Escapade havraise - Week-end du 12 septembre 2025
Ville kaléidoscope, Le Havre se lit comme un roman que Pascale et Mapy nous proposent de parcourir lors de notre escapade du 12, 13 et 14 septembre 2025. Derrière son apparente discrétion, la cité révèle une identité profondément marquée par l’art et l’architecture. C’est sur ce fil conducteur que Pascale et Mapy ont entraîné notre joyeuse équipe, le temps d’un cheminement ludique et surprenant.
La ville porte encore la mémoire des bombardements alliés de septembre 1944, qui la détruisirent à plus de 80 %. Le ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme confia alors la reconstruction du Havre à Auguste Perret, entouré de son équipe d’architectes visionnaires. Notre conférencière souligne la maîtrise de Perret : il transforme le béton, jusque-là technique, en matériau plastique et expressif, tout en imposant son célèbre module de 6,24 mètres. Cette trame novatrice permettait de soutenir un immeuble avec une seule colonne porteuse, libérant ainsi l’espace intérieur. Ce vocabulaire architectural résonne jusque sur les flancs des tramways havrais, dont les motifs géométriques dessinent des abstractions vivantes en mouvement.
Sur la place de l’Hôtel de Ville, la majesté des lignes horizontales et verticales nous enveloppe tandis que l’église Saint-Joseph capte le regard. Lieu de culte et repère symbolique des habitants, les vitraux multicolores diffusent une lumière vibrante, tour à tour douce et incandescente. La visite de l’appartement témoin, restituant l’univers des années 1950, réveille ensuite une douce nostalgie : mobilier, bibelots, objets usuels d’époque, tout y est.
À deux pas du bassin du Commerce, le Volcan, salle de spectacle, s’impose comme un souffle moderne au cœur du Havre. Conçu par l’architecte brésilien Oscar Niemeyer, ses courbes blanches rappellent un volcan apaisé, rompant avec la rigueur orthogonale de Perret et célébrant l’ouverture de la ville à la création. Vu du ciel, sa silhouette dessine une colombe, symbole de paix.
À présent, cap sur Un été au Havre, fil conducteur de notre escapade. Dans un square, trône la Maison Étroite d’Erwin Wurm. Elle interpelle le visiteur : pour l’artiste autrichien, elle est une métaphore grinçante de la claustrophobie des banlieues… et des esprits.
Pour célébrer en 2017 les 500 ans de la ville et du port, Un été au Havre continue de parsemer l’espace urbain d’artefacts, éphémères ou pérennes. Pascale nous guide à travers ces curiosités : cabines de plage humoristiques, fresques murales aux camaïeux de violet et de gris, arches monumentales de conteneurs polychromes, ou encore up3, dressée face à l’horizon, évoquant à la fois la puissance des vagues et l’élan des voiles -un hommage à la mer omniprésente.
On découvre aussi les portes de Mossoul réinstallées dans les Jardins suspendus, ou l’étonnant Sisyphus Casemate, un arbre semblant pousser à l’horizontale. Pour ajouter une touche divertissante, Pascale propose un petit jeu photo, rappelant l’ambiance des rallyes urbains et invitant à capturer chaque surprise sous un angle inattendu.
Changement de décor avec le musée de l’Hôtel Dubocage de Bléville, ancienne maison de négoce du navigateur Michel Joseph Dubocage. Son cabinet de curiosités regorge de marines, de maquettes de frégates et de corvettes. Sous le règne de Louis XIV, Le Havre jouait déjà un rôle stratégique pour la marine française. Les bassins -en particulier le bassin du Roi (ou bassin du Commerce plus tard) servaient alors de chantiers navals et de zones d’entretien pour les vaisseaux de guerre et les navires marchands.
Point d’orgue de notre escapade : l’abbaye de Graville, où nous avons pique-niqué religieusement dans ses jardins ! L’abbaye abrite un musée d’art et d’histoire au cœur d’un site monastique préservé. Une exposition temporaire « Végétales - Voyage dans l’illustration botanique », dévoile ses aquarelles, herbiers et planches anciennes retraçant l’histoire de la représentation du végétal. L’abbaye, entourée de jardins et d’espaces verts, a longtemps été un lieu où l’observation et la culture des plantes occupaient une place centrale. L’exposition rend hommage à cette tradition en présentant des dessins finement réalisés de plantes locales et exotiques.
Côté hébergement, notre halte à l’hostel “The People” -une auberge de jeunesse hippie-chic occupée par des boomers (!) nous a réservé de belles surprises : chambres spacieuses avec kitchenette et un restaurant proposant une cuisine savoureuse, le tout à deux pas de la gare.
Outre ses commentaires, Pascale a fait appel à des guides conférencières et des médiateurs culturels pour enrichir la visite. Nos pas nous ont menés à travers la ville orthogonale, dix kilomètres en moyenne par jour, parcourus dans la bonne humeur et un étonnement certain.
Trois adresses incontournables :
- Pour les amateurs de lecture, La Galerne (148 rue Victor Hugo), l’une des plus belles librairies de Normandie. Un havre de paix au cœur du Havre, invitant à flâner parmi des milliers d’ouvrages et à savourer des instants de lecture ou de rencontres littéraires.
- Hautot, chocolatier-pâtissier-glacier (65 rue Louis Brindeau), où les boîtes en forme de conteneurs prolongent le clin d’œil portuaire.
- Feuillette (111 boulevard de Leningrad), boulangerie-pâtisserie-salon de thé, idéal pour des pauses sucrées, salées.
Pour aller plus loin :
- Le Muma,
- Le Jardin japonais.
< Christine Villemin














