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mardi, 05 février 2019 08:41

Vivre plus fort !

« Ce n’est pas la vie qui passe vite, c’est nous qui sommes lents à la saisir » Zidrou, L’indivision.

 Partir. Le seul mot qui résonnait sans cesse dans ma tête. Qui ne voulait plus en sortir. Partir pour vibrer. Partir pour vivre plus fort. Vivre quelque chose de vrai, avec ma famille, même si ce n’était qu’éphémère. Tout ce qui serait vécu ne pourrait pas nous être pris. Certains m’ont reproché de fuir. Je ne m’en cache pas car fuir ne me paraît pas être un défaut. Je pense même qu’il faut avoir du courage pour fuir quand la vie ne nous donne pas ce qu’on attend d’elle. Aller trouver ailleurs ce qu’on recherche plutôt que de se morfondre dans un monde qui ne nous correspond pas, en se le répétant chaque matin. C’est plutôt une jolie preuve de courage à mon avis.

Et moi, le rythme de vie que notre société nous impose ne me satisfaisait pas. Se lever aux aurores, aller bosser avant que le soleil ne se lève et rentrer quand le soleil est déjà couché. Apercevoir mes enfants entre deux portes, entre deux « on va être en retard ». Tout le monde me répétait que c’est ça la vie. Mais j’avais le sentiment que ça ne pouvait pas être que ça. Ca ne devait pas être que ça. C’était vraiment ce que je voulais transmettre à mon fils? Que la vie ressemblait à une course effrénée contre le temps? Alors j’ai décidé de vivre une parenthèse. 7 jours sur 7 et 24h sur 24 avec ma famille. 4 mois.

Convaincre mon amoureux n’a pas été très long même si mon idée lui a semblé de prime abord assez dingue. Et j’étais d’accord. Mais quand je lui ai montré que c’était possible, que d’autres le faisaient et quel pied ce serait que de s’aventurer sur les routes du monde avec nos enfants, il a rapidement adhéré au projet. Même si je savais qu’il ne participerait pas à l’organisation. Ça n’a jamais été son truc de préparer les voyages. Et il faut dire que ça a toujours été le mien. J’adore ça, gratter, chercher les bonnes affaires, découvrir des pays à travers des mots et des images, juste avant de les découvrir en vrai

Quand vint le tour des enfants, ce fut assez simple. Enfin presque. Car nous sommes une famille recomposée. Il fallait donc déjà convaincre la mère de notre ado. Finalement, ce fut assez rapide et l’expérience que pourrait vivre son fils pendant 4 mois a pris le dessus dans sa décision de le laisser partir. D’ailleurs nous ne nous voyions pas partir sans lui. Ensuite, les enfants à proprement parler. Je me souviens encore du regard béat de notre ado quand nous lui avons annoncé le départ. Il rêvait déjà. Le petit de 4 ans n’a pas tout à fait compris la situation mais répétait à qui voulait l’entendre qu’il allait faire le tour du monde.

« La vie est trop courte pour vivre le rêve de quelqu’un d’autre » Hugh Hefner

Il a fallu ensuite l’annoncer à nos proches et nos familles. Nous avons alors fait face à des réactions étonnantes et parfois frustrantes pour nous. Certains étaient heureux pour nous, envieux, émerveillés. D’autres plus réservés, inquiets, voire carrément opposés au projet. Cela me blessait profondément. Jusqu’à ce que je comprenne que je n’avais pas à satisfaire les désirs ou les rêves des autres, mais bien les nôtres. Et puis il y avait ceux qui nous répétaient que nous avions de la chance. De la chance? Comme quelque chose qui se produit par hasard? Si le mot chance doit être utilisé, j’aime à dire que cette chance, nous l’avons provoquée. Nous avons économisé, sacrifié avec détermination pour vivre cette aventure. Les priorités des uns ne sont certainement pas celles des autres. Quand nous creusions un peu, nous réalisions que ceux qui tenaient ces propos étaient incapables de limiter ou d’abandonner leur vie dépensière pour vivre ce rêve. Tout simplement parce que ce n’était pas leur rêve. C’est la seule façon de se donner les moyens de rendre ce projet réel. Si c’est juste une idée, un « j’aimerais bien », cela ne suffit pas. Mais quand ça vous prend aux tripes, au point de ne penser qu’à cela jours et nuits, alors il n’existe aucune barrière.

« Si vos rêves ne vous font pas peur, c’est qu’ils ne sont pas assez grands » Ellen Johnson Sirleaf

Oui, je me suis sentie dépassée par notre rêve. Bien sûr, l’organisation m’a parfois semblée insurmontable. Etions-nous vraiment des parents responsables en partant sur les routes avec deux enfants? Pourquoi investir autant d’argent dans ce projet de seulement 4 mois? Mais toutes ces interrogations, ces inquiétudes, ces doutes étaient toujours balayés. Même si je savais au fond de moi que ce ne serait pas de tout repos!

Je réfléchis souvent à ce que les autres ont imaginé de notre voyage. Pensent-ils que ce fut du farniente permanent ? Les photos, les récits, les anecdotes que j’ai racontés, partagés sur les réseaux sociaux, sont une infime partie de la vie que nous avons vécue. Ils ne représentent que ce que l’on veut bien laisser paraître. Bien sûr je n’avais pas l’attention de me plaindre, et j’avais bien pour objectif de faire voyager les gens à travers leurs écrans. Mais j’ai voulu aussi préciser la réalité; faire comprendre aux gens que même si l’aventure est exceptionnelle, la vie de famille reste un combat de chaque jour. Surtout quand on vit en permanence en vase clos. Finalement, mis à part ceux qui voyagent ou vivent de cette manière, nul ne peut réellement se rendre compte de ce que signifie vivre chaque minute avec les autres membres de la famille. Parce que malgré tout ce qu’on peut en dire, voyager pendant 4 mois, ce n’est pas les vacances!Donc, pour en revenir à notre grand départ, près de 18 mois après la prise de décision, après des préparatifs intensifs, passionnants mais tout aussi stressants, nous avons pris notre premier vol, celui par lequel tout commençait, celui qui nous emmenait à New York.

Loup 1

New York !

L’itinéraire avait été débattu à de nombreuses reprises, en famille, pour que chacun trouve sa place dans ce voyage. Et New York, tout le monde en rêvait. Cette ville est folle. Son effervescence donne le vertige. Les journées étaient longues et fatigantes, encore plus avec deux enfants. New York a bien rempli son rôle de première étape. Nous étions en août et sous une chaleur écrasante, nous avons dévoré cette ville comme si nous rentrions quelques jours plus tard à la maison. Le rythme effréné que nous avons tenu pendant 4 jours n’aurait pas pu se prolonger ensuite. Je le disais, ce n’était pas des vacances. Il fallait tenir pendant 127 jours. Et nous avons parfois eu tendance à l’oublier.

Ces 4 jours ont donc été intenses, comme une préface qui ne serait pas dans le bon livre. Mais New York en valait la peine. Elle nous a séduit et bien plus que cela encore. Alors pourtant que nous avions établi un itinéraire de voyage autour de la découverte de grands espaces, où presque aucune grande ville ne venait empiéter sur nos désirs de liberté.

 Ce besoin de ressentir cette immensité, nous l’avons rapidement satisfait dans l’ouest américain. Nous avons sillonné le Nevada, l’Arizona, l’Utah et la Californie. Nous avons roulé sur cette célèbre route 66. Les couleurs, les paysages, les émotions n’en finissaient plus de changer, au rythme des miles parcourus. Nous avons chéri ces routes qui nous ont portés, ces pistes qui nous ont balancés. Le soleil, le vent, les orages, les tempêtes de sable, la grêle…. cette partie des Etats Unis n’a été que surprise pour nous. Le plus dur quand on voyage avec des enfants, c’est d’accepter qu’ils ne s’émerveillent pas de ce qui nous impressionne. Qu’ils ne prennent pas la mesure de ce que nous vivons à cet instant précis. Alors on prend du recul, on essaye de se souvenir qu’on était pareils à leur âge et on admire sans rien demander aux autres.

Cette partie du voyage a révélé une contradiction importante qu’il fallait prendre en compte et régler rapidement. Alors même que nous respirions la liberté dans ces paysages extraordinaires, nous avons découvert la véritable vie à quatre dans un espace plus que réduit, un camping-car. Une première pour nous. Bilan? C’est petit. En termes d’intimité, on est loin du besoin de deux adultes qui peinent à sa retrouver, un ado qui découvre son indépendance et un enfant qui prend vite l’habitude de dormir avec son frère et ses parents. Alors, il faut s’imposer de passer du temps pour soi, seul. Au moment d’un footing matinal ou tardif le plus souvent. Ou lors d’un réveil aux aurores pour observer un lever de soleil silencieux. Celui sur Monument Valley est l’un de mes plus beaux souvenirs. Ces quelques instants face à soi-même faisaient toujours beaucoup de bien. Les retrouvailles avec le reste de la famille n’en étaient que meilleures, surtout quand le footing était consécutif à un ras le bol général. Quand on vit aussi proches les uns des autres, tout est décuplé. Les émotions deviennent des explosions. Chaleur, fatigue, contrariété engendrent des disputes qui n’auraient sans doute pas eu lieu en temps normal.

Notre vie ne ressemblait pas à une série américaine, même à l’autre bout du monde. Les enfants ne sont pas toujours souriants, ils râlent, ne veulent pas marcher, se bagarrent et nous nous disputons, nous les disputons. Mais prendre le temps de les voir grandir, de les câliner chaque jour sans penser à l’heure, aux repas et aux courses! Quel privilège! Les enfants s’adaptent tellement vite à leur environnement que c’en est parfois déstabilisant. Et pour éviter certaines tensions quotidiennes, j’avais établi deux règles, que nous avions déduites de nos premières semaines de voyage; trouver si possible chaque jour un espace de jeux pour eux et avoir toujours à manger sur nous car ils ont toujours faim!

Loup 2
Et puis nous avons vécu des moments magiques qui nous ont rapprochés, avec cette impression de partager un secret, comme lorsque nous avons nagé avec des dauphins à Hawaii, fait du stop à Bryce Canyon, assisté à un coucher de soleil glacial au sommet du Mauna Kea ou loué ce minuscule bateau sur le lagon désert de Bora Bora. Des moments difficiles aussi, lorsque nous avons écumé les maisons médicales et hôpitaux en Nouvelle Zélande, notre petit ne mangeant plus depuis trois jours. Nous avons découvert tous ensemble ce que c’est que de vivre au Cambodge, en échangeant avec notre guide francophone, Piseth, sur la condition des femmes et des enfants dans son pays, la corruption ou la pauvreté. Nous nous sommes questionnés sur notre propre vie, notre rythme effréné, notre consommation perpétuelle. Et même si nos enfants n’ont pas fondamentalement changé leur manière de vivre, je suis persuadée que ce voyage marquera à jamais leur caractère. Et le nôtre.

«  La vie ce n’est pas seulement respirer, c’est aussi avoir le souffle coupé » Alfred Hitchcock

 Aujourd’hui nous sommes rentrés. Et je ne peux pas dire que ce voyage nous ait transformé, individuellement ou en tant que famille. Je ne crois pas que nous sommes plus soudés comme on l’entend souvent. La vie a repris normalement son cours. Comme avant. Mais nous avons vécu une histoire commune, pourtant hors du commun. C’est difficile pour moi de prendre chaque jour le même chemin pour travailler, de répéter à nouveau « on se dépêche », de regarder ces dressings qui débordent.

Nous avons dormi dans des 31 lits différents, pris 23 avions, mais aussi des bus, des trains, des tuktuk, des métros, des bateaux, des pickups, des campings cars, et même des vélos. Nous avons fait et défait nos sacs tous les trois jours, nous ne savions jamais où le vent nous porterait chaque jour. Nous avons découvert une infime partie du monde!Voilà. On a vécu une aventure extraordinaire. Comment on fait après ça pour reprendre une vie ordinaire?

Clémence Loup sera présente au 4e Paris Travelers festival 2019

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