutions, plus chères, moins conviviales, moins aventureuses, mais plus confortables ou rapides : dormir en cabine (ne vous attendez pas au luxe et ne soyez pas claustrophobe), ou, sur certaines fractions, voyager en « speed boat », 6 fois plus rapide.

Si vous tentez l’aventure, ces journées sur l’Amazone vous amèneront vers des contrées éloignées, avec de nombreuses surprises, probablement quelques aventures, des paysages sauvages, et des rencontres inoubliables.

Pour davantage d’informations, lisez les aventures détaillées de chacun de mes trajets le long de l’Amazone, racontées avec humour et légèreté : www.dautres-mondes.fr



lundi, 16 décembre 2013 16:45

Un printemps couleur coquelicot (Ouzbékistan)


Un rêve d’enfance devenu réalité par la magie des lieux au fil des rencontres

Dix-sept septembre 2001, jour tant attendu pour concrétiser un rêve : celui de sillonner la route de la Soie sur les pas des grands aventuriers à travers le Khazakstan, la Khirgizie et l’Ouzbékistan. Onze septembre 2001, le monde se sent soudainement infiniment petit et se tourne vers les États-Unis, l’Afghanistan.

Mon rêve s’écroule… la peur au ventre, je n’ose partir et laisser les miens. Ce même jour, une amie devait aussi s’envoler vers Tashkent.

Chacune de notre côté, nous nous sommes fait la promesse de réaliser ce rêve. Le destin devait nous donner raison quelques années plus tard.

Tandis que je repartais vers le toit du monde retrouver mes amis tibétains, mon amie découvrait Samarcande. Excitée par tout ce qu’elle vivait, elle m’appella. Son guide, Isrofil, ouzbek francophone, avait commencé sa carrière comme professeur de français avec son épouse Nénuphar. Puis, ensemble, ils avaient monté leur agence et formé une petite équipe de guides. Authenticité, gentillesse, savoirfaire, savoir-vivre : je retrouvais en la personne d’Isrofil le portrait de mon amie Diki, guide tibétaine. Deux personnes de coeur, véritables ambassadeurs de leur pays. L’Asie centrale et l’Himalaya se rejoignaient ainsi.

Envoûtement de l’Asie centrale Il ne tenait qu’à moi de monter un périple pour vivre la magie de Samarcande. Déjà, quelques années auparavant, mon chemin m’avait conduite sur la route du Karakorum au départ d’Islamabad jusqu’à Kashgar. Vertigineuse, inoubliable, taillée dans la roche. D’intenses émotions se succédèrent au fil des paysages et des rencontres gravés à jamais dans ma mémoire.

À proximité de la frontière afghane où certains des plus hauts sommets du monde culminent entre 7 000 et 8 000 mètres, tels le Nanga Parbat et le Rakaposhi, je partageais la vie des habitants de la vallée de la Hunza avec le souvenir d’abricots séchés et de broderies.

Puis, le passage de la frontière stratégique sino-pakistanaise au col du Khunjerab me renvoya au coeur de la réalité. Celle de l’autorité chinoise.

Cette route hors du temps m’interpellait et m’ouvrait les yeux à la fois sur une beauté indéfinissable sculptée par la nature et sur l’enjeu politique et culturel, du fragile équilibre de ce coin du monde aux confins des monts Tian Shan, du Pamir et du désert du Taklamakan. Bien consciente de vivre un moment unique, Kashgar rythmé par son marché aux bestiaux et ses artisans, me conforta en ce sens. Jamais je n’oublierai les visages de ces femmes et de ces hommes venus d’horizons lointains, tadjiks, kirghyzes, ouzbeks, kazakhs, russes pour certains métissés, ni les troupeaux de chèvres enchevêtrées tête-bêche. Sur la route de la Soie, je me retrouvais en Chine avec le sentiment de vivre l’envoûtement de l’Asie centrale.

Au rythme des peuples ouïghours, huis, tibétains, je poursuivis ma route vers l’Est direction Urümqi puis Tourfan, autrefois principale oasis de la région nord. De là, je rejoignis Lhangzou puis l’enclave tibétaine de Xiahe et son célèbre monastère de Labrang dans lequel je pus m’enivrer de cérémonies religieuses teintées d’émotion et de couleurs. Sensible à la richesse de ces cultures, il devenait pour moi essentiel de me rendre en Ouzbékistan.

Pages de poésie De Samarcande, Nénuphar et Isrofil me concoctèrent une véritable évasion.

À peine le pied posé sur le sol ouzbek, un sentiment étrange d’appartenance m’envahit. Mon rêve d’enfance se réalisait… Sourire, douceur, harmonie se succédèrent dès cet instant puis tout au long de cette première aventure.

Au nord-ouest, les murailles de briques de Khiva, ancienne oasis me plongèrent au temps des cavaraniers avant leur traversée du désert. Jalonnant les ruelles où se succédaient des échoppes d’artisans, j’admirais l’art de la sculpture sur bois et celui de la céramique.

Des enfants couraient de toutes parts au rythme de cette cité hors du temps. Des arbres en fleurs s’épanouissaient au pied des medersas.

Page de poésie qui se poursuivit à Boukhara puis à Samarcande.

Une sensation étrange comme si la nature, les rosiers dialoguaient avec ces tout petits carrés de céramique bleue en parfait camaïeu. Je vivais et partageais des rencontres exceptionnelles.

Touchée par ce patrimoine d’une grande beauté, avec comme point d’orgue la nécropole Chah e Zindeh à Samarcande, je me joignais aux nombreux pèlerins ou simples voyageurs pour savourer la magie des lieux.

Devenus mes amis, Nénuphar et Isrofil me firent partager leur vie de famille à Samarcande et dans leur village natal. Une véritable complicité avec Nénuphar me permit de me rendre au marché quotidiennement, d’être invitée à un mariage, de découvrir la dot de la jeune fille de maison, de choisir la décoration de leurs maisons d’hôtes, de dialoguer avec une enseignante à l’Alliance française.

Avec Isrofil et son équipe, nous sommes partis bivouaquer en yourte, marcher sur des sentiers de randonnées jonchés de champs de coquelicots tel un tableau de Monet. Mes yeux étaient émerveillés de cette palette de couleurs multiples et intenses. J’étais libre, heureuse sous le charme de la poésie ouzbèke. Au coeur d’un petit village, un instituteur et ses élèves m’invitèrent à rejoindre les bancs de l’école.

Époustouflée et émue à la fois, je découvris sur les murs les portraits des savants et des grands hommes français, tels Louis Pasteur, Jules Verne, Louis Aragon, Antoine de Saint-Exupéry… Mon regard s’arrêta ensuite sur un reportage photo sur Paris puis un second sur Orléans. Les enfants entourés de leur maître étaient si fiers de me faire partager leurs connaissances. Ils riaient de mes yeux écarquillés de bonheur.

Tous ces instants magiques resteront pour la vie, au fond de mon coeur.

< Texte et photos Caroline Barraud (75)


mardi, 10 décembre 2013 15:19

Les lions du Pendjab

Le climat est agréable au printemps dans la région du Pendjab, située au nord ouest de l'Inde. C'est la période choisie par la communauté Sikh pour célébrer leur dernier guru, Gobind Singh.

Le sikhisme est né au XVe siècle et est représenté comme la synthèse de l'hindouisme et de l'islam. Pendant deux siècles des gurus se sont succédés pour transmettre la bonne parole aux fidèles. Au XVIIe siècle, le 10ème et dernier guru Gobind Singh a marqué son époque par des faits d'armes et par la promulgation de préceptes pour conserver l'originalité du sikhisme:

Les cinq K : Le Kesh, les cheveux et les poils qui ne doivent, si possible, jamais être coupés. Le Kachcha, port d'un caleçon long, Le kara, un bracelet d'acier au poignet droit. Le Kangha, un peigne retenant les cheveux sous le turban. Le kirpan, un poignard ou une épée.

Cela différencie les Sikhs du reste de la population indienne. Parallèlement à l'apparence, il a été développé la pratique des arts martiaux, l'un des plus connus est le gatka qui repose sur la manipulation d'armes blanches dont l'efficacité dépend de la concentration mentale. Les  dix vertus qu'ils proposent sont les suivantes : La compassion, la charité, le pardon, la propreté, le contrôle de l'esprit,la vérité, la pureté,l'accomplissement spirituel, la témérité et la dévotion à leur dieu unique.

Depuis cette époque les Sikhs ont formé une communauté militante dont un des rôles est de se battre avec acharnement pour défendre leur foi.

Au début de chaque printemps a lieu un grand festival religieux, le Hola Mohalla à Anandpur Sahib située près des contreforts de l'Himalaya à l'est de Amritsar la capitale du Pendjab.

Le temple d'or, lieu sacré du sikhisme est situé à Amritsar. Rappelons qu'en 1984 Indira Gandhi alors premier ministre, déclancha une opération militaire pour déloger des indépendantistes Sikhs réfugiés dans le temple. Plus de quatre cents furent tués dont cent cinquante femmes et enfants. Quatre mois plus tard, Indira Gandhi est assassinée par ses gardes du corps qui étaient des Sikhs. Cela montre le côté extrémiste de ces derniers qui n'hésitent pas à sacrifier leur vie pour la cause commune.

Tassinarri 3C'est en consultant une revue, il y a quelques années, que j'ai découvert tout à fait par hasard l'existence du Hola Mohalla. L'originalité des costumes, la beauté des turbans et l'allure des personnages m'ont fasciné. Cette année j'ai réussi à combiner un voyage en Inde à la période du festival. Un guide, Sahota Rajpal, un chauffeur Singh Charanjit, une voiture et un hôtel situé à une soixantaine de kms ainsi que le matériel nécessaire pour tourner un film. Il n'en faut pas plus pour que je sois impatient d'être sur place.

Les renseignements sont difficiles à obtenir. J'ai l'impression que le festival ne se déroule pas en respectant une organisation et un programme biens définis. Afin de faire un repérage, je demande au chauffeur si l'on peut se rendre sur place la veille. Le guide Sahota participe à la fête pour la première fois et est tout à fait d'accord. Nous prenons la route le lendemain de notre arrivée vers huit heures. Après une circulation normale pendant la moitié du parcours, le trafic se densifie et finit par se bloquer. Impossible d'aller plus loin. La foule est énorme. Je prends conscience tout d'un coup de l'importance de la population de l'Inde. Les Sikhs sont les organisateurs du festival et en même temps les participants. Ils ne représentent que 2% de la population du pays mais ils sont néanmoins deux millions dont la moitié est attendue pour le festival.

Les cars sont bondés et leurs galeries aux bagages débordent de passagers. La route est recouverte d'une multitude de véhicules divers mais ce sont les tracteurs et leurs remorques qui ralentissent le trafic. Presque tous les cultivateurs du Pendjab sont présents, leur famille sur les remorques ainsi que le matériel nécessaire pour vivre et coucher pendant trois ou quatre jours. Devant l'impossibilité d'aller plus loin nous décidons de faire demi tour. Le repérage sera pour une autre année.

Méfiants, le  lendemain nous partons plus tôt et surprise nous arrivons au but assez facilement, la plupart des participants ont fait le voyage la veille en prévision des encombrements. Seul petit problème sur la route, un groupe de jeunes a barré la route avec des branches d'arbre. Ils arrêtent les voitures et demandent de l'argent pour je ne sais quelle cause plus ou moins avouable. A défaut de satisfaire leur demande ils aspergent copieusement les passagers de poudres de toutes les teintes. La fête des couleurs et du printemps le holi battait son plein il y a deux jours et c'est un bon moyen pour eux d'épuiser le stock de poudre non utilisé. Singh et Sahota parlementent, donnent une pièce et la voiture repart. Nous l'avons échappé belle.

Après avoir garé la voiture sur un des immenses parkings situés à deux km d' Anandpur Sahib, nous sommes au milieu d'une foule impressionnante dans la rue principale. Sahota se renseigne au fur et à mesure que nous avançons. Depuis un moment  je cherche à comprendre où vont les groupes qui parcourent la rue principale dans les deux sens. Deux rivières humaines qui se rencontrent formant des remous empêchant toute progression normale. Après avoir évalué les risques de tournage en raison de l'importance de la foule, j'ai laissé une partie de mon matériel de cinéma dans le coffre, notamment le pied. Je me contenterai de la crosse d'épaule comme stabilisateur. Erreur ! La crosse fait 50 cm de long alors que je ne dispose que un ou deux cm avec la personne qui me précède. Remarquant les efforts que je fais pour filmer un sikh me fait signe de le suivre et je me retrouve au balcon du premier étage de son immeuble au milieu d'une dizaine de personnes qui s'empressent de s'écarter pour me laisser de la place. Je vais être aidé plusieurs fois au cours de la journée par des Sikhs dont la surprenante prévenance contraste avec leur effrayante réputation et dont le regard semble transpercer l'âme de celui qu'ils regardent.
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