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lundi, 27 avril 2020 14:34

Entretien avec Rodolphe Christin.

Entretien avec Rodolphe Christin. Photo : Chris Huret

5e9db1d6250000360ceaff23Rodolphe Christin, vous venez de sortir l’ouvrage, « La vraie vie est Ici, Voyager encore » qui traite de votre vision du tourisme sur notre planète. Dorénavant celle-ci est pratiquement confinée depuis le mois dernier et vos réflexions arrivent à point nommées : 

Pouvez-vous nous dire si le voyage tel que nous l’avons connu est arrivé à son terme ?

Difficile à dire. Ce terme sera-t-il provisoire ou durable ? L'industrie touristique vit un épisode d'une grande violence. Ce qui était devenu une évidence, partir au bout du monde pour un rien, est à présent impossible. Le confinement nous enferme entre nos murs et les frontières se ferment, jusqu'à quel degré d'ouverture déconfinera-t-on ? Tout dépend de l'évolution du virus, de nos capacités à nous guérir, et de notre capacité financière à repartir comme avant, sans oublier les changements politiques qui découlent de cette crise. Cela fait beaucoup d'incertitudes. Disons que l'occasion nous est donnée de réfléchir au sens de nos mobilités et de nous sortir de notre dépendance touristique, qui rend les sociétés fragiles. Je ne suis cependant pas certain que cette occasion sera saisie...

Que va chercher le voyageur, l’aventurier, ou le touriste lorsqu’il se précipite au bout du monde ?

Parmi les attracteurs principaux, il y a les lieux (visiter Venise ou Saint-Malo), les infrastructures (camping ou resort) et les activités (pêche à la mouche, randonnée ou visites de musée). A cela s'ajoute la recherche du soleil ou la fuite des canicules car le critère météo est aussi important. Le tout se combine à différents degrés pour composer une offre, côté production, et une demande, côté consommation.

Et puis il y a dans certains cas une dimension secrète, qui ne s'achète pas, qui se trouve potentiellement partout, qui tient à la puissance transformatrice du voyage, par l'acquisition d'une connaissance "par la peau", ou disons par l'expérience directe du réel. Ce genre d'expérience initiatique fait que lorsque "ça se passe", il y a un avant et un après le voyage. Ce vécu est rare, il ne coute rien, il est donc très précieux.

Le voyage est-il devenu une mode, un besoin, un produit de consommation ?

Un besoin essentiel, certainement pas, ou alors pour une infime partie de la population qui ressent le besoin de partir comme une urgence de vivre. Une mode et une recherche de conformisme, oui bien sûr. C'est étonnant car il y a eu à une époque une dimension subversive dans l'acte de partir : la recherche d'une subversion du quotidien et de libération culturelle par le contact avec d'autres moeurs et d'autres géographies. Aujourd'hui il est intéressant d'indiquer ses voyages dans un CV, l'expérience à l'étranger est une manière de projeter sa carrière "à l'international". Et puis en devenant un produit de consommation comme un autre, néanmoins réservé à ceux qui en ont les moyens, le voyage est une manière d'indiquer une relative aisance matérielle. Ceux qui n'ont pas ces moyens partent pour d'autres aventures : celles de la migration.

Peut-on revenir à un tourisme plus responsable, plus équitable en essayant de limiter à l’avenir ses déplacements ?

C'est vrai que le tourisme équitable fait souvent la promotion de destinations lointaines. Si l'on veut limiter l'impact de nos déplacements motorisés, mieux vaut aller à pieds, à cheval ou à vélo, ce n'est pas qu'une question de distance, c'est aussi une question de temps. Et d'infrastructures aussi : dans un monde fait pour les voitures, il n'est pas évident de voyager à cheval. Mais si l'on veut vraiment limiter l'emprise et les dégradations des infrastructures touristiques, mieux vaut pratiquer moins de tourisme, donc cesser de créer des infrastructures et d'inciter au départ. Mieux vaudrait développer des aspects de l'existence qui rendraient la vie d'ici plus vivable. Que va-t-on chercher ailleurs que l'on ne trouve pas ici ? Que faire pour le trouver ici ? Voilà deux questions qui me semblent essentielles.

Pensez-vous que la crise que nous traversons, sera bénéfique sur nos impulsions de voyage et d’évasion ou retournerons-nous dans des contrées lointaines comme avant des que la pandémie sera terminée ?

Tout dépend des conditions sanitaires, économiques et politiques de l'après. Une partie des gens, consommateurs et décideurs, souhaitent relancer et retourner à la vie d'avant.

Les moyens de transport nous ont montré qu’il était facile de franchir des frontières et de s’émerveiller de cette belle planète, quel est votre avis sur l’après crise ?

Pour continuer de s'émerveiller de cette belle planète, il faut cesser de vouloir transporter et accueillir partout le plus de monde possible et de vouloir transformer sociétés et territoires en marchandises. Un autre modèle est à inventer, une autre manière d'être en relation les uns avec les autres. Moins de quantités, plus de qualités, le voyage est l'oeuvre d'une vie. Plus il semble facile matériellement de voyager, plus il est difficile de vraiment voyager.

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