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lundi, 27 avril 2026 19:03

Portrait de voyageurs, adhérent de l'association.

Michel Lelièvre, adhérent et grand voyageur (76)

Présente-toi en quelques mots ?

Michel Lelièvre, j’ai 75 ans, j’ai fait mon parcours professionnel dans l’industrie pétrolière, et depuis 20 ans, je suis à la retraite mais j’ai toujours voyagé, avec ma femme nous avons voyagé depuis l’âge de 25 ans.

Pourquoi cette envie de voyager ?

À l’école, j’étais fasciné par les pyramides, les temples, les autres peuples. Et puis un pays qui m’a toujours ébloui, c’était l’Inde. Après un premier voyage facile en Thaïlande, on a été voir l’Inde.

Et aujourd’hui, tu es toujours fasciné par ce pays ?

J’y suis encore allé l’année dernière, en février, voir la Kumbha Mela. Douze ans avant, je m’étais dit que si j’avais la forme douze ans après j’y retournerai. C’est fantastique ! Un autre pays que j’adore, dont j’aime bien l’ambiance, c’est le Népal. Je connais mieux Katmandou que Rouen.

Tu voyages depuis tes 25 ans, cela fait donc 50 ans que tu bourlingues, où es-tu allé ?

On a fait beaucoup l’Asie, et pour mes 50 ans je m’étais offert le Groënland en kayak, un très beau voyage. Après, l’Amérique du Sud et centrale, le Guatemala, le Pérou, le Chili, la Bolivie, et les États-Unis deux fois, car l’Ouest américain, je trouve ça très joli, le Grand Canyon, les parcs... J’y suis retourné avec mes enfants quand ils avaient 15-16 ans, pour leur monter que le rêve américain, ce n’était pas si terrible que çà. Ceux qui avaient une belle profession là-bas vivaient moins bien que nous qui avions une profession bien plus modeste. Ma femme avait une amie américaine, archéologue, lui travaillait pour la NASA, à l’époque j’avais 26 ans et je n’aurais pas échangé ma maison avec la leur.

Qu’est-ce que ça t’apportait de voyager ?

Tous les deux, c’était la curiosité. Avant, c’était plus compliqué que maintenant. Nous réservions la première nuit grâce au Guide du Routard, et parfois quand on arrivait sur place, l’hôtel était plein, il fallait vraiment se débrouiller tout seul. Pour moi, il y avait ce côté : « on peut le faire » ! C’est souvent un pari pour moi, une revanche sur l’école qui ne m’a pas fait de cadeaux.

C’était un défi personnel ?

Oui. Quand on est allé en Chine, c’était compliqué, mais on l’a fait quand même. Il y a un petit côté stress qui fait du bien.

Qu’est-ce qui te plaît le plus en voyage ?

Ce sont les paysages, autant que les monuments : le Taj Mahal, la Grande Muraille, ça ne te laisse pas indifférent, mais la Bolivie, le Chili, le désert Blanc en Égypte… Si je devais faire un classement, ce sont les sites naturels que je mettrais en premier. Les rencontres, je n’en fais pas tant que cela. Je n’ai pas un anglais très affirmé.

Tu fais beaucoup de photos ?

Des paysages et des portraits. J’ai de la chance, peut-être un feeling, les gens se laissent prendre en photo. En Inde, je suis souvent arrêté car les gens veulent me photographier. Donc j’ai facilité à les prendre aussi. Je leur demande l’autorisation. Je suis allé en Éthiopie, je n’ai pas fait le Sud car je savais qu’il fallait monnayer chaque cliché. En Namibie, c’était déjà le cas : avec les Himbas, c’était plus folklorique que naturel.  

Tu as vu dans tes voyages des endroits qui avaient perdu leur naturel ?

Un pays visité il y a 20 ans et maintenant, ce n’est plus du tout pareil. J’étais à la Kumbha Mela l’année dernière, à Bénarès, avec des millions de personnes. Douze ans avant, il n’y avait pas grand monde. Le tourisme se développe partout. En Inde, ce qui est plutôt bien, c’est que c’est du tourisme indien, c’est bien que les Indiens puissent voyager dans leur pays. En contrepartie, il y a du monde partout. Au Pérou, au Machu Picchu, on y était allé sans réserver, maintenant il faut réserver longtemps à l’avance… Nous étions arrivés un matin, et c’était bon.

C’était mieux avant ?

Je ne dirais pas ça ! C’était plus compliqué peut-être - aujourd’hui il y a plus de facilité pour trouver un circuit ou un hôtel -, mais on avait moins de monde sur les parcours. Aux États-Unis, on n’avait rien retenu, on campait sur les parkings des parcs nationaux. Maintenant, ça ne doit plus être possible. Mais finalement, c’est plutôt bien que plus de personnes voyagent.

Combien préfèrent les voyages organisés ?

Parfois, on n’a pas le choix. En Mauritanie, nous étions dans un circuit parce qu’on ne pouvait pas faire autrement. Au Groenland, je ne pouvais pas louer un kayak et partir seul au milieu de la banquise. Au Bhoutan, on ne peut pas y aller tout seul. Le Tibet, c’est pareil. On avait trouvé un guide grâce à un Abmiste qui nous avait conseillé, sinon on n’y serait pas arrivé. On n’est pas plus fort que les autres. Après, le Potala, c’est quelque chose. Et les paysages, le train : le plus beau train que j’ai pris, c’est à partir de Lhassa jusqu’à Cheng Du, le train le plus haut du monde, c’est fabuleux. Des moments comme cela, on ne les oublie jamais. Au Zanskar, le trek du Chadar, le long de la rivière gelée, tu ne peux pas faire ça sans structure.

Tu as pris des risques en voyageant ?

Je suis courageux mais pas téméraire. Le Groenland, il y avait des risques. La rivière gelée, il ne faut pas que tu tombes, car avec ma souplesse je ne sortais pas de l’eau. Je n’ai jamais fait de deltaplane ni de parachute, tout ce qui vole… ni d’escalade, ni d’alpinisme. Je ne suis pas peureux mais je ne prends pas de risque physique. Je ne me suis jamais rien cassé et je souhaite que ça dure.

Est-ce que l’âge modifie ta façon de voyager ?

Maintenant, je suis plus pratique. Je n’arrive plus à l’aéroport sans avoir retenu une chambre pour la nuit. Sinon, ma façon de voyager est toujours la même qu’au début. Je dépense le moins possible, hébergement, restauration, jamais de luxe. Par exemple, en Jordanie récemment avec un ami, à 18 h on ne savait pas encore où on allait dormir. On avait une voiture et si jamais on ne trouvait pas, on dormait dans la voiture. Attention, quand je pars, je sais ce que je vais faire, je connais le fil conducteur mais je ne sais pas si j’y serai le 12, le 13 ou le 14.

Tu as toujours voyagé avec d’autres, jamais seul ?

Oui, et ça s’est toujours bien passé quand, je l’ai appris par l’expérience, on avait la même envie du voyage, la même façon de voyager avec le même budget et la même passion. C’est important de définir ce qu’on veut faire, des musées, des paysages…  

Tu as commencé à voyager à 25 ans, tu en as 50 de plus. Le corps te rappelle à l’ordre ?

L’âge, je m’en fiche et je sais que j’en ai encore pour 4 à 5 ans à continuer comme ça, car cela ne peut pas durer plus. Il y a un côté risque que je ne prendrai pas. Je ne ferai pas comme Doris Lacombe qui est partie en moto à 82 ans. Chapeau ! Pour l’instant, mes voyages sont engagés, mais jamais extrêmes. J’entretiens mon corps, je vais à la salle trois fois par semaine, je fais du vélo. Durant mon dernier voyage en Himalaya, j’ai commencé à voir mes limites. Maintenant, je suis allé dans quasiment toutes les destinations qui m’intéressaient.

As-tu un conseil à donner à quelqu’un qui voudrait voyager et qui ne l’a pas encore beaucoup fait ?

Faire un premier voyage simple. J’ai donné l’exemple de la Thaïlande, c’est facile à organiser, c’est sécurisé, avec la mer, la montagne et les temples. Tout le monde peut y trouver son bonheur. En cas de problème de santé, il y a tout ce qu’il faut. Et puis, pour partir avec quelqu’un, c’est ce que je disais tout à l’heure, il faut avoir les mêmes envies, le même budget, la même passion. Mais celui ou celle qui veut partir dans un pays doit d’abord être attiré par ce pays, pour voir ce qu’il a lu dans des guides, vu à la télé ou entendu à l’école. Des monuments, des paysages dont il a entendu parler, qui lui trottent dans la tête.
Ça a souvent été le déclencheur d’un départ.

Entretien réalisé par Philippe Masse.

 
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