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samedi, 24 septembre 2022 15:37

Voyage initiatique en Ouzbékistan

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Le 2 juillet 2022, je m’envole pour l’Ouzbékistan. J’ai démissionné et m’apprête à vagabonder en sac à dos pendant six semaines à travers la perle de l’Asie centrale.

Loin de mon quotidien et de mes routines, privée de mes repères - familiaux, amicaux et surtout européens -, mon but est de me reconnecter avec moi-même et d’avoir une idée plus claire de ce que j’aimerais faire de ma vie. En deux mots : un voyage initiatique.

Avant même de partir, je sais que j’aurais envie de partager mes aventures par écrit. Je choisis aujourd’hui de raconter deux expériences extraordinaires mais très différentes. 

Une rencontre hors du commun

Ma rencontre avec Sitora et Amiran est l’expérience la plus merveilleuse de mon voyage. Originaires de Samarcande et vivants à Dubaï, je rencontre le couple dans une auberge de jeunesse à Tachkent, la capitale. Dans le salon de l’auberge, ils m’invitent naturellement à me joindre à eux pour une partie de Kapla®. J’accepte volontiers, et très vite je sens que j’ai rencontré des gens extraordinaires. Je ne peux pas l’expliquer, mais il y a eu une connexion, une alchimie, qui nous a fait nous sentir proches presque instantanément. Avant de les quitter, ils me proposent de leur rendre visite à Samarcande. Je récupère le numéro de Sitora, certaine que je répondrais par l’affirmative à leur invitation.

Deux jours plus tard, je suis dans le train pour Samarcande pour aller rejoindre mes nouveaux amis. À mon arrivée, Amiran m’attend à la sortie de la gare et nous marchons ensemble jusqu’à leur maison, située dans un joli mahallah. Nous y retrouvons Sitora, les enfants – Ali, 10 ans et Zaineb, 5 ans –, ainsi qu’Abbos, le père d’Amiran. J’aide Sitora à préparer un plov, le plat traditionnel ouzbek à base de riz, d’oignons, d’ail, de carottes et de viande de bœuf. Pendant trois jours, je vais vivre à leur rythme et partager des moments simples mais beaux. Me laisser bercer par un morceau de guitare joué par Amiran, leur faire écouter mes chansons préférées. Être complice, se taquiner mutuellement. Me sentir proche d’Abbos et de Farida, la sœur d’Amiran, qui pourtant ne parlent pas anglais. Apprécier la présence des uns et des autres sans chercher à prouver quoi que ce soit ou à parler pour combler un silence. Simplement être là, profiter de l’instant présent, se sentir chez soi.

Les deux premiers jours, Sitora et Amiran m’emmènent visiter les monuments les plus emblématiques de Samarcande : le mausolée Gour Emir, la place du Régistan, la mosquée Bibi Khanoum et le Shah-i-Zinda (la nécropole des Timourides). Même si je ne suis pas obligée, par respect, je couvre mes cheveux car ce sont des lieux sacrés pour les musulmans. Je crois que mes amis apprécient le geste. À leur initiative, j’échange mon sac avec celui de Sitora dans le but de passer pour une locale et de ne pas payer le double des frais d’entrée. Si la supercherie fonctionne au début, je suis vite démasquée et cela nous fait beaucoup rire. Je dois avouer que je n’aurais pas pensé que mes amis seraient prêts à « tricher » de la sorte. Premier à priori envolé, et ce n’est que le début.

Nous avons des discussions passionnantes (et passionnées) sur des sujets tels que la spiritualité, la condition des femmes, les mœurs, et même l’homosexualité. Mes amis sont musulmans chiites et pratiquants. Je ne veux pas les choquer, sans pour autant leur mentir. Je recherche la sincérité, je souhaite comprendre, alors pourquoi me ferais-je passer pour quelqu’un autre ? Connaissant l’importance de la religion pour Sitora et Amiran, je leur explique que je ne fais partie d’aucune communauté religieuse mais que je crois en quelque chose de plus grand que nous. À mon grand étonnement, je me rends compte que nous sommes beaucoup plus proches spirituellement que ce que j’imaginais. Deuxième préjugé vite écarté. 

Pour notre dernière soirée, mes amis m’emmènent dîner dans un charmant restaurant avec Farida et un couple d’amis. Nous sommes installés en terrasse, une chanteuse interprète « Je t’aime » de Lara Fabian. Je suis assise à côté de Sitora, avec laquelle j’échange des banalités qui rendent le moment d’autant plus authentique, plus riche, plus beau. À la fin du repas, nous jouons au jeu des mimes : Lénine, George Washington, Leonardo DiCaprio… Jamais je n’aurais pensé vivre un moment aussi intense avec des gens tellement différents de moi et pourtant si proches. Je crois que je sous-estimais l’importance des jeux et leur pouvoir de rassembler les êtres. Au lieu de se concentrer sur nos différences avec les « autres », pourquoi ne pas s’attarder sur ce qui nous rassemble ? Cela permettrait peut-être de freiner l’incompréhension et la méfiance à leur encontre.

Le jour de mon départ, nous nous rendons tous ensemble chez la famille de Sitora pour les fêtes religieuses. Je lui demande de m’apprendre à nouer un foulard sur la tête et elle me fait cadeau d’un joli gilet. Avant de les quitter, je leur offre un porte-clés avec un symbole de Paris, une assiette en céramique repérée par Sitora au bazar, des gâteaux pour les enfants ainsi qu’une lettre. Je sais qu’ils n’attendent rien, mais c’est ma façon de les remercier pour tout ce qu’ils ont fait pour moi. C’est déjà le moment de les quitter. Ils me serrent dans leurs bras et je ne peux réprimer quelques larmes.

Depuis mon départ et même après mon retour en France, mes amis et moi continuons d’échanger des nouvelles et des photos. Je suis invitée chez eux à Dubaï et eux sont les bienvenus en France. Je ne sais pas quand nous nous reverrons mais une chose est sûre, ce jour-là arrivera.

Au-delà des regards

Ma seconde expérience mémorable fut de me retrouver seule à Andijan et Namangan, deux villes fourmillantes et dénuées de charme au premier abord, situées dans la vallée de Fergana, dans l’Est de l’Ouzbékistan. Une femme, occidentale, seule, dans la région la moins touristique et la plus conservatrice du pays. Un phénomène étrange… Par respect et pour éviter d’attirer l’attention, je porte un voile même dans la rue. Peine perdue. À Andijan, je décide d’aller me promener en ville mais je suis vite embarrassée par des regards incessants. J’essaie de communiquer avec des locaux pour trouver mon chemin, mais impossible de me faire comprendre. Je me sens scrutée, épiée, jugée même. Je me répète que c’est juste de la curiosité, comme je l’ai expérimenté à Tachkent, mais ici je ne le vis pas de la même manière. Dépitée, je finis par rentrer à mon auberge de jeunesse et passe un coup de fil à un ami et guide ouzbek que j’ai rencontré un peu plus tôt. Il me rassure en me disant ce que je sais au fond de moi : pas habitués aux touristes, les habitants ne comprennent pas ce que je viens faire ici et manifestent seulement de la curiosité. Il me rappelle aussi que lorsque j’ai visité les premières villes de la vallée, j’étais avec lui (un homme et un ouzbek !) et que cela fait la différence.

Le deuxième jour, je rassemble mes forces et me rends en taxi collectif à Namangan. Les mêmes regards, les mêmes interrogations sur les visages. Mais cette fois, je n’y prête (presque) plus attention. Je fais mon chemin et me rassure en me disant que je ne cours aucun danger. Je découvre alors que face à un regard insistant, une main sur le cœur, un sourire et un As-salamu-alaikum sont une vraie « formule magique » pour faire apparaître un sourire et créer un échange ! À partir de là, j’enchaîne les rencontres avec des locaux. Pour clore la journée, je fais la connaissance d’un couple de sexagénaires qui me conduisent jusqu’à Axsikent, un site archéologique à environ une heure de route de Namangan. Aucun des deux ne parle anglais et ils ne sont pas à l’aise avec Google Translate. Tant pis ! Nous échangeons des sourires et nous partageons des photos. Mon chauffeur insiste pour m’offrir l’entrée du musée et reste avec moi pendant la visite. En fin de journée, il me dépose à une station de taxis collectifs pour Tachkent. Nous prenons des photos pour immortaliser la rencontre et ils me prennent dans leurs bras. C’est assez rare ici, beaucoup d’hommes ne touchant pas les femmes. J’en suis d’autant plus émue. Je souhaite leur offrir quelque chose pour les remercier et je choisis mon petit couteau Opinel. Je n’oublierai jamais leurs sourires.

Un peu de hauteur

Nous avons tous des préjugés sur les autres peuples, cultures et religions. J’en avais et je l’assume sincèrement. Je suis une femme française, je perçois et j’analyse le monde à travers ce double prisme. Je supporte très mal les atteintes aux droits des femmes ou à ceux des personnes LGBTQ+.

Pour autant, les notions de « féminisme » ou de « tolérance » sont loin d’être universelles. L’Ouzbékistan n’aura eu cesse de me le rappeler et de me prouver qu’il est possible de comprendre l’autre, de trouver une « logique » dans son raisonnement, sans pour autant l’adopter. Qui sommes-nous pour dire aux autres qu’ils ont tort ou que nous détenons la vérité ? Nos visions du monde divergent, nos points de vue sont différents, voire radicalement opposés. Moi qui ai toujours détesté la pensée manichéenne et les réponses binaires, je suis encore plus persuadée que tout est une question de point de vue et de définitions. Tant que les femmes et les hommes sont heureux, il faut écouter, essayer de comprendre et respecter les différences.

 

< Clara Legallais-Moha (33)

 

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