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legoutdelachine_gtm135_4LE GOÛT DE LA CHINE
Article paru dans Globe trotters Magazine n°135 (janv-fév. 2011)

Art de vivre, richesse culturelle, originalités ethniques dans les campagnes, contrôle et maîtrise des architectures urbaines, comportements exubérants ou retenus... Voyage dans un pays résolument pluriel.

Quelque part entre mythe et réalité se trouve un coeur qui bat fort et vite. Le coeur de plus d’un milliard d’âmes qui peuple l’empire de Chine. Tôt le matin, jusque tard dans la nuit, la vie s’agite.Des armées du tai chi (gymnastique thérapeutique) et autres sportifs se lèvent à l’aube. Les magasins semblent ne jamais vouloir fermer. Au milieu de tout cela, les pauvres travailleurs se laissent ici et là emporter dans les bras de Morphée.


legoutdelachine_gtm135_1Les Chinois travaillent beaucoup et ont peu de vacances, alors ils ont conçu un art de vivre, etprofitent de chaque seconde de repos. Le thé est le premier de leur art, qui permet de tenir tout au long de la journée. Plus qu’une simple boisson, le thé est associé aux divinités, auxquelles on demande fortune et joie. Une grenouille à trois pattes et Bouddha en sont les premiers symboles.
Toute pause est bonne pour pénétrer l’univers des jeux de cartes et de mah-jong. Les joueurs sortent de petites tables carrées faisant office de plateau, et les passants s’arrêtent bien volontiers admirer le spectacle. Enfin, il y a l’art de la danse et du chant. Ici et là, on croise de jeunes chanteurs qui, sans conviction, chantent les derniers tubes pour quelques yuans. Beaucoup plus inspirées, les personnes âgées, accompagnées de musiciens, chantent horriblement faux mais avec un enthousiasme communicatif. Un peu plus loin, des sonos, gorge enrouée, crachent des musiques dansantes sur lesquelles les corps exécutent des chorégraphies atypiques. Certains apprécieront le côté sautillant quand d’autres admireront les expressions quasi-comiques sur le visage des danseurs.

La Chine a également l’art de cultiver le mythe. Des cités détruites, on en reconstruit à l’identique, pour mieux séduire les innombrables touristes chinois qui rêvent de leur glorieux passé. L’art de faire du vieux avec du neuf. De Pékin à la frontière du Yunnan, province du sud, je me suis frayé un chemin entre mythes savamment orchestrés et saisissantes réalités. Le Yunnan est célèbre pour ses ethnies. Au terme d’un long périple, je me suis arrêtée sur les bords du lac Lugu. Ancré au pied des montagnes, le lac crée une ambiance magique. Malgré les hôtels de style traditionnel qui grignotent le rivage, le calme règne en maître.

legoutdelachine_gtm135_2Au-delà du lac, des petits villages se lovent dans la montagne. Les premiers semblent déserts. Quelques maisons en terre, un chien qui aboie, puis le silence. Je poursuis mon voyage sur un chemin qui serpente dans la plaine. Au bout de quelques kilomètres, je rencontre enfin les premiers habitants.Je suis dans un village mosuo, l’une des dernières tribus matriarcales au monde. Les Mosuo sont célèbres pour leurs mariages. Les jeunes filles sont émancipées dès l’âge de treize ans. Elles occupent dès lors une chambre seule et sont libres d’y accueillir un homme pour la nuit. Le mariage ambulant, comme on l’appelle, permet aux femmes d’avoir autant de partenaires qu’elles le souhaitent. Les hommes dorment avec les femmes puis, une fois le jour venu, retournent vivre chez leur mère. Ne pouvant être certaine de la paternité, les femmes gardent les enfants et se chargent de leur éducation. La femme est chef dans sa maison et porte les responsabilités. Les hommes apportent une contribution financière ou de l’aide à la vie de la famille. Au travers de la liberté sexuelle, les femmes s’assurent ainsi de conserver le pouvoir. Les jeunes générations préfèrent néanmoins le modèle monogame et rêvent de l’homme parfait au singulier.
Une femme d’une cinquantaine d’années me sourit et m’invite à entrer chez elle. Elle me présente sa petite fille et sa soeur. Trois hommes sont également présents. C’est une famille de paysans. Il est difficile de communiquer avec eux. À l’exception d’un homme, tous sont illettrés. Dans les petits villages, il n’y a pas d’école. Sourires et gestes prennent le relais pour nouer le contact. Une représentation du dieu du feu trône sur le mur du fond ; à ses pieds, la braise et le chaudron. C’est dans cette pièce que les femmes règnent en maîtresses et prennent toutes les décisions importantes pour la famille. La femme me propose à manger. Elles me prépare une sorte de maïs soufflé, des oeufs et des graines de tournesols dont les restes ne tardent pas à envahir le sol de la pièce. Elle me prépare le thé dans la braise et me ressert sans cesse. Je suis touchée par cet accueil convivial. Les Chinois ne semblant attacher aucune importance au prénom, tout le monde la surnomme tante, marque de respect.
Elle me montre les photographies de ses enfants et me propose d’épouser son fils pour que nous fassions partie de la même famille. Le jeune homme vit dans la ville de Lijiang. Sa mère me donne ses coordonnées et sa photo en me faisant promettre de le contacter aussi vite que possible. J’abandonne mes charmants hôtes et repars le sac à dos plein de provisions. Il est temps de prendre la route pour Lijiang et d’y rencontrer mon promis.

legoutdelachine_gtm135_3Lijiang est le fleuron du tourisme au Yunnan. À peine arrivée dans le dédale des hutongs* qui compose la vieille ville, je suis emportée par la vague de touristes chinois qui déferle sur les attractions locales. De jeunes et jolies vendeuses sont parées des costumes traditionnels des ethnies Naxi, Bai ou Mosuo, qu’elles connaissent à peine. Les magasins artisanaux vendent tous la même chose, les restaurants et discothèques peuplent une vieille ville qui respire définitivement la jeunesse. Émerveillée par l’architecture de briques grises et effrayée par la politique de surconsommation, j’en ai oublié mon futur époux.
Des panneaux stipulent partout de rester dans la zone touristique et de ne pas s’éloigner de son guide. En Chine, il ne faut pas sortir du joli décor peint juste pour nous donner l’illusion d’un monde parfait. Comme prisonnière d’une cage dorée, j’observe les touristes. Nombre d’entre eux sont venus fêter la fin de leurs études. Leur journée est productive : visite, shopping, restaurant.
Je franchis l’enclos touristique, enfourche un vélo et me propulse à la campagne. Au coeur de la plaine, sous la bienveillance des sommets enneigés, de petits villages se dessinent. Je pénètre dans l’un d’eux. Mon vélo devenu balle de ping-pong rebondit sur les pavés. Les maisons anciennes se succèdent au milieu de la campagne verdoyante. Des personnes âgées regardent le temps qui passe assises au bord de la route. Mon objectif se fixe, prêt à saisir cet instant authentique, quand de vieux roublards me tendent la main du bakchich. Ici aussi, le tourisme est un business lucratif. Quant au village voisin, il est le sosie de Lijiang. Une soeur fidèle qui suit dans les moindres détails le modèle de son aînée. En Chine, tout semble définitivement sous contrôle. Des paysages domptés aux habitudes de la population, la vie s’écoule comme une musique sans fausse note.La douce mélodie ne manque pourtant pas de charme. Mais après la campagne et la découverte du patrimoine, je veux sentir un autre visage de la Chine : la vie citadine.

J’exécute une ultime embardée loin des grands axes touristiques. Je prends la mesure de ce pays de l’immense. Chaque distance entre deux villes, si courte sur une carte routière, est en fait une longue traversée qui prend une journée. Je m’installe à bord d’un train chronophage, avant de plonger toute entière dans l’anonymat des grandes villes. J’entre dans Kunming, la capitale du Yunnan. Finis les charmants hutongs à taille humaine. Les immenses buildings aux architectures novatrices s’élèvent droits vers un avenir prometteur. Des écrans géants illuminent la ville et diffusent en continu de la publicité. Des jeunes filles se lancent dans des chorégraphies“girlsbandesques” et tapent dans leurs mains pour attirer le client dans les fast food. Exit la vie calme de la campagne et les costumes traditionnels. Du look “poupée de porcelaine” à la lolita ultra-sexy, les jeunes ados s’aventurent dans le monde moderne avec ferveur. Les hommes aux cheveux décolorés ou aux tee-shirts “Marcel” remonté sur le ventre prennent aussi part au dynamisme de la ville. Les monuments historiques sont d’esthétiques cicatrices sur le visage de la ville. J’aime à me perdre entre les immenses immeubles, à respirer dans les parcs couverts de lotus, à admirer les pêcheurs de poissons rouges dans les fontaines de la ville. Je me délecte de la vie sous tous les angles. À l’image de sa gastronomie, la Chine offre un large choix de saveurs à déguster sans modération. Des paysages aussi différents que grandioses. Une culture riche. Et mille plaisirs à partager.

Intense, drôle et attachante, ça y est, j’ai pris goût à la Chine...

Texte et photos Sabrina Budon

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