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mardi, 25 juillet 2023 10:04

Histoires de plantes voyageuses

Yunnan Yunnan Katia Astafieff

Les plantes peuvent nous faire voyager. Certaines, aujourd’hui banales dans nos jardins, viennent pourtant de très loin. On a parfois oublié leur histoire.

Dans l'ouvrage L’aventure extraordinaire des plantes voyageuses dix histoires de plantes sont contées, associées à dix explorateurs, dix personnages souvent hauts en couleur. Car l’aventure des plantes est avant tout une grande aventure humaine, et les hommes qui sont partis à leur découverte ont parfois risqué leur vie pour explorer des contrées inconnues, à des époques où les conditions de voyage étaient bien plus compliquées qu’aujourd’hui. Difficultés des moyens de transports, zones de conflits, maladies, régions fermées aux étrangers, complexité de l’acheminement des plantes… les obstacles étaient majeurs pour explorer le monde ! Mais c’est grâce à de grands « découvreurs » (les plantes étaient bien sur déjà bien connues des populations locales), que nous avons enrichi nos jardins et nos cultures de végétaux qui ont parfois révolutionné notre alimentation, nos paysages et nos vies. Que ferait-on aujourd’hui sans l’hévéa aux mille utilisations, le thé, le café, le riz, la pomme de terre et bien d’autres encore ? Que ferait-on si nous n’avions pas découvert de nouvelles plantes médicinales comme le quinquina ? Que ferait-on sans les plantes ornementales qui enchantent nos jardins ?

Des plantes venues d’ailleurs

Le théier, Camellia sinensis (L.) Kuntze, nous fait penser à Robert Fortune, une sorte d’espion-botaniste envoyé en Chine en 1848 par la Compagnie britannique des Indes orientales afin de voler le secret du thé aux Chinois et dérober les meilleurs théiers pour les introduire dans les colonies en Inde. Les Anglais, déjà grands consommateurs de thé, avaient déjà tenté de se procurer des pieds de théier, mais les Chinois, malins, leur avaient envoyé des pieds de Camellia japonica L., une autre espèce. Ils n’ont pas tout perdu : c’est ainsi que fut introduit le camélia ornemental en Europe ! Ils ont donc plus tard envoyé un explorateur espion pour dérober les meilleurs théiers.

Le fraisier cultivé, Fragaria x ananassa (Duchesne ex Weston) Duchesne ex Rozier, est le principal hybride qui donne l’essentiel des variétés de grosses fraises cultivées de nos jours. Il a été obtenu par croisement entre le fraisier de Virginie, Fragaria virginiana Mill., ramené par Jacques Cartier et un fraisier du Chili appelé Fragaria chiloensis (L.) Mill. rapporté par un explorateur militaire botaniste français qui portait bien son nom : Amédée-François Frézier.

L’histoire de la pivoine « rockii »

Parmi mes botanistes-explorateurs préférés, je cite souvent Joseph Rock (1884-1962), un Américain à la vie mouvementée et à l’œuvre scientifique exceptionnelle. Grand spécialiste de la flore d’Hawaii et de Chine, il fut aussi géographe, linguiste, photographe et reporter.

Né à Vienne, il était le fils d’un concierge polonais. Jeune homme surdoué, il apprend le chinois en cachette et étudie ensuite l’hébreu, l’arabe, le grec et le latin. Il deviendra d’ailleurs aussi un linguiste de renom. Dès sa majorité, il quitte Vienne, fuyant le destin de prête auquel son père voulait le mener. Il prend un bateau pour New York, exerce différents petits métiers, voyage aux États-Unis et en 1907, s’installe à Hawaï. On raconte que cet homme intelligent et autodidacte s’est fait embaucher comme enseignant avec un faux diplôme. Qu’importe ! Il se fera vite remarqué par son esprit brillant et son travail conséquent (il enseigne à l’Université d’Hawaï et réalise pas moins de 28 000 collections dans cette île ; on le surnommera le « père de la flore d’Hawaï »). Il se fait embaucher comme collecteur de plantes pour l’Université d’Harvard, l’une des plus prestigieuses universités du monde. Rock est envoyé en Asie du Sud Est pour rechercher le Chaulmoogra, Hydnocarpus kurzii (King) Warb., arbre réputé soigner la lèpre. C’est en Birmanie qu’il découvre la plante. Rock se révèle aussi un excellent photographe et commence à publier ses aventures dans National Geographic.

 Après différents voyages en Asie, il va parcourir la Chine pendant de nombreuses années et s’installera dans le Yunnan, dans le village de Yuhu. Il travaille à la fois comme botaniste pour le compte de l’Arnold Arboretum d’Harvard et comme reporter pour le National Geographic. Il collecte pas moins de 100 000 spécimens en Chine, rédige de nombreuses publications et se passionne aussi pour la population locale : il publie le premier dictionnaire naxi-anglais. Ses expéditions ne sont pas discrètes ; il part avec tout un attirail : baignoire gonflable, bouteilles de vin de Bordeaux et disques d’opéra !

Parmi ses trouvailles végétales, on peut retenir une superbe pivoine. La fleur portera son nom : Paeonia rockii ou Paeonia suffruticosa subsp. rockii.  Elle sera classée dans la section Moutan des pivoines. En effet, ces plantes appartiennent à la grande famille des Paeoniaceae et peuvent être soit herbacées, soit arbustives. Si les premières se rencontrent dans différentes régions de l’hémisphère nord, les secondes sont toutes asiatiques. Les pivoines sont connues et vénérées en Chine depuis des millénaires. Elle est surnommée la Reine des fleurs. Les premières pivoines arbustives, Pivoine Moutan, ont été introduites en Europe par le botaniste britannique Joseph Banks vers 1789 (ou 1794). Pour revenir à la pivoine de Joseph Rock, elle a été observée dans une lamaserie où il séjournera quelque temps après avoir sympathisé avec le Prince de Choni. Il découvre sur la terrasse du monastère une pivoine arbustive blanche au cœur pourpre.

De nombreuses autres plantes découvertes au bout du monde, tant ornementales que médicinales ou alimentaires, ont ainsi parcouru la terre avec les grands explorateurs pour venir jusqu’à nous et enrichir nos jardins et nos assiettes. Certaines ne voyagent pas, ou peu, comme les étonnantes rafflésies. D’autres espèces introduites se sont au contraire révélées invasives. Introduites involontairement ou même volontairement comme plantes ornementales pour la plupart, certaines se sont échappé des jardins et posent d’énormes problèmes de gestion (elles sont souvent considérées comme la deuxième cause de perte de biodiversité dans le monde). Heureusement, seule une espèce introduite sur 1000 pourra se révéler invasive. Mais la découverte de la biodiversité végétale est loin d’être terminée et de nombreuses espèces restent à découvrir, et à protéger.

A lire

L’aventure extraordinaire des plantes voyageuses.

Ed. Dunod, 2018 / Dunod Poche 2023.

Sur le web

http://www.katia-astafieff.fr

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