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jeudi, 03 novembre 2022 09:14

Bienfaitrice à Madagascar

En 2004 nous partons, ma sœur et notre maman, visiter Madagascar. Connaissant les conditions de vie, nous voulons apporter un peu à ce peuple qui manque de tout. Nous ne savons pas quoi et à qui donner quand, un beau matin, arrive une invitation pour une conférence avec sœur Emmanuelle. Moment magique, résonnent encore ses «Yalla» qui donnent envie de bouger. Florence, journaliste, intervient ce soir-là avec la religieuse et nous communique les coordonnées de Thérèse, religieuse d’Antananarivo avec laquelle elle a travaillé à “Ankasina”. Thérèse nous liste alors ses besoins : médicaments pour les enfants, articles scolaires, vêtements enfants et adultes.  

Dès notre arrivée à Tana, nous nous rendons à “Ankasina”. Sœur Thérèse, petite et frêle femme, dynamique et énergique, nous fait visiter son centre, rencontrer le docteur, la sage-femme, l’infirmière, les institutrices et les enfants. Quel personnage ! Elle nous fait vivre des moments intenses que nous ne sommes pas prêtes d’oublier. Lors de cet après-midi, elle nous parle de sa vie et nous apprend qu’elle fait partie d’une congrégation sarthoise, qu’elle va en pèlerinage à Lourdes avec notre grand-mère… Que le monde est petit !

Thérèse est née à Paimpol, dans les années 1930. Insouciante pendant l’adolescence, elle sent le besoin d’aider les autres et devient religieuse dans la Sarthe. A l’âge de la retraite, elle part à Madagascar soutenir les plus pauvres et s’installe à Antananarivo. Un petit bâtiment fait office de bouée dans le bidonville inondable d’Ankasina. Elle veut porter secours aux enfants mais très vite constate que les 12 000 habitants ont besoin d’aide pour survivre. Le local devient dispensaire. Son obsession d’éduquer les enfants est forte. Avec sa volonté, son opiniâtreté et son courage, elle fonce et mobilise ses relations françaises et malgaches, rencontre même à plusieurs reprises le Président malgache. Rien ne l’arrête, rien ne lui fait peur. Avec les dons obtenus, elle réalise, organise de nouvelles infrastructures avec salles de classe, blocs sanitaires, cuisine, bibliothèque. Elle est si fière de nous parler de sa rencontre avec le couple Chirac qui lui a permis d’installer bancs et tables dans les classes.

Oh, avec sa droiture, elle précise bien que le chèque était de leur nom. Son centre médical fait office d’hôpital de quartier. Elle n’hésite pas à parler contraception aux femmes, allant jusqu’à leur préconiser la pilule. Quel modernisme et quel réalisme pour cette femme de terrain qui comprend ce qu’est la vie, se moquant des tabous. Avec ses yeux pétillants de malice, son sourire, son autorité naturelle, ses réparties, son sens de l’ordre, son désir de sauver, elle a fait de ce centre Ankasina le havre du faubourg. C’est exceptionnel. Les classes pleines d’enfants souriants, joyeux, fiers d’apprendre, nous font réfléchir sur nos modes de vie occidentaux. Comment ne pas être émues devant ces bouilles, si heureuses de partager leur bonheur malgré les conditions de vie, et quelle leçon de les voir se tourner avec admiration et affection vers Thérèse ! Les règles sont faites pour être respectées et Thérèse ne ménage pas les enfants qui comprennent que leur avenir démarre ici. Un repas à base de riz est servi le midi pour tous les enfants du quartier. A l’entrée du centre, elle organise régulièrement des ventes de vêtements contre quelques ariary (100 ariary = 2 centimes) . Elle nous explique qu’il ne faut pas donner pour donner mais bien faire comprendre que tout se mérite. Comme elle a raison et est pleine de bon sens : nous sommes en admiration. Son caractère, sa fougue, sa boulimie à donner aux autres nous impressionnent.

Les conditions de vie et la difficulté du travail ont eu raison de la santé de Thérèse. Fin 2007, elle vient dans un village du pays manceau d’où elle continue à épauler ce centre auquel elle est viscéralement attachée. A chacune de nos visites, elle nous donne des nouvelles, mais ne veut plus y retourner : quitter ses enfants lui a trop fait mal, elle en est restée bouleversée.

Une équipe a été mise en place pour prolonger son œuvre mais, malgré la bonne volonté de ces religieuses, il manque et il manquera toujours le gant de fer dans un gant de velours. Voici quelques années, son état se dégradant, Thérèse a rejoint un centre breton, près de sa famille. Elle a fermé les yeux quelques semaines après notre maman. Il ne fait aucun doute qu’elle parlent souvent des enfants d’Ankasina et de Madagascar qu’elles aimaient tant évoquer.

< Marie-Claude Burgé (72)

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