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Souvenirs de Birmanie

La merveilleuse pagode de Mahamuni sur les hauteurs de Mandalay La merveilleuse pagode de Mahamuni sur les hauteurs de Mandalay
Nous avions quitté notre chère patrie en janvier 2020. Nous rêvions du Myanmar, hésitants car solidaires des Roningyas rejetés et obligés de fuir au Bangladesh. Mais, plus de voyageurs visiteraient ce pays, plus son gouvernement serait peut-être contraint de modifier sa politique ? C’est donc l’esprit libre et optimiste que nous avons atterri à Mandalay, 2 000 000 habitants, dernière capitale royale, après avoir survolé des montagnes innombrables et verdoyantes d’où émergeaient quelques rares habitations. Un vieux bus insolite aux rideaux de dentelle et au tableau de bord orné d’un bouddha en plastique nous amena, à notre plus grand étonnement, directement à l’hôtel. Quel accueil chaleureux ! Boisson fraîche et sourires !

Aucun touriste ? Nous comprendrons seulement plus tard, que c’était à cause d’un virus inconnu.

Mais, pour nous, la rencontre avec les Birmans empressés de nous apporter aide et gentillesse, commençait. La réciprocité était évidente ! Les touristes sont une chance pour le Myanmar oublié de tous, sauf des spéculateurs et habituellement des nombreux touristes chinois. Nous voilà immergés dans les dorures et la ferveur des fidèles à la pagode de Mahamuni. Harmonie totale, raffinement absolu, collage de feuilles d’or sur le bouddha géant. Hors du temps, celui de la spiritualité nous happe. Les pèlerins, bras chargés de fleurs et d’offrandes, défilent dans une sorte de ballet incessant d’une pagode à l’autre dans le sens des aiguilles d’une montre, indifférents aux voyageurs que nous sommes. Nous avons l’impression d’être voyeurs, impression qui se dissipera car peu à peu nous délaisserons nos schémas occidentaux. Un défilé d’une centaine de couples en habits de fête, passe devant nous, puis prend la pose. Profusion de tissus chamarrés et de coiffes extraordinaires. Les nostalgiques d’une époque révolue sont parés de leurs plus beaux atours loués pour un mariage. À ce stade de notre périple nous n’avons pas encore découvert la dure réalité du Myanmar. Nous sommes sur une autre planète.

 Nous comprendrons plus tard à quel point le bouddhisme est essentiel pour ce peuple. Beaucoup de Birmans n’ont que cet échappatoire pour avancer et espérer une vie meilleure. Les plus pauvres donnent le plus : un petit bouquet de fleurs, un peu de riz, une feuille d’or si précieuse.

Mandalay est un joyau : moines, au petit jour, recevant leur part de riz quotidien ; étonnement devant le poste à essence ambulant ; ravissement dans le quartier des sculpteurs de bouddhas de pierre blanche ; marchés de rues. Mais aussi consternation devant ces travailleurs miséreux, aux vêtements sales et déchirés, ramassant et triant des déchets pour les amener en d’autres lieux où ils s’accumuleront à nouveau. Plus loin, sur le pont de teck d’U Bein construit en 1849 pour relayer la ville à la campagne pendant la mousson, nous avançons dans un paysage sublime, au coucher du soleil. Des barques nostalgiques passent au milieu du lac TaungThaMan, des plantes aquatiques et des canards pendant qu’une charrette au loin, tirée par un cheval amaigri, ramène le paysan local dans son village. Une femme assise sur le pont étroit, les yeux vagues, loue des moineaux, pour un cours envol porte-bonheur, ceux-ci attendant, dans leur cage l’opportunité de s’échapper quelques instants avant d’y revenir disciplinés. Plus loin, un moine médite, impassible, au milieu de jeunes filles aux beaux yeux bridés parfaitement maquillés et aux ongles peints, posant sous leur ombrelle, oubliant la beauté qui les entoure pour focaliser l’appareil sur leur image digne d’un film de Wong Kar-Wai (In the Mood for Love). De l’autre côté du pont, tout est différent, c’est la sortie de l’école : les enfants aux joues colorées de bois de tanakan broyé, s’interpellent, rient, s’arrêtent dans les échoppes pour acheter des bonbons pour quelques kiats. Le village est paisible, verdoyant, les maisons simples. Un portail ouvert, donne sur une cour jonchée de détritus. En son milieu, une femme fabrique de larges nasses en bois de fibres de bambou. Elle nous invite d’un geste à la rejoindre. Rencontre éphémère, générosité et partage encore. Plus loin, je m’assois sur la marche d’un salon de coiffure. Une jeune femme en sort et insiste pour que je me repose. Dans un bon anglais, elle discute avec moi, me demande d’où je viens, nous échangeons sur nos familles, photos à l’appui ; moment précieux, sans frontières.
Nous traversons la ville en tuk-tuk — nous en prendrons beaucoup en deux mois, des bancals avec de petits rideaux de tissu ou de plastique, certains avec un portillon pour nous empêcher de tomber et d’autres aux 4 vents, d’autres pimpants neufs —, dans un froid vif, car ici, le contraste de température est grand entre le matin et l’après-midi au mois de janvier.

Les merveilles se succèdent : le sanctuaire de la pagode Kuthodaw contient des milliers de textes dictés par Bouddha au 1er siècle avant J C, gravés par les scribes à partir de manuscrits sur feuilles de palmiers répertoriant l’enseignement bouddhique, Le Kripitaka. En sampan, long bateau à fond plat, nous accosterons sur la rive orientale du fleuve Irrawaddy. Nous nous trouverons à nouveau dans des lieux magiques, au milieu des champs et des rizières, des vestiges de cités anciennes datant du XIVe jusqu’au XVIIIe siècle, à Innwa, capitale des pierres précieuses.

Un jeune homme, charmant et doux, nous propose des petites clochettes pour un prix dérisoire, des femmes le concurrencent dans une ambiance bon enfant : pas cher, joli alors, pas cher, nous serinent-elles, en éclatant de rire. Une carriole, aux pompons colorés et aux coussins désuets, nous conduit vers cette antique cité dévastée par deux tremblements de terre. Une jeune fille nous suit à vélo, pour nous vendre son artisanat. Dans le beau monastère Bagaya aux colonnes de teck noirci et patiné de brai de pétrole et aux portes sculptées, règnent calme et sérénité, autour des novices de l’école pour enfants défavorisés.

Dans le silence du monastère de Maha Aung Mye Bon Zan, à la structure impressionnante et aux escaliers monumentaux, nous assistons à une scène insolite : un mannequin, une fleur de manguier dans les cheveux, pose en longue robe de soirée, probablement pour un magazine. Nous croiserons plus loin, dans un son de clochettes cristallines, une autre calèche au milieu des chemins de terre battue et des champs de canne à sucre. Mais c’est le moment du retour, nous quittons ce lieu hors du monde. Plus loin, vite installés, la table nettoyée, on se presse autour de nous, sourire aux lèvres, heureux de nous accueillir avec des beignets de minicrevettes séchées et des légumes frits grâce à un barbecue improvisé dans un bidon en fer. Le lendemain, nous traversons encore le fleuve. Arrivés sur la berge, une charrette, en bois patiné par le temps, sur laquelle est gravé TAXI, semble nous attendre, avec ses deux magnifiques bœufs blancs. La pagode Hsinbyume, édifice immaculé de 50m de haut, ressemble à un immense escargot tournant autour de set terrasses concentriques évoquant les sept chaînes de montagnes avoisinantes : un hommage à la femme du roi Bagyidaw. Enfin, la cloche de Mingun, la plus grande au monde (90 tonnes) nous renverra à la vision de la centaine d’ouvriers - esclaves, la hissant sur son support au XIXe siècle ! Dans Mandalay, nous irons de surprise en surprise, du marché de jade à la fabrique de feuilles d’or, en passant par le marché local où les hommes jouent au billard. Nous y déjeunerons au grand étonnement de la cuisinière, car nous serons les seuls clients européens. Encore rire et partage par l’intermédiaire d’un petit garçon qui nous fait un petit bonjour de la main tout à la joie d’attirer notre attention. Voilà comment débuta notre émerveillement au Myanmar !

En relisant ces lignes, aujourd’hui, nous avons le cœur serré en pensant à ce peuple si accueillant et généreux. Nous avions été étonnés de ne pratiquement jamais rencontrer de militaires ; tout semblait simple. Nous n’étions pas dupes. Peu de Birmans osaient s’exprimer sur la politique. Quelques trop rares photos de Aung San Suu Kyi accusée de trahison par l’ONU, coupable ou contrainte par la junte militaire de nier la dure répression des Rohingyas et aujourd’hui à nouveau privée de liberté.

Il ne reste plus qu’à espérer que le courage et la détermination de ce peuple opprimé aboutissent à une évolution positive. Mais comment y croire ? Rien ne va dans ce sens. La pandémie mondiale accentue le manque de prise de position des pays susceptibles de leur venir en aide. Et malgré toutes les prières dans les temples débordant de richesses, il faudrait un miracle pour que la situation s’améliore.

< Marie-Claire Dupont (34)

 
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